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Nouvelles mille et une nuits

Nouvelles mille et une nuits
Title: Nouvelles mille et une nuits
Release Date: 2006-04-05
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Robert-Louis Stevenson

NOUVELLES MILLE ET UNE NUITS


Table des matières

LE ROMAN ÉTRANGE EN ANGLETERRE
   I
  II
LE CLUB DU SUICIDE
  HISTOIRE DU JEUNE HOMME AUX TARTES À LA CRÈME.
  HISTOIRE D'UN MÉDECIN ET D'UNE MALLE
  L'AVENTURE DES CABS
LE DIAMANT DU RAJAH
  HISTOIRE D'UN CARTON À CHAPEAU
  HISTOIRE DU JEUNE CLERGYMAN
  HISTOIRE DE LA MAISON AUX PERSIENNES VERTES
  AVENTURE DU PRINCE FLORIZEL ET D'UN AGENT DE POLICE.

LE ROMAN ÉTRANGE EN ANGLETERRE


I

Le nom de Robert-Louis Stevenson est attaché, en France, au souvenird'un livre d'étrennes, l'Île au Trésor, qui fit fureur il y a peud'années. La traduction de M. Philippe Daryl nous dispense de raconterles lointains et merveilleux voyages de l'Hispaniola; disons seulementque ce petit livre nous paraît être, par sa verve, son entrain, safraîcheur, par le mouvement, le ton de vérité qui y règne, un desmodèles du genre.

Si Kidnapped, qui vit le jour ensuite, s'adresse plus exclusivement, àcause de la saveur écossaise dont il est imprégné, aux jeunescompatriotes de son héros, David Balfour, l'histoire n'en est pas moins,d'un bout à l'autre, amusante, et c'est une idée ingénieuse, en outre,que d'avoir fait raconter la fin du drame jacobite par un whig qui setrouve forcément enrôlé dans le camp de ses adversaires.

La scène se passe en 1751, à l'époque où des oncles dénaturés pouvaientencore faire embarquer les neveux qui les gênaient sur un brick demauvais renom, pour les envoyer à la Caroline, où ils étaient vendussans plus de formes. Comment ce gamin énergique et honnête, DavidBalfour, échappe à son sort, et tout ce qu'il souffre dans une îledéserte, voisine des côtes d'Écosse, avant sa périlleuse équipée àtravers les Highlands, en compagnie d'Alan Breck Stewart, un rivaljacobite de d'Artagnan, voilà des aventures dont on peut dire ce que LaFontaine disait de Peau d'âne; il n'est personne qui ne prenne unplaisir extrême à lire Kidnapped. M. Stevenson s'y pose en compatriotede Walter Scott et de Burns, il nous fait respirer sa bruyère natale etmet à tout ce qu'il touche le sceau d'une des qualités de sa race, laquaintness: esprit, originalité, grâce un peu bizarre et parfoismaniérée, il y a de tout cela dans ce que peint par excellence ce mot dequaint, si parfaitement intraduisible, quoiqu'il dérive de notre vieuxfrançais, à en croire les dictionnaires.

Écossais, Stevenson l'est encore,—il l'a prouvé depuis,—par lesentiment du fantastique, le goût du surnaturel, la préoccupation deslois morales, des problèmes philosophiques, et par je ne sais quellegaîté morose, grim humour, qui déconcerte et qui attache à la fois.Mais il est, en même temps, cosmopolite, Parisien du boulevard,Américain du Far-West, comme le montrent ses spirituelles notes devoyages. Hier encore son adresse était à Honolulu; peut-être aujourd'huiest-il de retour à New-York, qui le revendique comme Londres revendiqueHenry James. Sa vie errante a formé une personnalité très curieuse, trèsmoderne et franchement excentrique, qui apparaît à travers une série deproductions d'inégale valeur, mais dont aucune n'est banale. Ce citoyendu monde a bien vu tous les pays dont il parle, soit qu'il nous présenteles Squatters du Silverado, soit qu'il nous invite à glisserlentement, à bord de son Aréthuse, sur les canaux de la Belgique et dela France, soit qu'il s'arrête pour deviser familièrement avec ses amisles peintres de Barbizon, sous les ombrages de la forêt deFontainebleau. Ici ou là, il rend son impression d'un trait net etprécis. Point de longueurs, point de remplissage inutile. Aucun de sesouvrages, en dépit de certaines exigences des éditeurs anglaisauxquelles il a refusé énergiquement jusqu'ici de se soumettre, n'a plusd'un volume; la concision, la clarté incisive, une grande simplicité,sont les qualités maîtresses de son style. Sceptique et railleur, ilréussit à nous captiver sans avoir jamais recours à l'élémentsentimental, et touche parfois des questions hardies sans tomber dans cequ'on est convenu d'appeler l'immoralité, bien qu'il ne se soucie guèrede nous montrer des personnages vertueux et qu'il ait le talent perversd'exciter notre sympathie en faveur d'individualités tout au moinséquivoques. Réussir, avec de pareilles tendances, à collaborer auxbibliothèques d'éducation et de récréation, c'est la preuve d'unesouplesse peu commune.

Après avoir assuré son empire sur des milliers de jeunes lecteurs dansl'ancien et dans le nouveau monde, M. Stevenson paraît s'être dit:«Voyons si les vieux seront plus difficiles, s'ils ne mordront pas, euxaussi, à l'hameçon des contes bleus?» Et il lança ses Nouvelles Milleet une Nuits, où la féerie se met au service de la réalité par unprocédé ravi à miss Thackeray. Combien de fois les talents à fracasont-ils profité des trouvailles faites par quelque talent plus modeste!C'est miss Thackeray qui a dit la première: «Les contes de fées sontpartout et de tous les jours; nous sommes tous des princes et desprincesses déguisés, ou des ogres, ou des nains malfaisants. Toutes ceshistoires sont celles de la nature humaine, qui ne semble pas changerbeaucoup en mille ans, et nous ne nous lassons jamais des fées parcequ'elles lui sont fidèles.» Seulement, l'auteur de Five old friendsplace dans un milieu bourgeois de nos jours la Belle au Bois dormant,Cendrillon, la Belle et la Bête, le Petit Chaperon rouge, etc., dontles aventures modernisées n'ont rien que d'ordinaire, tandis que lescontes arabes que M. Stevenson transporte en Europe, sans changer rien àleur allure coulante et négligée, conservent un caractère trèsexceptionnel et sont, en somme, presque aussi merveilleux que dans lesMille et une Nuits orientales.

Prenons la première des nouvelles, et la meilleure, le Club dusuicide: nous n'avons pas de peine à reconnaître dans le princeFlorizel de Bohême, qui, pendant son séjour à Londres, rôde incognitopar les rues, le calife Haroun-al-Raschid, et dans son fidèle écuyer, lecolonel Geraldine, Giafar, grand vizir. Le verglas les ayant forcés àchercher refuge dans un bar des environs de Leicester-square, ilsrencontrent un individu qui n'a de commun avec Bedreddin-Hassan que lamanie d'offrir des tartes à la crème aux gens qu'il ne connaît pas.C'est le dénouement fou d'une carrière extravagante: le jeune homme auxtartes à la crème (nous ne le connaîtrons que sous ce nom) prélude à lamort par cette soirée burlesque. Le prince et son écuyer font semblantd'être dans les mêmes dispositions que leur nouvelle connaissance, etc'est ainsi qu'ils sont introduits par lui au Club du suicide,rendez-vous de tous ceux qui, fatigués de la vie, désirent disparaîtresans scandale. Chaque nuit, une partie de cartes réunit ces désenchantésautour du tapis vert. Le président du club, un dilettante d'espèce touteparticulière, bat et donne les cartes; le privilégié qu'un sort heureuxgratifie de l'as de pique disparaîtra avant l'aube par les soinsobligeants du membre de céans qui tourne l'as de trèfle. Ce jeu réunitles émotions de la roulette, celles d'un duel et celles d'unamphithéâtre romain, il fait goûter les impressions exquises de la peur;les gens les plus revenus de tout y trouvent un dernier plaisir. M.Malthus, par exemple, un paralytique, défiguré, ravagé par des excèsauxquels il ne peut plus se livrer, est membre honoraire, pour ainsidire. Il vient, de loin en loin, quand il en a la force, chercher uneexcitation qui le réconcilie avec la vie en lui faisant redouter lamort. Il a essayé de tout, et il en est à déclarer qu'en fait depassions, aucune n'est enivrante autant que la peur; il est poltron avecdélices, et il badine avec des terreurs sans nom. Heureusement pour lamorale, il badine une fois de trop; l'as de pique lui échoit à la fin,et le lendemain les journaux de Londres renferment, sous la rubrique:Triste accident, un paragraphe qui apprend au public la mort del'honorable M. Malthus, tombé par-dessus le parapet de Trafalgar-square;au sortir d'une soirée, il cherchait un cab; on attribue sa chute à unenouvelle attaque de paralysie.

Le prince Florizel aurait son tour, si Geraldine, vigilant et fidèle, nemettait la police secrète sur pied, en dépit des terribles serments parlesquels s'engagent les membres du club. Personne n'est livré auxtribunaux; le prince vient généreusement au secours de ceux desdésespérés qui méritent encore quelque pitié, puis il décide que lerepaire sera fermé et que son abominable président périra en duel. Ceduel, qui doit avoir lieu sur le continent, est le sujet d'un secondrécit beaucoup plus sensationnel encore que le premier, où il estquestion d'un médecin et d'une malle qui contient un cadavre, celui del'adversaire désigné du président, lâchement assassiné par ce monstre.

Certes, le lecteur, quel qu'il soit, attend la suite avec autantd'impatience que le sultan des Indes, tenu en haleine par les pointssuspensifs des contes de Schéhérazade; on passe, avec une fiévreuseanxiété, à l'histoire suivante, qui est celle non pas d'un Chevalenchanté, mais d'un simple Cab, lequel recueille des invités de bonnevolonté pour les conduire à une fête étrange dont la fin est le triomphedu droit et le châtiment du crime, grâce à la vaillante épée du princeFlorizel. L'héritier d'un trône daigne se mesurer avec le pire desscélérats. Nous le retrouverons plus tard, mêlé à d'autres aventures nonmoins intéressantes, celles d'un diamant, et, comme tous les princesqu'a mis en scène M. Stevenson, il finit en philosophe, renversé par unerévolution. C'est derrière le comptoir d'un débit de tabac qu'ilapparaît une dernière fois: ce redresseur de torts vend majestueusementdes cigares!

On voit que la fantaisie humoristique n'est pas absente des récits de M.Stevenson; les contrastes si marqués que permet, qu'exige même cettequalité, très développée chez lui, produisent bien quelques fautes degoût, mais une certaine façon qu'il a de se moquer de ses héros et delui-même relève ici néanmoins le sensational novel, qui a retrouvédepuis peu, en Angleterre, un succès d'assez mauvais aloi. Du rang oùl'avait placé naguère Wilkie Collins, ce roman, nourri d'émotionsviolentes, était tombé au niveau des élucubrations de feu Ponson duTerrail. M. Stevenson eut le mérite de le rendre agréable aux délicats.

Nous n'avons, du reste, nulle envie de défendre plus qu'il ne convientla suite des Nouvelles Mille et une Nuits, inspirée par la Dynamiteet composée en collaboration avec Mme Stevenson. La confusion de latragédie et de la farce y est poussée trop loin. On croit être devant uncouple de jongleurs émérites, d'équilibristes habiles, dont lespérilleux exercices deviendraient fatigants pour le public, amuséd'abord, s'ils se prolongeaient beaucoup; mais les aventures des troisjeunes gens inutiles qui attendent leur fortune du hasard, sur le pavéde Londres, sont presque aussi courtes que celles des trois calenders,fils de rois, et la gracieuse conspiratrice qui les conduit l'un aprèsl'autre à deux doigts de leur perte ne prend pas en vain cinq nomsdifférents, car Clara Luxmore, dite Lake, dite Fonblanque, diteValdivia, dite de Marly, a autant d'imagination à elle seule quepouvaient en avoir réunies les cinq dames de Bagdad. Son histoire de laBelle Cubaine et de l'Ange exterminateur chez les Mormons sont descontes bleus modernes de la plus piquante invraisemblance: ilsdissimulent cependant des complots anarchiques effroyables, mais tous simaladroits qu'ils prêtent à rire. M. et Mme Stevenson traitent ladynamite du haut en bas, refusant de la prendre au sérieux et faisantrater toutes ses bombes, sauf deux ou trois qui éclatent au détriment deceux qui les fabriquent. Zéro, l'agitateur irlandais, et son compliceMac-Guire, périssent assommés sous le ridicule. Si Clara, l'affidée deces deux fantoccini grotesques, obtient sa grâce et, à la fin, un bonmari, c'est qu'elle est jolie à ravir, pleine d'inventions drôles, detours uniques, et surtout parce qu'au milieu de ses criminelles erreurs,elle n'a jamais été sentimentale. L'assassin sentimental et phraseur, sicommun de nos jours, est conspué par M. Stevenson; celui-ci repousseavec énergie l'intérêt malsain qui s'attache au crime politique, ilvénère les agents de police et leur dédie son livre, il fait grand casde l'autorité; par la bouche de son personnage favori, le princeFlorizel, resté fidèle au rôle de bon génie derrière un comptoir demarchand de tabac, il déclare que l'homme est un diable faiblement liépar quelques croyances, quelques obligations indispensables, et qu'aucunmot sonore, qu'aucun raisonnement spécieux ne le déciderait à relâcherces liens. On voit que, pour un romancier dans le mouvement, M.Stevenson a des principes vieux style.

Dans Prince Otto, où les questions philosophiques et politiquess'entremêlent à beaucoup de paradoxes, l'auteur de New Arabian Nightsnous prouve qu'il a lu Candide et qu'il se souvient aussi d'Offenbach.Vous chercheriez en vain sur une carte la principauté de Grünewald, bienque sa situation soit indiquée entre le grand-duché

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