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Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 2 (of 2) Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peuple

Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 2 (of 2)
Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peuple
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Title: Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 2 (of 2) Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peuple
Release Date: 2018-11-28
Type book: Text
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Date added: 27 March 2019
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UN
ROMAN DE CŒUR,

PAR
MARAT,
L'AMI DU PEUPLE;

Publi pour la premire fois, en son entier, d'aprs le manuscritautographe, et prcd d'une notice littraire;

Par le bibliophile JACOB.

II.

PARIS,
CHEZ LOUIS CHLENDOWSKI.
8, RUE DU JARDINET.

1848.

Imprimerie de Cosson, rue du Four-Saint-Germain, 47.

LES AVENTURES
DU
JEUNE COMTE POTOWSKI.

XLVIII
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.

La fureur des confdrs a pass leursennemis. Ce n'est plus une guerre; c'est unesuite de brigandages atroces. On ne voitque perfidie, pillage, trahisons, assassinats.

Rien n'est plus sacr aucun des partis:ils s'exterminent sans quartier. Ils courentpar troupes effrnes, le glaive et le flambeau la main. Tout se renverse sur leurpassage et ils ne laissent partout aprs euxqu'une affreuse solitude. Que de campagnesdvastes! Que de chteaux abattus!Quels monceaux de ruines! Quel amas dedbris!

Ah! quittons, quittons pour toujourscette troupe de barbares qui ne connaissentplus de devoirs, et ont renonc l'humanitmme. H quoi! J'aurais t enrlparmi eux. Je serais venu porter ladsolation dans ma patrie, j'aurais trempmes mains dans le sang de mes concitoyens;au lieu de verser le mien pour leur dfense?Funestes victoires! infmes trophes!dont j'ai honte et horreur.

Quels cruels remords s'lvent dans monme! De quel amer repentir je la sens pntre!ah mon pre, que de regrets vousm'auriez pargns, si vous ne m'aviez enchan vos destines!

Quand l'humanit n'obligerait pas lesconfdrs renoncer cette injuste guerre,leur propre intrt devrait les y engager.Ils n'ont ni discipline, ni habilet, ni valeur opposer l'ennemi. Ils ne sont pasmme unis. Livrs leurs basses passionscomme des btes froces, ils poursuiventchacun des vues particulires. S'il leur restaitquelque bon sens, quelque prvoyance,comment ne s'aperoivent-ils pas que cettedsunion doit la fin entraner leur ruine.Avec quelle facilit l'ennemi va triompherde leur faiblesse! Ah cher Panin, il n'a pasbesoin de les attaquer, la discorde fera bientttout l'ouvrage. Ils s'entredchirent djentr'eux.

P. S. On donne pour certain que lescours de Berlin et de Vienne vont travailler nous pacifier; et qu'elles ont dj faitavancer des troupes sur nos frontires pourcontenir les factieux.

Puisse la fin de nos malheurs ne pas sefaire attendre longtemps!

De Barasse, le 7 juillet 1770.

XLIX
HADISKI A LUCILE.

A Varsovie.

C'est avec rpugnance, mademoiselle,que je m'acquitte de ce douloureux office:mais il faut remplir les volonts d'un amimourant.

Vous aurez sans doute dj appris par larenomme notre entire dfaite Broda.

Durant cette malheureuse journe o prirenttant de braves Polonais, Gustave,le gnreux Gustave a termin glorieusementses jours.

Tandis qu'il retenait son bras sur la tted'un malheureux qui lui demandait quartier genoux, deux ennemis froces, fondantsur lui, le renversrent sur la poudre.Je vole son secours, mais peine l'eus-jejoint, que je tombai moi-mme entreles mains des vainqueurs. J'implore leurpiti pour mon compagnon. Ils sont sourdset m'entranent. Un de leurs chefs accourut mes cris. Inform de ma demande etde la qualit de Gustave, il ordonne qu'onl'emporte l'cart et me permet d'en avoirsoin.

Je retourne sur mes pas. Hlas, vous ledirai-je? je le trouvai ple, couvert de sanget dj moiti dpouill par ces avidesmercenaires. On l'enlve, nous arrivonsdans une chaumire. L, je m'efforce dele rappeler la vie. Il ouvre enfin les yeux,il les tourne vers moi et me reconnat. Savigueur se ranime un instant et il me ditd'une voix mourante:

Vous connaissez ma tendresse pour Lucile;si jamais je vous fus cher, apprenez-luimon triste sort, et dites-lui que j'emporteavec moi son image dans le tombeau.

A peine avait-il achev ces ordres affligeantsqu'il tombe sans vie dans mes bras.

Quelles grces il conservait encore dansle lit mortuaire! La mort qui avait teintses yeux n'avait pu effacer toute sa beaut.On voyait dans ses traits une douce srnit;ses beaux cheveux flottaient autourde son cou; dans son ct paraissait la blessureprofonde…

Ah, je ne puis achever. Pardonnez madouleur.

De Pocoutiew, le 6 juillet 1770.

L
LA COMTESSE SOBIESKA A SON POUX.

A Lusne.

Depuis que Gustave nous donna avis denous retirer ici, nous n'avons point de sesnouvelles.

Peu aprs votre dpart se rpandit lebruit d'une bataille sanglante entre les confdrset les Russes. Lucile craignait queGustave ne s'y ft trouv. Tandis qu'elleattendait en transes des particularits del'affaire, on lui apporta une lettre, elle lacrut de son amant, et l'ouvrit avec impatience.

A peine y eut-elle jet les yeux, que je lavis plir; ses mains tremblantes pouvaient peine soutenir le papier, ses lvres dcolorestaient prises d'un mouvement convulsif,ses genoux se ployrent sous soncorps, et elle tomba sans connaissance.

Tout mon sang se glaait dans mes veines.

Hlas! qu'est-il donc arriv, Lucile?m'criai-je.

Je courus vers elle et demandai du secours grand cris.

Quand nous l'emes rappele la vie, jejetai un regard sur la lettre. Elle tait d'unami de Gustave, qui nous annonait samort.

Je ne vous peindrai pas l'tat de notrepauvre fille, il est inexprimable; et les larmesqui coulent de mes yeux et inondentce papier, vous le diront mieux que maplume.

Elle a pass deux jours entiers dans unedouleur stupide, sans prononcer aucuneparole, et refusant toute espce de nourriture.

J'avais beau la presser de prendre quelquealiment, mes instances taient vaines.Enfin la voyant puise d'inanition, je mejetai ses genoux. J'arrosai ses mains demes larmes et la suppliai de ne pas medonner la mort par ses refus. Elle a reude ma main quelques bouillons.

Sa douleur parat avoir pris un autrecours. Je ne l'abandonne pas d'un instant.

Souvent elle lve ses yeux et ses mainsvers le ciel en prononant le nom de Gustave,puis tout--coup elle verse un torrentde larmes, son sein se soulve avec prcipitation,et les sanglots la suffoquent.

Je me suis aperue qu'elle aime allergmir dans le jardin, et je crains que toutne serve ici lui rappeler son amant et nourrir sa douleur.

J'ai donc pens de l'emmener chez satante Lomazy, o nous passerons quelquetemps, jusqu' ce que son affliction soit unpeu modre.

Adressez-nous-y vos lettres, et crivez-noussouvent.

D'Osselin, le 19 juillet 1770.

LI
SOPHIE A SA COUSINE.

Partie de mon projet a dj russi, etmme au-del de mes esprances. Lucilecroit Gustave dans le tombeau.

Tandis qu'elle tait dans des transes mortelleset pleurait l'avance la mort de sonamant, je lui fis tenir une lettre d'un amisuppos, qui lui annonait la fatale nouvelle.

J'en inclus une copie.

Si tu me demandes qui a tenu la plume?Je te rpondrai, Gustave lui-mme: c'estune de ses propres lettres, que j'ai eu soinde faire intercepter pendant mon absence.Il y donne Lucile la relation de la mortdu frre d'une de ses amies. Aprs y avoirfait les changements convenables, je l'aienvoye une personne de confiance avecordre de la copier, de l'adresser Lucilesous mon couvert et de me l'envoyer sur-le-champpar la poste, pour jouer d'untour quelqu'un.

A sa rception, rien n'galait le troublede Lucile; je tremblais que les suites n'endevinssent plus srieuses: mais par bonheurje suis hors d'embarras. D'abord ellevoulait renoncer la vie; prsent elle secontente de gmir.

Pour faire diversion sa douleur, lacomtesse l'a emmene chez une tante Lomazyet m'a engage de les y accompagner.Nous tchons de la distraire; mais nos soinssont inutiles; rien ne peut adoucir son affliction.Elle fuit la compagnie, se renfermedans sa chambre, ou va seule promenerses tristes penses sur le bord d'un ruisseau.

Sa mre a tout fait au monde pour luiter cette fatale lettre: elle ne veut points'en dessaisir, elle la porte toujours dansson sein.

Hier, je l'entendis gmir tout haut danssa chambre, et comme la mienne est attenantej'eus la curiosit de l'pier au traversd'un petit trou la paroi. Je la vis demi-couchesur un canap, la lettre en question la main. Elle paraissait dans une agitationextrme; sa poitrine se soulevait parsecousses rapides, et elle ne levait les yeuxde dessus le papier que pour essuyer seslarmes. Tout--coup elle pousse un longgmissement.

… A… a… arre… arrte, mon cœur!disait-elle d'une voix touffe.

Ses sanglots se pressaient, et elle pleuraitamrement. Je fus si touche de cettescne, que je ne pus retenir mes larmes;je me repentais de ce que j'avais fait, etaurais voulu pouvoir reculer.

De temps en temps, elle levait vers leciel ses yeux humides, puis elle laissait retombersa tte.

Elle garda quelque temps le silence; etcomme j'allais me retirer, j'entendis ce tristesoliloque:

Hlas! pourquoi prend-on tant desoin de me faire vivre? Lorsque la cruellefaim dvorait mes entrailles, pourquoim'avoir fait un crime de refuser la natureles soutiens d'une vie plus douloureuse quela mort? A prsent le trpas m'aurait runie mon amant. Que j'envie son sort! Il estdlivr des misres de ce monde, et je gmisencore. Chre me de ma vie, que nepeux-tu voir ta triste moiti, ce reste sanglantde toi-mme qui souffre tant qu'ilpalpite, et qui achve de mourir dans lestourments.

En continuation.

Lucile se cache pour pleurer: et quellieu choisit-elle pour tre le tmoin de sadouleur? le tombeau de la famille. Te serais-tujamais imagin qu'une fille timideaille seule gmir au milieu des morts?

Il y a quelques jours que nous la suivmesdans ce sombre asile. Nous fmes l'impossiblepour l'en tirer; tout ce que nouspmes gagner, c'est que quelqu'un l'y accompagnerait.

Hier elle vint me trouver dans ma chambre,et me demanda si l'on pourrait se procurerles cendres de Gustave.

Je lui demandai pourquoi faire? Elle nerpondit mot et se retira l'instant.

Je ne sais quelles ides lui trottent parla tte; mais ce sont des ides romanesques coup sr.

De Lomazy, le 27 juillet 1770.

LII
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.

Lundi dernier je mis excution monprojet. J'abandonnai les confdrs, etpartis seul avec mon domestique de Tarnopol,laissant notre troupe sous les ordresdu rgimentaire Baluski selon le dsir deson pre.

Comme rien ne m'appelle Varsovie, jevais chercher un asile chez un oncle qui ases terres prs Radom et peu de distancedu chteau o le comte Sobieski doit s'treretir. Tu vois, cher Panin, que c'est dansla vue d'tre porte de Lucile.

Il vient de m'arriver une singulire aventureet trop singulire pour ne pas t'enfaire part. Je m'amuserai chaque soir t'en donner un prcis en attendant quej'arrive bon port.

Sur la route de Buck Betz est un lieusolitaire dont l'aspect sauvage inspire unenoire mlancolie.

Ce spectacle s'accordait assez bien avecl'tat de mon cœur: je me plaisais lecontempler.

En promenant mes regards autour demoi, j'aperus au pied d'un roc un hommeassez mal vtu et l'orientale qui trempaitune pice de pain dans l'onde claire.

Press moi-mme par la faim, je m'approcheet lui demande de m'en vendre unmorceau. Il partage avec moi et me refusela pice que je lui prsentais.

—Gardez votre argent, me rpondit-ild'un ton sec en franais; vous vous mprenez.

Et il repoussait ma main, en me jetantun regard fier.

Je l'examinai d'un air surpris. Il avaitl'air vif, mais hagard, de courtes moustachesnoires, la voix forte, et je ne saisquoi d'heureux dans la physionomie, et depeu commun sous son habit.

Son air mlancolique me charmait. Jemis pied terre, et lui demandai permissionde prendre mon frugal repas auprsde lui. A l'instant il se retira et me fitplace.

A peine fus-je assis, qu'il m'apostrophapar ces mots:

Vous voil donc aussi prcipit dansl'infortune, s'il faut en juger votre air.Dans les jours de votre prosprit, vousauriez t l'objet de mon indignation:maintenant vous n'tes plus que celui dema piti.

—Vous avez raison, lui dis-je, d'treindispos contre les grands; cette ingalitde condition est presque toujours injuste.Je rougis pour la fortune d'avoir si maldistribu ses dons.

Mais craignant que la conversation nedgnrt en personnalits ou ne fint troptt, je me mis lui demander des nouvellesde la guerre. Notre entretien fut aussilong qu'intressant. Le voici en dialogue etje parierais bien que tu seras toujours deson avis.

MOI.

Ami, que dit-on de la guerre dans lesquartiers d'o vous venez? Voil que lesarmes russes se distinguent toujours contrecelles des Ottomans.

LUI.

Cela doit peu vous surprendre. Si leTurc sentait ses forces et qu'il voult entirer parti, il ferait bientt la loi la Czarine:mais de quelque faon que les affairestournent, il serait encore moins affaiblipar ses dfaites, que son ennemi parses victoires.

MOI.

Vous ignorez peut-tre que la Russie ade grandes ressources.

LUI.

J'ignore en quoi elles consistent, d'abordelle est mal peuple, et seulementd'esclaves. Quelques pelleteries, du bois deconstruction, du cuivre, du nitre; voilses seules branches de commerce; et ellemanque de plusieurs denres de premirencessit. Pendant sept mois, la terre yest presque partout couverte de neige, deglace, de frimas, et lorsqu'elle n'est pasengourdie par le froid, elle ne s'y pare jamaisni des fleurs du printemps,

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