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Essais de Montaigne, Volume IV (Self-édition)

Essais de Montaigne, Volume IV
(Self-édition)
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Title: Essais de Montaigne, Volume IV (Self-édition)
Release Date: 2019-01-16
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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ESSAIS DE MONTAIGNE

Exemplaire
No 127

ESSAIS DE MONTAIGNE


Planche IV
VIRES ACQVIRIT EVNDO

NOTE DE L’ÉDITEUR

Le Général Michaud étant décédé au coursde l’impression du présent ouvrage, ce IVe volumea été rédigé d’après le texte et les noteslaissées par l’auteur.


FASCICULE A

NOTICE
SUR MONTAIGNE, LES ESSAIS
ET LES ILLUSTRATIONS DU PRÉSENT OUVRAGE.

A.III

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
DES FAITS PRINCIPAUX DE LA VIE DE MONTAIGNE.


François Ier régnant.

1533.—Naissance de Michel Eyquem, Seigneur de Montaigne (28 fév.).

1539
1546
  —Il est élevé au collège de Guyenne.

?—Il achève ses classes à la faculté de Bordeaux.

1547.Mort de François Ier, avènement de Henri II.

1548.—Il est témoin à Bordeaux d’un soulèvement populaire dans lequel leGouverneur de la ville est massacré.

?—Il fait ses études de droit à l’Université de Toulouse.

1555.—Premier voyage de Montaigne à Paris, où il accompagne son père.

1556.—Celui-ci lui cède sa charge de conseiller à la cour des aides de Périgueux.

1557.—Il devient conseiller au parlement de Bordeaux par suite de la fusionde ces deux cours judiciaires.

1558.—Il fait connaissance et se lie d’amitié avec La Boétie, comme lui conseillerau parlement de Bordeaux.

1559.Mort de Henri II, avènement de François II.

1559.—Autre voyage de Montaigne à Paris, à l’occasion du sacre de François II;et, de là, à Bar-le-Duc, où le roi se rend peu après.

1560.Mort de François II, avènement de Charles IX.

1562.Bataille de Dreux.

1562.—Autre voyage à Paris, et de là à Rouen où il accompagne la cour.

1563.—Mort de La Boétie.

1564
1568
  —Montaigne traduit la «Théologie naturelle» de Sebond.

1565.—Il épouse Françoise de la Chassaigne (25 sept.).

1566.—Voyage de Charles IX à Bordeaux.

1568.—Mort de Pierre Eyquem, père de Montaigne.

1569.Bataille de Jarnac, combat de la Roche-Abeille, bataille de Montcontour.

1570.—Montaigne résilie sa charge de conseiller.

1571.—Il a achevé l’installation de sa bibliothèque et commence à écrire lesEssais.

id.—Naissance de sa fille Léonor.

id.—Il est fait chevalier de l’ordre de St-Michel.

?—Le roi le nomme gentilhomme de sa chambre.

A.IV

1572.Massacre de la Saint-Barthélemy.

1574.Mort de Charles IX, avènement de Henri III.

1577.—Le roi de Navarre lui confère le même titre.

1580.—Publication à Bordeaux de la première édition des Essais.

Voyage de dix-huit mois à Paris, la Fère, Soissons, Plombières, la Suisse, l’Allemagne du Sud, l’Italie, employé en partie à faire, en divers endroits, usage des eaux thermales.
1580
1581

1581.—Non encore de retour en France, il est élu maire de Bordeaux pourune période de deux ans.

1582.—Autre voyage à Paris.

id.—Publication à Bordeaux de la seconde édition des Essais.

1583.—Montaigne est réélu maire de Bordeaux pour une nouvelle période dedeux ans.

id.—Incident du château Trompette que son gouverneur projetait de livrerà la Ligue.

1584.—Henri de Navarre vient passer deux jours, en partie de chasse, aumanoir de Montaigne.

1585.—Épidémie de peste à Bordeaux qui, s’étendant, oblige Montaigne et safamille à errer pendant six mois hors de chez eux.

1586.—Son manoir est envahi et pillé dans les désordres de la guerre civile.

1587.Bataille de Coutras.

1587.—Le roi de Navarre y couche à nouveau le lendemain de la bataille.

id.—Publication, à Paris, de la troisième édition des Essais.

1588.Journée des Barricades, assassinat du duc de Guise.

1588.—Dernier voyage de Montaigne à Paris; de là à Rouen où le roi s’esttransporté; à Compiègne, chez la mère de Mlle de Gournay dont il vient de faire laconnaissance; à Blois où le roi s’est retiré; entre temps (10 juillet) Montaigne estarrêté par les Ligueurs et conduit à la Bastille où il reste détenu quelques heures.

id.—Publication, à Paris, de la quatrième édition des Essais.

1589.Assassinat de Henri III, avènement de Henri IV.

1590.—Mariage de sa fille Léonor.

1591.—Il devient grand-père d’une petite-fille.

1592.—Mort de Montaigne (13 sept.).—Il est inhumé au couvent des Feuillantsà Bordeaux.

1595.—Publication posthume, à Paris, de la dernière des éditions originalesdes Essais.

1601 (?).—Mort d’Antoinette de Louppes, mère de Montaigne.

1610.Assassinat de Henri IV.

1616.—Mort de Léonor, fille de Montaigne.

1627.—Mort de Françoise de la Chassaigne, sa femme.

1871.—Transfert du corps et du monument funéraire de Montaigne à lachapelle du lycée de Bordeaux à la suite d’un incendie du couvent des Feuillants.

1886.—Réédification, sur son emplacement primitif, du monument et nouvelletranslation du corps, le bâtiment ayant été reconstruit et devenu le palais desFacultés.


NOTICE SUR MONTAIGNE.


SA VIE.

Michel Eyquem, Seigneur de MONTAIGNE, auteur des Essais, naquit le dernierjour de février de l’an 1533, au manoir de Montaigne[1], entre Castillon etBergerac, sur les confins de la Guyenne et du Périgord.

[1]Paroisse de S.-Michel (aujourd’hui commune de Saint-Michel de Montaigne), alorsjuridiction de Montravel; aujourd’hui canton de Velines (Dordogne).

Les renseignements les plus anciens que l’on possède sur sa filiation, remontentà un nommé Ramon de Gaujac, du nom du village dont il était originaire.Ce Ramon exerçait à Bordeaux, rue Rousselle, un commerce de vins qu’il exportaità l’étranger, et auquel il avait joint celui de pastel et de poissons salés.Sa sœur avait épousé un Martin Eyquem, du village de Blanquefort[2] dansle Médoc; elle en eut un fils, Ramon Eyquem, que son oncle associa à son commerce,et auquel, à sa mort, vers 1462, il laissa une fortune déjà assez considérable.

[2]Blanquefort, chef-lieu de canton à deux lieues environ N.-O. de Bordeaux;—Gaujacou Gajac, hameau à peu de distance de Blanquefort.

Ramon Eyquem, né en 1402, est le bisaïeul de Montaigne. En 1477, il achetaitle fief de Montaigne relevant de l’archevêque de Bordeaux, et mourait l’annéesuivante, laissant deux fils et deux filles.

Les deux fils demeurèrent associés; le cadet mourut jeune, sans avoir étémarié; l’aîné, Grimon Eyquem, grand-père de Montaigne, paraît avoir été, enaffaires, d’une remarquable activité et avec lui la situation de fortune de lafamille s’accrut encore notablement. De 1483 à 1507, il fut jurat[3] de Bordeaux.Il mourut en 1519, presque septuagénaire, laissant quatre fils et deux filles.

[3]On appelait ainsi, à Bordeaux, les consuls et les échevins, autrement dit les membresde la municipalité.

L’aîné, Pierre Eyquem, escuyer, seigneur de Montaigne, comme il s’appelaitlui-même, le père de l’auteur des Essais, hérita du manoir dont son aïeul avaitfait acquisition et où lui-même était né, et des terres constituant la seigneuriedu même nom. Il avait embrassé la carrière militaire et guerroya en Italie;mais il l’abandonna, lorsqu’en 1523 il épousa Antoinette de Louppes, dont lafamille, du nom primordial de Lopez, juive et originaire des environs de Tolède,était venue s’établir, depuis une ou deux générations, à Toulouse et en Guyenne,pour chercher fortune, y avait réussi et embrassé le protestantisme.

Le père de Montaigne apparaît dès lors, moitié bourgeois, moitié gentilhommede province, occupé, tantôt à Bordeaux à vendre ses vins, tantôt à agrandirson domaine, rebâtir et fortifier son manoir. La considération dont il jouissaitl’avait fait appeler par ses concitoyens bordelais à faire partie de la municipalité,et pendant 25 ans il en avait exercé les diverses charges, lorsqu’en 1554il fut élu maire pour deux ans, ce qui était la durée légale de ces fonctions.

Cette même année, était créée à Périgueux une Cour des aides[4]; il y sollicitaA.VIet obtint une place de conseiller, se proposant de la résigner dès quecela lui serait possible au profit de son fils aîné, en faveur duquel il se démiten effet un ou deux ans après, quand celui-ci atteignit sa vingt-troisième année.

[4]La Cour des aides était une chambre jugeant en dernier ressort les questions afférentesaux aides, subsides établis jadis sur les boissons pour subvenir aux dépenses del’Etat; et ultérieurement et par extension tous autres impôts.

Esprit naturellement ingénieux et pratique, Pierre Eyquem avait senti dansses guerres d’Italie se développer en lui le goût des arts et des sciences; et,regrettant sa jeunesse demeurée étrangère aux lettres, il recherchait volontiersla société de ceux qui s’y étaient livrés, et s’efforça de doter ses fils de ce qui,sous ce rapport, avait pu lui faire défaut.

En 1568, il mourait, laissant cinq enfants mâles et trois filles; de par son testament,Michel, l’aîné de tous par la mort de deux autres décédés en bas âgehéritait de la maison noble de Montaigne et du droit d’en porter le nom; cequ’il fit, abandonnant complètement, dès le premier moment, son nom patronymique,le rayant même sur le livre de famille qu’il tenait, pour ne conserverque celui-là, le seul sous lequel il soit connu, qu’il a du reste illustré à un sihaut degré et qui s’est éteint avec lui.

Montaigne a raconté lui-même, dans les Essais, l’histoire de sa vie avec cellede ses pensées; son enfance rustique, sa première éducation; le latin apprisfamilièrement par lui dans les bras d’un précepteur étranger et au milieu d’unentourage qui ne lui parlait jamais qu’en cette langue; la sollicitude dont il étaitl’objet; enfin les sept années de sa vie scolaire passées au collège de Guyenne,qu’il quitta en 1546 parce que, semble-t-il, la peste régnait à Bordeaux; il avaitalors treize ans et venait d’achever son cours, nom sous lequel on comprenaitalors ce qui correspond à notre classe de rhétorique d’aujourd’hui.

On est moins renseigné sur son adolescence. On pense qu’il fit sa philosophie,soit à la faculté des arts de Bordeaux, soit avec des professeurs particuliers,et son droit à Toulouse, où il avait des parents du côté de sa mère. Sa liaisonavec Henri de Mesmes, Paul de Foix, Guy de Pibrac et autres, alors étudiantsen droit à l’université de cette ville, porte à croire qu’il en a, lui aussi, suiviles cours et que c’est là qu’il a fait leur connaissance.

C’est à cette époque (1548) qu’eut lieu à Bordeaux, à propos de l’impôt de lagabelle auquel on voulait la soumettre, le mouvement populaire dans lequelperdit la vie Tristan de Moneins, gouverneur de la ville; spectacle dont Montaigneparaît avoir été témoin et qui le frappa au point qu’après l’avoir consignéune première fois au ch. 23 du liv. Ier des Essais, I, 198, il y revient plustard, dans les additions qu’il y fait après 1588, en vue d’une édition nouvelle.

En 1556, Montaigne, ainsi qu’il est dit plus haut, était nommé à la Cour desaides de Périgueux, par suite de la résignation faite par son père, en sa faveur,de sa charge de conseiller. L’année suivante, cette cour était fusionnée avecle Parlement de Bordeaux.

C’est peu après que Montaigne fit la rencontre de La Boétie, l’auteur du «Discourssur la servitude volontaire», comme lui conseiller à ce même parlement,avec lequel, dès le premier moment, il se lia de la plus vive et de la plus étroiteamitié et dont, par ses écrits, il a fait la réputation et conservé le souvenirà la postérité.—Dans leurs rapports, nous attribuons volontiers le premierrang à Montaigne, laissant La Boétie dans la pénombre; c’est l’inverse de ce quiétait. La Boétie, de trois ans plus âgé que Montaigne, supérieur à lui par lesavoir, l’éducation et le caractère, aux yeux des contemporains et des deux amiseux-mêmes, tenait le rang de frère aîné. Par son exemple et ses observationsdiscrètes, il modérait chez son ami, dont la nature droite mais indécise seprêtait à cette direction, les entraînements d’une ardeur juvénile assez prononcée,et contribuait à former l’âme réfléchie, l’esprit observateur et méditatifde l’auteur des Essais. Montaigne s’en rendait compte et nous le laisse entendre;lui mort, mort bien

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