Les trois mousquetaires, Volume 2 (of 2)

Les trois mousquetaires, Volume 2 (of 2)
Title: Les trois mousquetaires, Volume 2 (of 2)
Release Date: 2018-10-30
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
Count views: 63
Read book
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ... 51

Au lecteur

Table des chapitres

Table des gravures

Couverture

LES TROIS
MOUSQUETAIRES

ALEXANDRE DUMAS

LES TROIS
MOUSQUETAIRES

AVEC UNE LETTRE D’ALEXANDRE DUMAS FILS
COMPOSITIONS
DE
MAURICE LELOIR
GRAVURES SUR BOIS DE J. HUYOT
TOME SECOND
Agrandir
PARIS
CALMANN LÉVY, ÉDITEUR
ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES
3, RUE AUBER, 3
1894
Agrandir

I
ANGLAIS ET FRANÇAIS

L’heure venue, on se rendit, avec les quatre laquais,derrière le Luxembourg, dans un enclos abandonné auxchèvres. Athos donna une pièce de monnaie au chevrier pourqu’il s’écartât. Les laquais furent chargés de faire sentinelle.

Bientôt une troupe silencieuse s’approcha du même enclos,y pénétra et joignit les mousquetaires; puis, selon les habitudesd’outre-mer, les présentations eurent lieu.

Les Anglais étaient tous gens de la plus haute qualité, lesnoms bizarres de leurs adversaires furent donc pour eux unsujet non seulement de surprise, mais encore d’inquiétude.

2—Mais avec tout cela, dit lord Winter quand les troisamis eurent été nommés, nous ne savons pas qui vous êtes,et nous ne nous battrons pas avec des noms pareils; ce sontdes noms de bergers, cela.

—Aussi, comme vous le supposez bien, milord, ce sont defaux noms, dit Athos.

—Ce qui ne nous donne qu’un plus grand désir de connaîtreles noms véritables, répondit l’Anglais.

—Vous avez bien joué contre nous sans savoir nos noms,dit Athos, à telles enseignes que vous nous avez gagné nosdeux chevaux?

—C’est vrai, mais nous ne risquions que nos pistoles; cettefois nous risquons notre sang: on joue avec tout le monde, onne se bat qu’avec des égaux.

—C’est juste, dit Athos.

Et il prit celui des quatre Anglais avec lequel il devait sebattre et lui dit son nom tout bas.

Porthos et Aramis en firent autant.

—Cela vous suffit-il, dit Athos à son adversaire, et metrouvez-vous assez grand seigneur pour me faire la grâce decroiser l’épée avec moi?

—Oui, monsieur, dit l’Anglais en s’inclinant.

—Eh bien! maintenant, voulez-vous que je vous dise unechose? reprit froidement Athos.

—Laquelle? demanda l’Anglais.

—C’est que vous auriez aussi bien fait de ne pas exiger queje me fisse connaître.

—Pourquoi cela?

—Parce qu’on me croit mort, que j’ai des raisons particulièrespour désirer qu’on ne sache pas que je vis, et que je vaisêtre obligé de vous tuer, pour que mon secret ne coure pasles champs.

3L’Anglais regarda Athos, croyant que celui-ci plaisantait;mais Athos ne plaisantait pas le moins du monde.

—Messieurs, dit Athos en s’adressant à la fois à ses compagnonset à leurs adversaires, y sommes-nous?

—Oui, répondirent tout d’une voix Anglais et Français.

—Alors, en garde! dit Athos.

Et aussitôt huit épées brillèrent aux rayons du soleil couchant,et le combat commença avec un acharnement biennaturel entre gens deux fois ennemis.

Athos s’escrimait avec autant de calme et de méthode ques’il eût été dans une salle d’armes.

Porthos, corrigé sans doute de sa trop grande confiance parson aventure de Chantilly, jouait un jeu plein de finesse et deprudence.

Aramis, qui avait le troisième chant de son poème à finir,se dépêchait en homme très pressé.

Athos, le premier, tua son adversaire: il ne lui avaitporté qu’un coup; mais, comme il l’en avait prévenu, le coupavait été mortel, l’épée lui traversa le cœur.

Porthos, le second, étendit le sien sur l’herbe: il lui avaitpercé la cuisse. Alors, comme l’Anglais, sans faire plus longuerésistance, lui avait rendu son épée, Porthos le prit dans sesbras et le porta dans son carrosse.

Aramis poussa le sien si vigoureusement, qu’après avoirrompu une cinquantaine de pas il finit par prendre la fuite àtoutes jambes et disparut aux huées des laquais.

Quant à d’Artagnan, il avait joué purement et simplementun jeu défensif; puis, lorsqu’il avait vu son adversaire bienfatigué, il lui avait, d’une vigoureuse flanconade, fait sauter sonépée. Le baron, se voyant désarmé, fit deux ou trois pas enarrière; mais, dans ce moment, son pied glissa, et il tomba àla renverse.

4D’Artagnan fut sur lui d’un seul bond, et lui portant l’épéeà la gorge:

—Je pourrais vous tuer, monsieur, dit-il à l’Anglais,et vous êtes bien entre mes mains,mais je vous donne la vie pour l’amourde votre sœur.

Agrandir

D’Artagnan étaitau comble de la joie;il venait de réaliser leplan qu’il avait arrêté d’avance, et dont le développementavait fait éclore sur son visage les sourires dont nousavons parlé.

L’Anglais, enchanté d’avoir affaire à un gentilhomme d’aussibonne composition, serra d’Artagnan entre ses bras, fit mille5caresses aux trois mousquetaires, et, comme l’adversaire dePorthos était déjà installé dans la voiture et que celui d’Aramisavait pris la poudre d’escampette, on ne songea plus qu’audéfunt.

Comme Porthos et Aramis le déshabillaient dans l’espéranceque sa blessure n’était pas mortelle, une grosse bourses’échappa de sa ceinture. D’Artagnan la ramassa et la tendit àlord Winter:

—Et que diable voulez-vous que je fasse de cela? ditl’Anglais.

—Vous la rendrez à sa famille, dit d’Artagnan,

—Sa famille se soucie bien de cette misère: elle héritede quinze mille louis de rente; gardez cette bourse pour voslaquais.

D’Artagnan mit la bourse dans sa poche,

—Et maintenant, mon jeune ami, car vous me permettrez,je l’espère, de vous donner ce nom, dit lord Winter, dès cesoir, si vous le voulez bien, je vous présenterai à ma sœur,lady Clarick; car je veux qu’elle vous prenne à son tour dansses bonnes grâces, et, comme elle n’est point tout à fait malen cour, peut-être dans l’avenir un mot dit par elle ne vousserait-il point inutile.

D’Artagnan rougit de plaisir, et s’inclina en signe d’assentiment.

Pendant ce temps, Athos s’était approché de d’Artagnan.

—Que comptez-vous faire de cette bourse? lui dit-il toutbas à l’oreille.

—Mais je comptais vous la remettre, mon cher Athos.

—A moi? et pourquoi cela?

—Dame, vous l’avez tué: ce sont les dépouilles opimes.

—Moi, hériter d’un ennemi! dit Athos, pour qui donc meprenez-vous?

6—C’est l’habitude à la guerre, dit d’Artagnan; pourquoi neserait-ce pas l’habitude dans un duel?

—Même sur le champ de bataille, dit Athos, je n’ai jamaisfait cela.

Porthos leva les épaules. Aramis, d’un mouvement de lèvresapprouva Athos.

—Alors, dit d’Artagnan, donnons cet argent aux laquais,comme lord Winter nous a dit de le faire.

—Oui, dit Athos, donnons cette bourse, non à nos laquais,mais aux laquais anglais.

Athos prit la bourse, et la jeta dans la main du cocher:

—Pour vous et vos camarades.

Cette grandeur de manières dans un homme entièrementdénué frappa Porthos lui-même, et cette générosité française,redite par lord Winter et son ami, eut partout un grandsuccès, excepté auprès de MM. Grimaud, Mousqueton, Planchetet Bazin.

Lord Winter, en quittant d’Artagnan, lui donna l’adressede sa sœur; elle demeurait Place Royale, qui était alors lequartier à la mode, au numéro 6. D’ailleurs, il s’engageait àle venir prendre pour le présenter. D’Artagnan lui donnarendez-vous à huit heures chez Athos.

Cette présentation à milady occupait fort la tête de notreGascon. Il se rappelait de quelle façon étrange cette femmeavait été mêlée jusque-là dans sa destinée. Selon sa conviction,c’était quelque créature du cardinal, et cependant il sesentait invinciblement entraîné vers elle par un de ces sentimentsdont on ne se rend pas compte. Sa seule crainte était quemilady ne reconnût en lui l’homme de Meung et de Douvres.Alors, elle saurait qu’il était des amis de M. de Tréville, et parconséquent qu’il appartenait corps et âme au roi, ce qui, dèslors, lui ferait perdre une partie de ses avantages, puisque,7connu de milady comme il la connaissait, il jouerait avec elle àjeu égal. Quant à ce commencement d’intrigue entre elle etle comte de Wardes, notre présomptueux ne s’en préoccupaitque médiocrement, bien que le marquis fût jeune, beau, richeet fort avant dans la faveur du cardinal. Ce n’est pas pour rienque l’on a vingt ans, et surtout que l’on est né à Tarbes.

D’Artagnan commença par aller faire chez lui une toiletteflamboyante; puis il s’en revint chez Athos, et, selon son habitude,lui raconta tout. Athos écouta ses projets; puis il secoua latête, et lui recommanda la prudence avec une sorte d’amertume.

—Quoi! lui dit-il, vous venez de perdre une femme quevous disiez bonne, charmante, parfaite, et voilà que vous courezdéjà après une autre!

D’Artagnan sentit la vérité du reproche.

—J’aimais madame Bonacieux avec le cœur, tandis quej’aime milady avec la tête, dit-il; en me faisant conduire chez elle,je cherche surtout à m’éclairer sur le rôle qu’elle joue à la cour.

—Le rôle qu’elle joue, pardieu! il n’est pas difficile à devinerd’après tout ce que vous m’avez dit. C’est quelque émissairedu cardinal: une femme qui vous attirera dans un piège,où vous laisserez votre tête tout bonnement.

—Diable! mon cher Athos, vous voyez les choses bien ennoir, ce me semble.

—Mon cher, je me défie des femmes; que voulez-vous! jesuis payé pour cela, et surtout des femmes blondes. Milady estblonde, m’avez-vous dit?

—Elle a les cheveux du plus beau blond qui se puisse voir.

—Ah! mon pauvre d’Artagnan! fit Athos.

—Écoutez, je veux m’éclairer; puis, quand je saurai ceque je désire savoir, je m’éloignerai.

—Éclairez-vous, dit flegmatiquement Athos.

Lord Winter arriva à l’heure dite, mais Athos, prévenu8à temps, passa dans la seconde pièce. L’Anglais trouva doncd’Artagnan seul, et, comme il était près de huit heures, ilemmena le jeune homme.

Un élégant carrosse attendait en bas, attelé de deuxexcellents chevaux; en un instant on fut Place Royale.

Milady Clarick reçut gravement d’Artagnan. Son hôtel étaitd’une somptuosité remarquable; et, bien que la plupart desAnglais, chassés par la guerre, quittassent la France, oufussent sur le point de la quitter, milady venait de faire fairechez elle de nouvelles dépenses: ce qui prouvait que lamesure générale qui renvoyait les Anglais ne la regardait pas.

—Vous voyez, dit lord Winter en présentant d’Artagnanà sa sœur, un jeune gentilhomme qui a tenu ma vie entre sesmains, et n’a point voulu abuser de ses avantages, quoiquenous fussions doublement ennemis, puisque c’est moi qui l’aiinsulté, et que je suis Anglais. Remerciez-le donc, madame, sivous avez quelque amitié pour moi.

Milady fronça légèrement le sourcil; un nuage à peinevisible passa sur son front, et un sourire tellement étrangeapparut sur ses lèvres, que le jeune homme, qui vit cette triplenuance, en eut comme un frisson.

Le frère ne vit rien; il s’était retourné pour jouer avec lesinge favori de milady, qui l’avait tiré par son pourpoint.

—Soyez le bienvenu, monsieur, dit milady d’une voixdont la douceur singulière contrastait avec les symptômes demauvaise humeur que venait de remarquer d’Artagnan, vousavez acquis aujourd’hui des droits éternels à ma reconnaissance.

L’Anglais alors se retourna et raconta le combat sansomettre un détail. Milady l’écouta avec la plus grande attention;cependant on voyait facilement, quelque effort qu’elle fît pourcacher ses impressions, que ce récit ne lui était point agréable.9Le sang lui montait à la tête, et son pied s’agitait impatiemmentsous sa robe.

Lord Winter ne s’aperçut de rien. Puis, lorsqu’il eut fini,il s’approcha d’une tableoù étaient servis sur unplateau une bouteille de vin d’Espagne et des verres. Il emplitdeux verres et d’un signe invita d’Artagnan à boire.

Agrandir

D’Artagnan savait que c’était fort désobliger un Anglais quede refuser de toaster avec lui. Il s’approcha donc de la table,et prit le second verre. Cependant il n’avait point perdu de vue10milady, et dans la glace il s’aperçut du changement qui venaitde s’opérer sur son visage. Maintenant qu’elle croyait n’êtreplus regardée, un sentiment qui ressemblait à de la férocitéanimait sa physionomie. Elle mordait son mouchoir à bellesdents.

Cette jolie petite soubrette que d’Artagnan avait déjà remarquéeentra alors; elle dit en anglais quelques mots à lordWinter, qui demanda aussitôt à d’Artagnan la permission de seretirer, s’excusant sur l’urgence de l’affaire qui l’appelait, etchargeant sa sœur d’obtenir son pardon.

D’Artagnan échangea une poignée de main avec lord Winteret revint près de milady. Son visage, avec une mobilité surprenante,avait repris une expression gracieuse.

La conversation prit une tournure enjouée. Elle racontaque lord Winter n’était que son

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ... 51
Comments (0)
reload, if the code cannot be seen
Free online library ideabooks.net