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Le Robinson suisse ou Histoire d'une famille suisse naufragée

Le Robinson suisse ou Histoire d'une famille suisse naufragée
Title: Le Robinson suisse ou Histoire d'une famille suisse naufragée
Release Date: 2006-04-11
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Johann David WYSS


LE ROBINSON SUISSE

ou Histoire d'une famille suisse naufragée

(1812—édition: 1870)

Note sur l'auteur
PRÉFACE

TOME I

CHAPITRE I—Tempête.—Naufrage.—Corsets natatoires.—Bateau de cuves.
CHAPITRE II—Chargement du radeau.—Personnel de lafamille.—Débarquement—Premières dispositions.—Le homard.—Lesel.—Excursions de Fritz.—L'agouti.—La nuit à terre.
CHAPITRE III—Voyage de découverte.—Les noix de coco.—Lescalebassiers.—La canne à sucre.—Les singes.
CHAPITRE IV—Retour.—Capture d'un singe.—Alarme nocturne.—Les chacals.
CHAPITRE V—Voyage au navire.—Commencement du pillage.
CHAPITRE VI—Le troupeau à la nage.—Le requin.—Second débarquement.
CHAPITRE VII—Récit de ma femme.—Colliers des chiens—L'outarde.—Lesœufs de tortue.—Les arbres gigantesques.
CHAPITRE VIII—Le pont.
CHAPITRE IX—Départ.—Nouvelle demeure.—Le porc-épic.—Le chat sauvage.
CHAPITRE X—Premier établissement.—Le flamant,—L'échelle de bambou.
CHAPITRE XI—Construction du château aérien.—Première nuit surl'arbre.—Le dimanche.—Les ortolans.
CHAPITRE XII—La promenade.—Nouvelles découvertes.—Dénomination dedivers lieux.—La pomme de terre.—La cochenille.
CHAPITRE XIII—La claie.—La poudre à canon.—Visite à Zelt-Heim. Lekanguroo.—La mascarade.
CHAPITRE XIV—Second voyage au vaisseau.—Pillage général.—Latortue.—Le manioc.
CHAPITRE XV—Voyage au vaisseau.—Les pingouins.—Le manioc et sapréparation.—La cassave.
CHAPITRE XVI—La pinasse.—La machine infernale.—Le jardin potager.
CHAPITRE XVII—Encore un dimanche.—Le lazo.—Excursion au bois desCalebassiers.—Le crabe de terre.—L'iguane.
CHAPITRE XVIII—Nouvelle excursion.—Le coq de bruyère.—L'arbre àcire.—La colonie d'oiseaux.—Le caoutchouc.—Le sagoutier.
CHAPITRE XIX—Les bougies.—Le beurre.—Embellissement de Zelt-Heim.Dernier voyage au vaisseau.—L'arsenal.
CHAPITRE XX—Voyage dans l'intérieur.—Le vin de palmier.—Fuite del'âne.—Les buffles.
CHAPITRE XXI—Le jeune chacal.—L'aigle du Malabar.—Le vermicelle.
CHAPITRE XXII—Les greffes.—La ruche.—Les abeilles.
CHAPITRE XXIII—L'escalier.—Éducation du buffle, du singe, del'aigle.—Canal de bambous.
CHAPITRE XXIV—L'onagre.—Le phormium tenax.—Les pluies.
CHAPITRE XXV—La grotte à sel.—Habitation d'hiver.—Les harengs.—Leschiens marins.
CHAPITRE XXVI—Le plâtre.—Les saumons.—Les esturgeons.—Le caviar.—Lecoton.
CHAPITRE XXVII—La maison de campagne.—Les fraises—L'ornithorynque.
CHAPITRE XXVIII—La pirogue.—Travaux à la grotte.
CHAPITRE XXIX—Anniversaire de la délivrance.—Exercicesgymnastiques.—Distribution des prix.
CHAPITRE XXX—L'anis.—Le ginseng.
CHAPITRE XXXI—Gluau.—Grande chasse aux singes.—Les pigeons desMoluques.
CHAPITRE XXXII—Le pigeonnier.
CHAPITRE XXXIII—Aventure de Jack.

TOME II

CHAPITRE I—Second hiver.
CHAPITRE II—Première sortie après les pluies.—La baleine.—Le corail.
CHAPITRE III—Dépècement de la baleine.
CHAPITRE IV—L'huile de baleine.—Visite à la métairie.—La tortuegéante.
CHAPITRE V—Le métier à tisser.—Les vitres.—Les paniers.—Lepalanquin.—Aventure d'Ernest.—Le boa.
CHAPITRE VI—Mort de l'âne et du boa.—Entretien sur les serpentsvenimeux.
CHAPITRE VII—Le boa empaillé.—La terre à foulon.—La grotte de cristal.
CHAPITRE VIII—Voyage à l'écluse.—Le cabiai.—L'ondatra.—La civette etle musc.—La cannelle.
CHAPITRE IX—Le champ de cannes à sucre.—Les pécaris.—Le rôti deTaïti.—Le ravensara.—Le bambou.
CHAPITRE X—Arrivée à l'écluse.—Excursion dans la savane. L'autruche.—La tortue de terre.
CHAPITRE XI—La prairie.—Terreur d'Ernest.—Combat contre les ours.—Laterre de porcelaine.—Le condor et l'urubu.
CHAPITRE XII—Préparation de la chair de l'ours.—Le poivre.—Excursiondans la savane.—Le lapin angora.—L'antilope royale.—L'oiseau auxabeilles et le verre fossile.
CHAPITRE XIII—Capture d'une autruche.—La vanille.—L'euphorbe et lesœufs d'autruche.
CHAPITRE XIV—Éducation de l'autruche.—L'hydromel.—La tannerie et lachapellerie.
CHAPITRE XV—La poterie.—Construction du caïak.—La gelée d'alguesmarines.—La garenne.
CHAPITRE XVI—Le moulin à gruau.—Le caïak.—La vache marine.
CHAPITRE XVII—L'orage.—Les clous de girofle.—Le pont-levis.—Lelèche-sel.—Le pemmikan.—Les pigeons messagers.—L'hyène.
CHAPITRE XVIII—Retour du pigeon messager.—La chasse aux cygnes.—Lehéron et le tapir.—La grue.—Le moenura superba.—Grande déroute dessinges.—Ravage des éléphants à Zuckertop.—Arrivée à l'Écluse.
CHAPITRE XIX—Le cacao.—Les bananes.—La poulesultane.—L'hippopotame.—Le thé et le câprier.—La grenouillegéante.—Terreur de Jack.—L'édifice de Falken-Horst.—Le corps de gardedans l'île aux Requins.
CHAPITRE XX—Coup d'œil général sur la colonie et ses dépendances.—Labasse-cour.—Les arbres et le bétail.—Les machines et les magasins.
CHAPITRE XXI—Nouvelles découvertes à l'occident.—Heureuse expédition deFritz.—Les dents de veau marin.—La baie des Perles.—La loutre demer.—L'albatros.—Retour à Felsen-Heim.
CHAPITRE XXII—Les nids d'hirondelles.—Les perles fausses.—La pêche desperles.—Le sanglier d'Afrique.—Danger de Jack.—La truffe.
CHAPITRE XXIII—Visite au sanglier.—Le coton de Nankin.—Le lion.—Mortde Bill.—Un nouvel hiver.
CHAPITRE XXIV—Le navire européen.—Le mécanicien et safamille.—Préparatifs de retour en Europe.—Séparation.—Conclusion.

Note sur l'auteur

Johann David Wyss est né à Berne en 1743. Pasteur à la collégiale deBerne, il est l'auteur du Robinson Suisse, l'un des plus célèbresromans écrits à l'imitation du Robinson Crusoé de Daniel Defoe.

Johann David Wyss conçut cette histoire pour la raconter à ses enfants.À la différence de Daniel Defoe, le naufragé de Wyss n'est pas jeté seulsur une île déserte: il parvient à sauver sa famille du naufrage. Cesera alors l'occasion pour le père de prodiguer à ses enfants de sagesconseils.

Le Robinson Suisse fut publié par le fils de Wyss, Johann Rudolph,professeur de philosophie à l'Académie de Berne. L'ouvrage fut traduiten français, en 1824, par la baronne de Montolieu.

Préface

Moins populaire que le livre de Daniel De Foe, parce qu'il n'a passervi à l'amusement et à l'instruction d'un aussi grand nombre degénérations, le Robinson suisse est destiné à prendre place à côté duRobinson anglais lorsqu'il sera mieux connu, et que la haute idéemorale qui s'y trouve si dramatiquement développée aura été plussérieusement et plus fréquemment appréciée.

Daniel De Foe n'a mis en scène qu'un homme isolé, sans expérience etsans connaissance du monde, tandis que Wyss a raconté les travaux, lesefforts de toute une famille, pour se créer des moyens d'existence avecles ressources de la nature et celles que donnent au chef de cettefamille les lumières de la civilisation. Les personnages eux-mêmesintéressent davantage les jeunes lecteurs auxquels ce livre est destiné.Ce sont, comme eux, des enfants de différents âges et de caractèresvariés, qui, par leurs dialogues naïfs, rompent agréablement lamonotonie du récit individuel, défaut que l'admirable talent de l'auteuranglais n'a pas toujours pu éviter. Le style de Wyss, dans sa simplicitéet dans la puérilité apparente des détails, est merveilleusementapproprié à l'esprit de ses lecteurs; un enfant, dans ses premièrescompositions, ne penserait pas autrement. Prier Dieu, s'occuper desrepas que la prévoyance de ses parents lui a préparés, se livrer à desamusements variés, n'est-ce pas tout l'emploi du temps de l'enfance?C'est là, n'en doutons pas, une des principales causes du vif plaisirque procure la lecture du Robinson suisse, même à des hommes faits quine s'en sont jamais rendu raison.

Il est cependant un reproche qu'on peut adresser à Wyss, et que nemérite pas son devancier. Robinson, dans son île, ne trouve que lesanimaux et les plantes qui peuvent naturellement s'y rencontrer d'aprèssa position géographique. Wyss, au contraire, a réuni dans l'île dunaufragé suisse tous les animaux, tous les arbres, toutes les richessesvégétales et minérales que la nature a répandues avec profusion dans lesdélicieuses îles de l'océan Pacifique; et cependant chaque contrée a sapart dans cette admirable distribution des faveurs de la Providence: lesplantes, les animaux de la Nouvelle-Hollande ne sont pas ceux de laNouvelle-Zélande et de Taïti. Le but de l'auteur a été de faire passersous nos yeux, dans un cadre de peu d'étendue, les productions propres àtous les pays avec lesquels nous sommes peu familiarisés, ce qui excuseen quelque sorte cette réunion sur un seul point de l'Océan de tout cequi ne se rencontre que dans une multitude d'îles diverses.

Les descriptions n'ont pas toujours l'exactitude réclamée par lesnaturalistes; dans quelques circonstances, la vérité a été sacrifiée àl'intérêt. C'est pour ne pas nuire à cet intérêt que nous n'avons rienchangé aux descriptions, quoiqu'il nous eût été facile de lesrectifier.

Mais combien ces taches ne sont-elles pas effacées par les leçonsadmirables de résignation, de courage et de ferme persévérance qu'on ytrouve à chaque page! Vouloir, c'est pouvoir, a-t-on dit; jamais cettemaxime n'avait été développée sous une forme plus heureuse et plusdramatique. Robinson avait déjà montré, il est vrai, comment on parvientà pourvoir aux premiers besoins de la vie solitaire. Ici, dès lespremiers pas, ces cruelles nécessités n'existent plus; ce sont lesjouissances de la vie sociale qu'il faut satisfaire et les persévérantsefforts des naufragés pour arriver à ce but obtiennent un tel succès,qu'ils parviennent même à se créer un musée.

Comme dans son modèle, à chaque page Wyss a semé les enseignementssublimes de la morale évangélique; tout est rapporté par lui à l'auteurde toutes choses, et l'orgueil humain est constamment abaissé devant lagrandeur et la bonté de Dieu. L'ouvrage a été écrit par un auteurprotestant, mais avec une telle mesure, qu'il a suffi de quelqueslégères corrections pour le rendre tout à fait propre à des lecteurscatholiques.

Wyss a cru devoir se dispenser d'entrer dans des détails d'avant-scène;l'action commence au moment même du naufrage, et, semblable à un auteurdramatique, il ne nous fait connaître les acteurs que par leur langageet leurs actions. Ainsi que lui, nous renvoyons à la narration lelecteur, qui sera bientôt familiarisé avec les personnages.

Friedrich Muller.

TOME I


CHAPITRE I

Tempête.—Naufrage.—Corsets natatoires.—Bateau de cuves.

La tempête durait depuis six mortels jours, et, le septième, saviolence, au lieu de diminuer, semblait augmenter encore. Elle nousavait jetés vers le S.-O., si loin de notre route, que personne nesavait où nous nous trouvions. Les passagers, les matelots, lesofficiers étaient sans courage et sans force; les mâts, brisés, étaienttombés par-dessus le bord; le vaisseau, désemparé, ne manœuvrait plus,et les vagues irritées le poussaient ça et là. Les matelots serépandaient en longues prières et offraient au Ciel des vœux ardents;tout le monde était du reste dans la consternation, et ne s'occupait quedes moyens de sauver ses jours.

«Enfants, dis-je à mes quatre fils effrayés et en pleurs, Dieu peut nousempêcher de périr s'il le veut; autrement soumettons-nous à sa volonté;car nous nous reverrons dans le ciel, où nous ne serons plus jamaisséparés.»

Cependant ma courageuse femme essuyait une larme, et, plus tranquilleque les enfants, qui se pressaient autour d'elle, elle s'efforçait deles rassurer, tandis que mon cœur, à moi, se brisait à l'idée du dangerqui menaçait ces êtres bien-aimés. Nous tombâmes enfin tous à genoux, etles paroles échappées à mes enfants me prouvèrent qu'ils savaient aussiprier, et puiser le courage dans leurs prières. Je remarquai que Fritzdemandait au Seigneur de sauver les jours de ses chers parents et de sesfrères, sans parler de lui-même.

Cette occupation nous fit oublier pendant quelque temps le danger quinous menaçait, et je sentis mon cœur se rassurer un peu à la vue detoutes ces petites têtes religieusement inclinées. Soudain nousentendîmes, au milieu du bruit des vagues, une voix crier: «Terre!terre!» et au même instant nous éprouvâmes un choc si violent, que nousen fûmes tous renversés, et que nous crûmes le navire en pièces; uncraquement se fit entendre; nous avions touché. Aussitôt une voix que jereconnus pour celle du capitaine cria: «Nous sommes perdus! Mettez leschaloupes en mer!» Mon cœur frémit à ces funestes mots: Nous sommesperdus! Je résolus cependant de monter sur le pont, pour voir si nousn'avions plus rien à espérer. À peine y mettais-je le pied qu'une énormevague le balaya et me renversa sans connaissance contre le mât. Lorsqueje revins à moi, je vis le dernier de nos matelots sauter dans lachaloupe, et les embarcations les plus légères, pleines de monde,s'éloigner du navire. Je criai, je les suppliai de me recevoir, moi etles miens.... Le mugissement de la tempête les empêcha d'entendre mavoix, ou la fureur des vagues de venir nous chercher. Au milieu de mondésespoir, je remarquai cependant avec un sentiment de bonheur que l'eaune pouvait atteindre jusqu'à la cabine que mes bien-aimés occupaientau-dessous de la chambre du capitaine; et, en regardant bienattentivement vers le S., je crus apercevoir par intervalles une terrequi, malgré son aspect sauvage, devint l'objet de tous mes vœux.

Je me hâtai donc de retourner vers ma famille; et, affectant un air desécurité, j'annonçai que l'eau ne pouvait nous atteindre, et qu'au journous trouverions sans doute un moyen de gagner la terre. Cette nouvellefut pour mes enfants un baume consolateur, et ils se tranquillisèrentbien vite. Ma femme, plus habituée à pénétrer ma pensée, ne prit pas lechange; un signe de ma part lui avait fait comprendre notre abandon.Mais je sentis mon courage renaître en voyant que sa confiance en Dieun'était point ébranlée; elle nous engagea à prendre quelque nourriture.Nous y consentîmes volontiers; et après ce petit repas les enfantss'endormirent, excepté Fritz, qui vint à moi et me dit: «J'ai pensé, monpère, que nous devrions faire, pour ma mère et mes frères, des corsetsnatatoires qui pussent les soutenir sur l'eau, et dont vous et moin'avons nul besoin, car nous pouvons nager aisément jusqu'à la côte.»J'approuvai cette idée, et résolus de la mettre à profit. Nouscherchâmes partout dans la chambre de petits barils et des vasescapables de soutenir le corps d'un homme. Nous les attachâmes ensuitesolidement deux à deux, et nous les passâmes sous les bras de

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