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Oeuvres complètes de Charles Péguy, Oeuvres de poésie (tome 6) Le Mystère des Saints Innocents; La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc; La tapisserie de Notre-Dame.

Oeuvres complètes de Charles Péguy, Oeuvres de poésie (tome 6)
Le Mystère des Saints Innocents; La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc; La tapisserie de Notre-Dame.
Title: Oeuvres complètes de Charles Péguy, Oeuvres de poésie (tome 6) Le Mystère des Saints Innocents; La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc; La tapisserie de Notre-Dame.
Release Date: 2018-07-14
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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ŒUVRES COMPLTES
DE
CHARLES PGUY

1873–1914

ŒUVRES DE POSIE
LE MYSTRE
DES SAINTS INNOCENTS
LA TAPISSERIE DE SAINTE
GENEVIVE ET DE JEANNE D'ARC
LA TAPISSERIE DE NOTRE DAME

[nrf]

PARIS
DITIONS DE LA
NOUVELLE REVUE FRANAISE
35 ET 37, RUE MADAME
MCMXIX

CETTE DITION DFINITIVE DES ŒUVRES COMPLTESDE CHARLES PGUY
EST TIRE A DOUZE CENTS EXEMPLAIRES NUMROTSPAR L'IMPRIMERIE PROTAT FRRES
SUR PAPIER VERG PUR FIL DES PAPETERIESLAFUMA DE VOIRON
AU FILIGRANE DE LA NOUVELLE REVUE FRANAISE
EXEMPLAIRE No 334
TOUS DROITS DE REPRODUCTION, DE TRADUCTIONET D'ADAPTATIONRSERVS POUR TOUS PAYS Y COMPRIS LA RUSSIE
COPYRIGHT BY LA NOUVELLE REVUE FRANAISE 1916
ŒUVRES COMPLTES DE CHARLES PGUY
ŒUVRES DE PROSE
TOME IINTRODUCTION PAR ALEXANDRE MILLERAND
Lettre du Provincial. Rponse. Le Triomphede la Rpublique.—Du second Provincial.—Dela Grippe. Encore de la Grippe. Toujoursde la Grippe.—Entre deux trains.—Pourma maison (cit socialiste). Pour moi.—Compterendu de mandat.—La Chanson duroi Dagobert. Suite de cette chanson.
TOME IIINTRODUCTION PAR MAURICE BARRS
De Jean Coste.—Les rcentes œuvres de Zola.—Orlansvu de Montargis.—Zangwill.—NotrePatrie.—Courrier de Russie.—Lessuppliants parallles—Louis de Gonzague.
TOME IIIINTRODUCTION PAR HENRI BERGSON
De la situation faite l'histoire et la sociologie.—Dela situation faite au parti intellectueldevant les accidents de la gloire temporelle.—Anos amis, nos abonns.—L'argent.
TOME IVINTRODUCTION PAR ANDR SUARS
Notre Jeunesse.—Victor Marie, comte Hugo.
ŒUVRES DE POSIE
TOME VLe Mystre de la Charit de Jeanne d'Arc.—LePorche du Mystre de la deuxime vertu.
TOME VILe Mystre des Saints Innocents.—La tapisseriede sainte Genevive et de Jeanne d'Arc.—Latapisserie de Notre-Dame.
TOME VIIve.—Sonnets.
ŒUVRES POSTHUMES
TOME VIIIClio.
TOME IXNote conjointe sur Descartes (prcde de lanote sur M. Bergson).
TOME XAutres ouvrages et fragments indits.
POLMIQUE ET DOSSIERS
TOME XITexte et commentaires se rapportant la granceet au rle littraire des Cahiers (prfaces).
TOME XIITexte et commentaires se rapportant au rlepolitique jou par les Cahiers (compte rendude Congrs.—Affaire Dreyfus, etc.).
TOME XIIIUn nouveau thologien, M. Fernand Laudet.—Langloistel qu'on le parle.—L'argent (suite).
TOME XIVMarcel. La premire Jeanne d'Arc.
TOME XVCorrespondance. Biographie et Histoire desCahiers de la Quinzaine, par MILE BOIVIN etMARCEL PGUY.

le mystre
des saints Innocents

DELECTISSIMIS
IN INTIMO CORDE
cahier pour le dimanche des Rameaux
et pour le dimanche de Pques de la treizime srie;
cahier prparatoire
pour le quatre cent quatre-vingt-troisime anniversaire
de la dlivrance d'Orlans,
anniversaire qui tombera
le mercredi 8 mai de l'an 1912.
LE MYSTRE
DES SAINTS INNOCENTS
Madame Gervaise



Je suis, dit Dieu, Matre des Trois Vertus.

La Foi est une pouse fidle.
La Charit est une mre ardente.
Mais l'esprance est une toute petite fille.



Je suis, dit Dieu, le Matre des Vertus.



La Foi est celle qui tient bon dans les sicles des sicles.
La Charit est celle qui se donne dans les sicles des sicles.
Mais ma petite esprance est celle
qui se lve tous les matins.



Je suis, dit Dieu, le Seigneur des Vertus.



La Foi est celle qui est tendue dans les sicles des sicles.
La Charit est celle qui se dtend dans les sicles des sicles.
Mais ma petite esprance
est celle qui tous les matins
nous donne le bonjour.



Je suis, dit Dieu, le Seigneur des Vertus.



La Foi est un soldat, c'est un capitaine qui dfend une forteresse,
Une ville du roi,
Aux marches de Gascogne, aux marches de Lorraine.
La Charit est un mdecin, c'est une petite sœur des pauvres,
Qui soigne les malades, qui soigne les blesss,
Les pauvres du roi,
Aux marches de Gascogne, aux marches de Lorraine.
Mais ma petite esprance est celle
qui dit bonjour au pauvre et l'orphelin.



Je suis, dit Dieu, le Seigneur des Vertus.



La Foi est une glise, c'est une cathdrale enracine au sol deFrance.
La Charit est un hpital, un htel-Dieu qui ramasse toutes lesmisres du monde.
Mais sans l'esprance, tout a ne serait qu'un cimetire.



Je suis, dit Dieu, le Seigneur des Vertus.



La Foi est celle qui veille dans les sicles des sicles.
La Charit est celle qui veille dans les sicles des sicles.
Mais ma petite esprance est celle
qui se couche tous les soirs
et se lve tous les matins
et fait vraiment de trs bonnes nuits.



Je suis, dit Dieu, le Seigneur de cette vertu-l.



Ma petite esprance est celle
qui s'endort tous les soirs,
dans son lit d'enfant,
aprs avoir bien fait sa prire,
et qui tous les matins se rveille et se lve
et fait sa prire avec un regard nouveau.



Je suis, dit Dieu, Seigneur des Trois Vertus.



La Foi est un grand arbre, c'est un chne enracin au cœur deFrance.
Et sous les ailes de cet arbre la Charit, ma fille la Charit abritetoutes les dtresses du monde.
Et ma petite esprance n'est rien que cette petite promesse debourgeon qui s'annonce au fin commencement d'avril.



Et quand on voit l'arbre, quand vous regardez le chne,
Cette rude corce du chne treize et quatorze fois et dix-huit foiscentenaire,
Et qui sera centenaire et sculaire dans les sicles des sicles,
Cette dure corce rugueuse et ces branches qui sont comme un fouillisde bras normes,
(Un fouillis qui est un ordre),
Et ces racines qui s'enfoncent et qui empoignent la terre comme unfouillis de jambes normes,
(Un fouillis qui est un ordre),
Quand vous voyez tant de force et tant de rudesse le petit bourgeontendre ne parat plus rien du tout.
C'est lui qui a l'air de parasiter l'arbre, de manger la table del'arbre.
Comme un gui, comme un champignon.
C'est lui qui a l'air de se nourrir de l'arbre (et le paysan lesappelle des gourmands), c'est lui qui a l'air de s'appuyersur l'arbre, de sortir de l'arbre, de ne rien pouvoir tre, de nepas pouvoir exister sans l'arbre. Et en effet aujourd'hui il sortde l'arbre, l'aisselle des branches, l'aisselle des feuilles etil ne peut plus exister sans l'arbre. Il a l'air de venir del'arbre, de drober la nourriture de l'arbre.
Et pourtant c'est de lui que tout vient au contraire. Sans unbourgeon qui est une fois venu, l'arbre ne serait pas. Sans cesmilliers de bourgeons, qui viennent une fois au fin commencementd'avril et peut-tre dans les derniers jours de mars, rien nedurerait, l'arbre ne durerait pas, et ne tiendrait pas sa placed'arbre, (il faut que cette place soit tenue), sans cette sve quimonte et pleure au mois de mai, sans ces milliers de bourgeons quipointent tendrement l'aisselle des dures branches.
Il faut que toute place soit tenue. Toute vie vient de tendresse.Toute vie vient de ce tendre, de ce fin bourgeon d'avril, et decette sve qui pleure en mai, et de la ouate et du coton de ce finbourgeon blanc qui est vtu, qui est chaudement, qui est tendrementprotg d'un flocon d'une toison d'une laine vgtale, d'une lained'arbre. En ce flocon cotonneux est le secret de toute vie. La rudecorce a l'air d'une cuirasse, en comparaison de ce tendrebourgeon. Mais la rude corce n'est rien, que du bourgeon durci,que du bourgeon vieilli. Et c'est pour cela que le tendre bourgeonperce toujours, jaillit toujours dessous la dure corce.
L'homme de guerre le plus dur a t un tendre enfant nourri de lait;et le plus rude martyr, le martyr le plus dur sur le chevalet, lemartyr la plus rude corce, la plus rugueuse peau, le martyr leplus dur la serre et l'onglet a t un tendre enfant laiteux.
Sans ce bourgeon, qui n'a l'air de rien, qui ne semble rien, toutcela ne serait que du bois mort.
Et le bois mort sera jet au feu.



Ce qui vous trompe, c'est que cette rude corce vous corche lesmains; et ni de l'paule vous ne faites bouger le tronc d'unmillime de millimtre, ni du pied vous ne pouvez faire bouger unede ces grosses racines d'un millime de millimtre; ni de la mainune seule de ces grosses branches; et c'est peine si vousbranleriez quelques-unes de ces petites branches; et si vous lesferiez balancer;
au lieu que le bourgeon ne rsiste point sous le doigt et d'un coupd'ongle le premier venu vous fait sauter un bourgeon;
qui dvelopp vous ferait une branche plus grosse que la cuisse;

Car il est plus facile, dit Dieu, de ruiner que de fonder;
Et de faire mourir que de faire natre;
Et de donner la mort que de donner la vie;

Et le bourgeon ne rsiste point. C'est qu'aussi il n'est point faitpour la rsistance, il n'est point charg de rsister.
C'est le tronc, et la branche, et cette matresse racine qui sontfaits pour la rsistance, qui sont chargs de rsister.
Et c'est la rude corce qui est faite pour la rudesse et qui estcharge d'tre rude.
Mais le tendre bourgeon n'est fait que pour la naissance et il n'estcharg que de faire natre.

(Et de faire durer).



(Et de se faire aimer).



Or je vous le dis, dit Dieu, sans ce bourgeonnement de fin avril,sans ces milliers, sans cet unique petit bourgeonnement del'esprance, qu'videmment tout le monde peut casser, sans cetendre bourgeon cotonneux, que le premier venu peut faire sauter del'ongle, toute ma cration ne serait que du bois mort.
Et le bois mort sera jet au feu.




Et toute ma cration ne serait qu'un immense cimetire.
Or mon fils le leur a dit: Il faut laisser les morts ensevelirleurs morts.




Hlas mon fils, hlas mon fils, hlas mon fils;
Mon fils qui sur la croix avait une peau sche comme une sche corce;
une peau fltrie, une peau ride, une peau tanne;
une peau qui se fendait sous les clous;
mon fils avait t un tendre enfant laiteux;




une enfance, un bourgeonnement, une promesse, un engagement;
un essai; une origine; un commencement de rdempteur;
une esprance de salut, une esprance de rdemption




O jour, soir, nuit de l'ensevelissement.
Tombe de cette nuit que je ne reverrai jamais.
O nuit si douce au cœur parce que tu accomplis.
Et tu calmes comme un baume.
Nuit sur cette montagne et dans cette valle.
O nuit j'avais tant dit que je ne te verrais plus.
O nuit je te verrai dans mon ternit.
Que ma volont soit faite. O ce fut cette fois-l que ma volont futfaite.
Nuit je te vois encore. Trois grands gibets montaient. Et mon fils aumilieu.
Une colline, une valle. Ils taient partis de cette ville quej'avais donne mon peuple. Ils taient monts.
Mon fils entre ces deux voleurs. Une plaie au flanc. Deux plaies auxmains. Deux plaies aux pieds. Des plaies au front.
Des femmes qui pleuraient tout debout. Et cette tte penche quiretombait sur le haut de la poitrine.
Et cette pauvre barbe sale, toute souille de poussire et de sang.
Cette barbe rousse deux pointes.
Et ces cheveux souills, en quel dsordre, que j'eusse tant baiss.
Ces beaux cheveux roux, encore tout ensanglants de la couronned'pines.
Tout souills, tout colls de caillots. Tout tait accompli.
Il en avait trop support.
Cette tte qui penchait, que j'eusse appuye sur mon sein.
Cette paule que j'eusse appuye mon paule.
Et ce cœur ne battait plus, qui avait tant battu d'amour.
Trois ou quatre femmes qui pleuraient tout debout. Des hommes je neme rappelle pas, je crois qu'il n'y en avait plus.
Ils avaient peut-tre trouv que a montait trop. Tout tait fini.Tout tait consomm. C'tait fini.
Et les soldats s'en retournaient, et dans leurs paules rondes ilsemportaient la force romaine:

C'est alors, Nuit, que tu vins. O nuit la mme.
La mme qui viens tous les soirs et qui tais venue tant de foisdepuis les tnbres premires.
La mme qui tais venue sur l'autel fumant d'Abel et sur le cadavred'Abel, sur ce corps dchir, sur le premier assassinat du monde;
nuit la mme tu vins sur le corps lacr, sur le premier, sur leplus grand assassinat du monde. C'est alors, nuit, que tu vins.
La mme qui tais venue sur tant de crimes depuis le commencement dumonde;
Et sur tant de souillures et sur tant d'amertumes;
Et sur cette mer d'ingratitude, la mme tu vins sur mon deuil;
Et sur cette colline et sur cette valle de ma dsolation c'estalors, nuit, que tu vins.
O nuit faudra-t-il donc, faudra-t-il que mon paradis
Ne
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