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Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 1 (of 2) Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peuple

Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 1 (of 2)
Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peuple
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Title: Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 1 (of 2) Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peuple
Release Date: 2018-11-27
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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UN
ROMAN DE CŒUR,

PAR
MARAT,
L'AMI DU PEUPLE;

Publi pour la premire fois, en son entier, d'aprs le manuscritautographe, et prcd d'une notice littraire;

Par le bibliophile JACOB.

I.

PARIS,
CHEZ LOUIS CHLENDOWSKI.
8, RUE DU JARDINET.

1848.

Imprimerie de Cosson, rue du Four-Saint-Germain, 47.

PRFACE.

L'authenticit de cet ouvrage indit deMarat est incontestable: le manuscrit original,entirement autographe, est rest,pendant plus d'un mois, expos dans lesbureaux du Sicle, o le public a t admis le voir; il n'y avait pas de doute possiblepour quiconque connat l'criture de l'auteur.Ce manuscrit, qui depuis dix anstait entr dans la bibliothque de M. AimMartin, figure sous le no 713 du cataloguede cette prcieuse bibliothque et doit trevendu aux enchres publiques, le 25 novembreprochain.

La publication du roman de Marat,faite dans un journal, avait t rduite auxconditions de la presse priodique, c'est--diretronque et mme altre: le journalne pouvait accepter certains dtails,certaines scnes d'un genre un peu tropvif, qui eussent bless peut-tre la louablepruderie du feuilleton; mais le livre n'ayantpas de ces rserves timores garder avecses lecteurs, nous avons jug ncessaire dertablir tout ce que le journal avait supprimet de ne rien changer au style dumanuscrit, sans toutefois en respecter l'orthographebizarre et souvent incorrecte.

Il a fallu cependant se reporter au tempso l'ouvrage a t compos, pour conserverl'orthographe, alors usite, des noms historiqueset gographiques polonais: c'ett commettre un vritable anachronisme,que d'crire ces noms autrement qu'ilssont crits dans tous les livres du XVIIIe sicle.Nous avons d les laisser tels qu'on lesavait franciss cette poque o les relationsavec la Pologne n'taient pas assez frquentespour qu'on et des ides justes etexactes l'gard de ce pays. De l, unefoule d'erreurs tranges dans le roman deMarat, qui prend quelquefois un nomd'homme pour un nom de ville et rciproquement.On n'et pas corrig ces fautesqui nous semblent si grossires aujourd'huiet qui existent dans la plupart des romansfranais contemporains, sans altrer lecaractre de l'œuvre mme. Il appartiendraaux diteurs futurs d'apprendre Maratla gographie de la Pologne, par exemple,et de rectifier le texte dans les notes.Quant cette premire dition, qui ne paratqu'en 1847, Marat s'y montre aussinavement que si son roman et t imprimen 1775, Amsterdam, chez Marc-MichelRey, avec la Nouvelle-Hlose deJ.-J. Rousseau.

Il est donc ncessaire, en le lisant, de serappeler la date de la composition et legot littraire de ce temps-l, pour apprcierles qualits relles de l'ouvrage, travers les descriptions pittoresques, lesdissertations sentimentales et les thsesphilosophiques dont l'action est surcharge.On comprendra que l'apparition du Romande cœur de Marat aurait t un vnementdans la littrature lorsque la Nouvelle-Hlose,Candide et le Sopha faisaientles dlices de la socit franaise, laplus polie et la plus spirituelle de l'Europe.

MARAT
PHILOSOPHE ET ROMANCIER.

Il y a six ans peine, Marat n'taitpas tout--fait mort sous le poignard deCharlotte Corday, puisque sa sœur, AlbertineMarat, vivait encore Paris, fidlehritire des ides et des doctrines de ceterrible Ami du Peuple.

Mademoiselle Marat semblait avoir recueillien elle-mme l'me forte et passionnede son frre, qu'elle pleurait sanscesse, comme si elle ne l'et perdu quede la veille.

C'tait une rpublicaine inflexible, quel'ge n'avait pas refroidie, que les vnementsn'avaient pas change; vainementle Directoire, le Consulat, l'Empire, laRestauration et mme la Rvolution dejuillet 1830 taient venus successivementbouleverser ou mtamorphoser la face dupays: elle n'y avait pas pris garde, semblable une somnambule qui poursuitson rve sans tenir compte des objets extrieurs,et qu'on n'veille pas en sursaut,de peur de la voir tomber foudroye; ellervait donc que l'esprit de 93 planait autourd'elle et que Marat veillait toujourssur son peuple.

Rien ne saurait rendre l'impression profondeet presque douloureuse qu'on prouvait entendre les prdications dmagogiquesde cette prtresse de notre grandeRvolution, et surtout l'ternelle oraisonfunbre de son hros, de son dieu, de ceMarat qu'on ne nomme pas sans horreuret sans effroi.

Il faut l'avouer, elle ne nous montraitpas Marat tel que nous le connaissons, telque l'histoire nous l'a couvert de boue etde sang; elle en faisait un tre exclusivementvertueux, anim des plus purs sentimentsde patriotisme, bon et gnreux,que sais-je! simple et candide, un vritablephilosophe enfin, qui avait mission de rgnrerle monde, ou du moins la France.

On comprenait, ce pangyrique prononcavec une conviction solennelle, quele fanatisme sans-culotte avait pu comparerMarat Jsus-Christ, l'vangile aujournal de l'Ami du Peuple, et composerune prire adresse sans doute la guillotine,et commenant ainsi: O sacr cœurde Jsus! sacr cœur de Marat!

Cette vieille femme, la physionomiedure et svre, au regard fier et inspir, la parole ardente et audacieuse, survivaitdonc son frre, d'effroyable mmoire,pour lui dcerner une espce de culte,pour lui refaire un panthon dans la pauvredemeure o elle s'tait retire avec lesreliques de celui qu'elle appelait hautementle martyr de la libert, avec les livres,les papiers et les manuscrits de Jean-PaulMarat.

Bien des hommes curieux de s'instruiredu pass, bien des esprits proccups del'tude de cette Rvolution si pleine demystres, bien des vieillards qui avaientvu, bien des jeunes gens qui n'avaient faitque lire, allrent alors interroger les souvenirsde la sœur de Marat et s'en retournrentmus ou tonns, n'osant porter unjugement de rprobation ou d'absolutionsur les actes, sur le caractre de cet trangeAmi du Peuple.

Parmi ceux qui aimaient remonter,pour ainsi dire, la source de la Rvolutionet qui se trouvaient quelquefois runischez mademoiselle Marat, nous citeronsseulement un penseur, un publiciste degrand mrite, M. Haureau, le savant etjudicieux auteur de l'Histoire littraire duMaine; un littrateur ingnieux, M. deLabdollire; un pote, M. Esquiros; untmoin clair et impartial des faits et gestesde la Rpublique et de ses enfants,M. le colonel Maurin, bien connu par laprcieuse collection rvolutionnaire qu'ilramasse depuis quarante ans; un crivaindistingu de l'cole sentimentale de Bernardinde Saint-Pierre, M. Aim-Martin,cet excellent homme qui vient de s'teindreimmortalis par l'adieu de Lamartine.

Aim-Martin tait un esprit doux, tendreet honnte: il n'avait jamais tournles yeux vers la priode rvolutionnaireque pour en dtester les agents et quepour en plaindre les victimes. Le nom deMarat lui inspirait un invincible dgot.

Eh bien! il surmontait ce dgot, il lecachait mme sous un air froid et poli,quand il se rendait chez la sœur du monstre,comme il le dsignait avec une nergiqueindignation.

Qu'allait-il donc faire dans cette maison?

Aim-Martin tait, avant tout, bibliophile,autographile, amateur et collecteurde livres et d'autographes. Or, c'tait auxmanuscrits de Marat qu'il en voulait, etun jour (il fallut sans doute qu'Albertineet bien faim, pour vendre la dpouillelittraire de son frre) il emporta sous sonbras le volume autographe qui l'empchaitde dormir depuis qu'il en avait apprisl'existence; un roman indit, un romande cœur, invent, pens, crit parMarat: Les aventures du jeune comte Potowsky.

Une fois lgitime possesseur de ce singuliertrsor, Aim-Martin se dispensa defrquenter le petit club d'Albertine, quimourut peu de temps aprs en distribuantles papiers du Sacr-Cœur de Marat.

Allez visiter l'intressante collection duvnrable colonel Maurin, et vous y verrezles preuves de journal que Marat corrigeaitdans son bain lorsqu'il fut frapppar Charlotte Corday: ces preuves ontt teintes de son sang; vous y verrez lescouronnes civiques que le peuple dcernaplus d'une fois son dfenseur; vous yverrez les portraits et les bustes qui furentun moment les idoles de la nation.

Quant au roman de Marat, recueil de240 pages crites de sa plus jolie criture,avec ses fautes d'orthographe ordinaires,il fut revtu d'une charmante reliure jansnisteen maroquin noir par un habile artiste,Nidre ou Bauzonnet, et il demeuracach dans la bibliothque d'Aim-Martinjusqu' sa mort. C'est dans cette bibliothqueque nous sommes alls le chercherpour le mettre en lumire.

Aim-Martin s'tait toujours refus publier cet ouvrage remarquable diffrentstitres, malgr nos instances: il nouspermit, toutefois, de l'examiner, et nousen signala mme les passages les plus singuliers.

Il voulait, disait-il, avoir seul le privilgede connatre, de conserver le vritableMarat, Marat philosophe, Marat sentimental,Marat crivain, Marat romancier.

—Il y a eu deux Marat, nous disait-ilavec cette originalit de causerie fine etspirituelle qu'on se plaisait tant couterchez lui et chez Charles Nodier: le Maratque tout le monde sait, l'affreux, l'excrablepourvoyeur de la guillotine, qui demandaitcinq cent mille ttes pour ornerson autel de la patrie, je n'en parleraipas; je voudrais croire, pour l'honneurde l'humanit, qu'un pareil sclrat n'ajamais vcu; mais l'autre Marat, dontpersonne aujourd'hui ne souponne l'existence,celui qui fut l'lve et l'admirateurde Jean-Jacques Rousseau, l'ami de lanature, ce qui vaut mieux que d'tre safaon l'Ami du Peuple, le savant auteur deplusieurs dcouvertes dignes de Newtondans la chimie et la physique, l'crivainnergique et color qui a fait un livre dephilosophie digne du philosophe de Genve…

—Et c'est Marat qui a fait tout cela?interrompis-je; j'avouerai n'avoir rien lude lui, except quelques hideuses citationsde son journal.

—Le journal du second Marat? maisle premier n'a crit que des ouvrages scientifiques,philosophiques et littraires; lepremier tait mdecin des gardes-du-corpsdu comte d'Artois; il mourut ou plutt ildisparut la fin de l'anne 1789 pourfaire place son odieux homonyme.

—Je les ai beaucoup connus l'un etl'autre! reprit Nodier, qui se trouvait l,et qui avait la manie de se faire contemporainde tous les acteurs de la Rvolution,qu'il ne vit pas mme passer devantson berceau. Mais il me semble que lebourreau devait tre fils du mdecin, etque celui-ci, en coupant des ttes de grenouillespour ses expriences de physique,avait enseign au second couper desttes d'hommes.

—Ne parlons pas de ce cannibale, repartitAim-Martin; mais de l'autre, tantqu'il vous plaira. C'tait une belle mequi s'ouvrait tous les sentiments nobleset gnreux; il prit Rousseau et Montesquieupour modles: il et mrit de seplacer ct d'eux, comme moraliste,comme crivain. Par malheur, il osa s'attaquer la secte des philosophes, Voltairesurtout, Helvtius, Diderot: il futcras ou plutt touff dans l'obscurit.Je ne doute pas que l'injustice de ses contemporains son gard ne l'ait pouss changer de route et s'loigner de lascne des sciences et des lettres: Sicleingrat, dit-il alors, tu n'as pas voulu accepterle savant qui t'a rvl le vrai systmede la lumire, des couleurs, de l'lectricit,le philosophe qui t'a appris ceque c'est que l'homme; eh bien! tu accepterasavec pouvante le vampire quiboira le meilleur de ton sang!,

—Je ne me suis pas encore renducompte, dit Charles Nodier, de la transformationdu royaliste en dmagogue furieux,de l'lve de Rousseau en sde deDanton; il y a, entre ces deux personnages,une solution de continuit immenseque je voudrais m'expliquer.

—Dites-moi seulement, rpliquai-je,vous qui avez connu le premier Marat,s'il tait aussi laid, aussi repoussant quele second?

—Il n'tait pas laid, puisqu'il taitaim et amoureux, objecta Nodier.

—Marat a t aim par une femme!m'criai-je.

—Assurment, dit Aim-Martin; celuiqui a rpandu son cœur dans ce roman,tait inspir par une passion vritable,comme Rousseau composant la NouvelleHlose.

—Voil de quoi rhabiliter Marat,repris-je; malheureusement on n'y croirapas.

—Oui, si le manuscrit autographen'tait pas l, si l'on n'avait pas d'ailleursle trait De l'Homme, rempli de tableauxvoluptueux et d'images gracieuses.

—En vrit, vous me donnez got tudier votre Marat, et s'il se peut faire,nous lui rendrons la place qui lui appartientparmi les philosophes et les crivainsfranais.

Je me mis l'œuvre, et je commenaipar lire le roman posthume que me confiaAim-Martin: je crus relire la NouvelleHlose, et par intervalles, magrande surprise, les Amours du chevalierde Faublas. Je compris alors commentMarat, aprs sa mtempsychose, gardaittant de haine contre Louvet: c'tait sansdoute jalousie de mtier.

Je fus donc amen sans rpugnance rechercher et lire tous les ouvrages dupremier Marat, et j'y trouvai, commeAim-Martin me l'avait annonc, le savantprofond et hardi, le philosophe sagace etintelligent, le moraliste sensible et passionn,l'crivain pittoresque, assez lgant,mais peu correct; enfin, ce queNodier ni Aim-Martin n'eussent pas reconnu,le lgislateur sage et humain.

Ce sont ces dcouvertes assez inattenduesque je voudrais dmontrer au plusincrdule, en publiant pour la premirefois ce roman indit, qui, quoique signpar Marat, ne serait peut-tre pas dsavoupar l'auteur de la Nouvelle Hlose.

La jeunesse de Marat s'est passe dansl'tude et la mditation.

Il parat, dit Fabre d'glantine dansle Portrait de Marat, que les premiresannes de sa vie se sont coules la campagneou dans les lieux simples et retirs:c'est l que la bont de son naturels'tait dveloppe et consolide par l'aspectde la nature et des hommes les plusrapprochs d'elle et par l'influence d'untat de mœurs simples et paisibles.

Il tait n comme Jean-Jacques, au pieddes Alpes, Baudry, petit village de laprincipaut de Neufchtel, et avant d'tudierl'homme, il avait tudi la nature.

Ses ouvrages sont tout parsems de descriptionschamptres qui ne feraient pasmauvais effet dans mile ou dans les Promenadesd'un penseur solitaire; par exemple:

A la vue d'une belle campagne, dontle soleil nuance l'mail, de ses rayonschangeants,

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