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Le Collier de la Reine, Tome I

Le Collier de la Reine, Tome I
Category: Fiction / France / History / Queens
Title: Le Collier de la Reine, Tome I
Release Date: 2006-04-18
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Alexandre Dumas

LE COLLIER DE LA REINE

Tome I

(1849—1850)


Table des matières

Avant-propos
Prologue—I—Un vieux gentilhomme et un vieux maître d'hôtel
Prologue—II—La Pérouse
Chapitre I—Deux femmes inconnues
Chapitre II—Un intérieur
Chapitre III—Jeanne de La Motte de Valois
Chapitre IV—Bélus
Chapitre V—Route de Versailles
Chapitre VI—La consigne
Chapitre VII—L'alcôve de la reine
Chapitre VIII—Le petit lever de la reine
Chapitre IX—La pièce d'eau des Suisses
Chapitre X—Le tentateur
Chapitre XI—Le «Suffren»
Chapitre XII—M. de Charny
Chapitre XIII—Les cent louis de la reine
Chapitre XIV—Maître Fingret
Chapitre XV—Le cardinal de Rohan
Chapitre XVI—Mesmer et Saint-Martin
Chapitre XVII—Le baquet
Chapitre XVIII—Mademoiselle Oliva
Chapitre XIX—M. Beausire
Chapitre XX—L'or
Chapitre XXI—La petite maison
Chapitre XXII—Quelques mots sur l'Opéra
Chapitre XXIII—Le bal de l'Opéra
Chapitre XXIV—Le bal de l'Opéra—(suite)
Chapitre XXV—Sapho
Chapitre XXVI—L'académie de M. de Beausire
Chapitre XXVII—L'ambassadeur
Chapitre XXVIII—MM. Bœhmer et Bossange
Chapitre XXIX—À l'ambassade
Chapitre XXX—Le marché
Chapitre XXXI—La maison du gazetier
Chapitre XXXII—Comment deux amis deviennent ennemis
Chapitre XXXIII—La maison de la rue Neuve-Saint-Gilles
Chapitre XXXIV—La tête de la famille de Taverney
Chapitre XXXV—Le quatrain de M. de Provence
Chapitre XXXVI—La princesse de Lamballe
Chapitre XXXVII—Chez la reine
Chapitre XXXVIII—Un alibi
Chapitre XXXIX—Monsieur de Crosne
Chapitre XL—La tentatrice
Chapitre XLI—Deux ambitions qui veulent passer pour deux amours
Chapitre XLII—Où l'on commence à voir les visages sous les masques
Chapitre XLIII—Où monsieur Ducorneau ne comprend absolument rien à ce qui se passe
Chapitre XLIV—Illusions et réalités
Chapitre XLV—Où mademoiselle Oliva commence à se demander ce que l'on veut faire d'elle
Chapitre XLVI—La maison déserte
Chapitre XLVII—Jeanne protectrice

Avant-propos

Et d'abord, à propos même du titre que nous venons d'écrire, qu'on nouspermette d'avoir une courte explication avec nos lecteurs. Il y a déjàvingt ans que nous causons ensemble, et les quelques lignes qui vontsuivre, au lieu de relâcher notre vieille amitié, vont, je l'espère, laresserrer encore.

Depuis les derniers mots que nous nous sommes dits, une révolution apassé entre nous: cette révolution, je l'avais annoncée dès 1832, j'enavais exposé les causes, je l'avais suivie dans sa progression, jel'avais décrite jusque dans son accomplissement: il y a plus—j'avaisdit, il y a seize ans, ce que je ferais il y a huit mois.

Qu'on me permette de transcrire ici les dernières lignes de l'épilogueprophétique qui termine mon livre de Gaule et France.

«Voilà le gouffre où va s'engloutir le gouvernement actuel. Le phare quenous allumons sur sa route n'éclairera que son naufrage; car, voulût-ilvirer de bord, il ne le pourrait plus maintenant, le courant quil'entraîne est trop rapide et le vent qui le pousse est trop large.Seulement, à l'heure de perdition, nos souvenirs d'homme l'emportant surnotre stoïcisme de citoyen, une voix se fera entendre qui criera: Meurela royauté, mais Dieu sauve le roi!

Cette voix sera la mienne.»

Ai-je menti à ma promesse, et la voix qui, seule en France, a dit adieuà une auguste amitié a-t-elle, au milieu de la chute d'une dynastie,vibré assez haut pour qu'on l'ait entendue?

La révolution prévue et annoncée par nous ne nous a donc pas pris àl'improviste. Nous l'avons saluée comme une apparition fatalementattendue; nous ne l'espérions pas meilleure, nous la craignions pire.Depuis vingt ans que nous fouillons le passé des peuples, nous savons ceque c'est que les révolutions.

Des hommes qui l'ont faite et de ceux qui en ont profité, nous n'enparlerons pas. Tout orage trouble l'eau. Tout tremblement de terre amènele fond à la surface. Puis, par les lois naturelles de l'équilibre,chaque molécule reprend sa place. La terre se raffermit, l'eau s'épure,et le ciel, momentanément troublé, mire au lac éternel ses étoiles d'or.

Nos lecteurs vont donc nous retrouver le même, après le 24 février, quenous étions auparavant: une ride de plus au front, une cicatrice de plusau cœur. Voilà tout le changement qui s'est opéré en nous pendant leshuit terribles mois qui viennent de s'écouler.

Ceux que nous aimions, nous les aimons toujours; ceux que nouscraignions, nous ne les craignons plus; ceux que nous méprisions, nousles méprisons plus que jamais.

Donc, dans notre œuvre comme en nous, aucun changement; peut-être dansnotre œuvre comme en nous, une ride et une cicatrice de plus. Voilàtout.

Nous avons à l'heure qu'il est écrit à peu près quatre cents volumes.Nous avons fouillé bien des siècles, évoqué bien des personnages éblouisde se retrouver debout au grand jour de la publicité.

Eh bien! ce monde tout entier de spectres, nous l'adjurons de dire sijamais nous avons fait sacrifice au temps où nous vivions de ses crimes,de ses vices ou de ses vertus: sur les rois, sur les grands seigneurs,sur le peuple, nous avons toujours dit ce qui était la vérité ou ce quenous croyions être la vérité; et, si les morts réclamaient comme lesvivants, de même que nous n'avons jamais eu à faire une seulerétractation aux vivants, nous n'aurions pas à faire une seulerétractation aux morts.

À certains cœurs, tout malheur est sacré, toute chute est respectable;qu'on tombe de la vie ou du trône, c'est une piété de s'incliner devantle sépulcre ouvert, devant la couronne brisée.

Lorsque nous avons écrit notre titre au haut de la première page denotre livre, ce n'est point, disons-le, un choix libre qui nous a dictéce titre, c'est que son heure était arrivée, c'est que son tour étaitvenu; la chronologie est inflexible; après 1774 devait venir 1784; aprèsJoseph Balsamo, Le Collier de la Reine.

Mais que les plus scrupuleuses susceptibilités se rassurent: par celamême qu'il peut tout dire aujourd'hui, l'historien sera le censeur dupoète. Rien de hasardé sur la femme reine, rien de douteux sur la reinemartyre. Faiblesse de l'humanité, orgueil royal, nous peindrons tout,c'est vrai; mais comme ces peintres idéalistes qui savent prendre lebeau côté de la ressemblance; mais comme faisait l'artiste au nomd'Ange, quand dans sa maîtresse chérie il retrouvait une madone sainte;entre les pamphlets infâmes et la louange exagérée, nous suivrons,triste, impartial et solennel, la ligne rêveuse de la poésie. Celle dontle bourreau a montré au peuple la tête pâle a bien acheté le droit de neplus rougir devant la postérité.

Alexandre Dumas
29 novembre 1848


Prologue—I

Un vieux gentilhomme et un vieux maître d'hôtel

Vers les premiers jours du mois d'avril 1784, à trois heures un quart àpeu près de l'après-midi, le vieux maréchal de Richelieu, notre ancienneconnaissance, après s'être imprégné lui-même les sourcils d'une teintureparfumée, repoussa de la main le miroir que lui tenait son valet dechambre, successeur mais non remplaçant du fidèle Rafté; et, secouant latête de cet air qui n'appartenait qu'à lui:

—Allons, dit-il, me voilà bien ainsi.

Et il se leva de son fauteuil, chiquenaudant du doigt, avec un gestetout juvénile, les atomes de poudre blanche qui avaient volé de saperruque sur sa culotte de velours bleu de ciel.

Puis, après avoir fait deux ou trois tours dans son cabinet de toilette,allongeant le cou-de-pied et tendant le jarret:

—Mon maître d'hôtel! dit-il.

Cinq minutes après, le maître d'hôtel se présenta en costume decérémonie.

Le maréchal prit un air grave et tel que le comportait la situation.

—Monsieur, dit-il, je suppose que vous m'avez fait un bon dîner?

—Mais oui, monseigneur.

—Je vous ai fait remettre la liste de mes convives, n'est-ce pas?

—Et j'en ai fidèlement retenu le nombre, monseigneur. Neuf couverts,n'est-ce point cela?

—Il y a couvert et couvert, monsieur!

—Oui, monseigneur, mais...

Le maréchal interrompit le maître d'hôtel avec un léger mouvementd'impatience, tempéré cependant de majesté.

Mais... n'est point une réponse, monsieur; et chaque fois quej'entends le mot mais, et je l'ai entendu bien des fois depuisquatre-vingt-huit ans, eh bien! monsieur, chaque fois que je l'aientendu, ce mot, je suis désespéré de vous le dire, il précédait unesottise.

—Monseigneur!...

—D'abord, à quelle heure me faites-vous dîner?

—Monseigneur, les bourgeois dînent à deux heures, la robe à trois, lanoblesse à quatre.

—Et moi, monsieur?

—Monseigneur dînera aujourd'hui à cinq heures.

—Oh! oh! à cinq heures!

—Oui, monseigneur, comme le roi.

—Et pourquoi comme le roi?

—Parce que sur la liste que monseigneur m'a fait l'honneur de meremettre, il y a un nom de roi.

—Point du tout, monsieur, vous vous trompez, parmi mes convivesd'aujourd'hui, il n'y a que de simples gentilshommes.

—Monseigneur veut sans doute plaisanter avec son humble serviteur, etje le remercie de l'honneur qu'il me fait. Mais M. le comte de Haga, quiest un des convives de monseigneur...

—Eh bien?

—Eh bien! le comte de Haga est un roi.

—Je ne connais pas de roi qui se nomme ainsi.

—Que monseigneur me pardonne alors, dit le maître d'hôtel ens'inclinant, mais j'avais cru, j'avais supposé...

—Votre mandat n'est pas de croire, monsieur! Votre devoir n'est pas desupposer! Ce que vous avez à faire c'est de lire les ordres que je vousdonne, sans y ajouter aucun commentaire. Quand je veux qu'on sache unechose, je la dis; quand je ne la dis pas, je veux qu'on l'ignore.

Le maître d'hôtel s'inclina une seconde fois, et cette fois plusrespectueusement peut-être que s'il eût parlé à un roi régnant.

—Ainsi donc, monsieur, continua le vieux maréchal, vous voudrez bien,puisque je n'ai que des gentilshommes à dîner, me faire dîner à monheure habituelle, c'est-à-dire à quatre heures.

À cet ordre, le front du maître d'hôtel s'obscurcit, comme s'il venaitd'entendre prononcer son arrêt de mort. Il pâlit et plia sous le coup.

Puis, se redressant avec le courage du désespoir:

—Il arrivera ce que Dieu voudra, dit-il; mais monseigneur ne dîneraqu'à cinq heures.

—Pourquoi et comment cela? s'écria le maréchal en se redressant.

—Parce qu'il est matériellement impossible que monseigneur dîneauparavant.

—Monsieur, dit le vieux maréchal en secouant avec fierté sa tête encorevive et jeune, voilà vingt ans, je crois, que vous êtes à mon service?

—Vingt-et-un ans, monseigneur; plus un mois et deux semaines.

—Eh bien, monsieur, à ces vingt-et-un ans, un mois, deux semaines, vousn'ajouterez pas un jour, pas une heure. Entendez-vous? répliqua levieillard, en pinçant ses lèvres minces et en fronçant son sourcilpeint, dès ce soir vous chercherez un maître. Je n'entends pas que lemot impossible soit prononcé dans ma maison. Ce n'est pas à mon âge queje veux faire l'apprentissage de ce mot. Je n'ai pas de temps à perdre.

Le maître d'hôtel s'inclina une troisième fois.

—Ce soir, dit-il, j'aurai pris congé de monseigneur, mais au moins,jusqu'au dernier moment, mon service aura été fait comme il convient.

Et il fit deux pas à reculons vers la porte.

—Qu'appelez-vous comme il convient? s'écria le maréchal. Apprenez,monsieur, que les choses doivent être faites ici comme il me convient,voilà la convenance. Or, je veux dîner à quatre heures, moi, et il neme convient pas, quand je veux dîner à quatre heures, que vous mefassiez dîner à cinq.

—Monsieur le maréchal, dit sèchement le maître d'hôtel, j'ai servi desommelier à M. le prince de Soubise, d'intendant à M. le prince cardinalLouis de Rohan. Chez le premier, Sa Majesté le feu roi de France dînaitune fois l'an; chez le second, Sa Majesté l'empereur d'Autriche dînaitune fois le mois. Je sais donc comme on traite les souverains,monseigneur. Chez M. de Soubise, le roi Louis XV s'appelait vainement lebaron de Gonesse, c'était toujours un roi; chez le second, c'est-à-direchez M. de Rohan, l'empereur Joseph s'appelait vainement le comte dePackenstein, c'était toujours l'empereur. Aujourd'hui, M. le maréchalreçoit un convive qui s'appelle vainement le comte de Haga: le comte deHaga n'en est pas moins le roi de Suède. Je quitterai ce soir l'hôtel deMonsieur le maréchal, ou M. le comte de Haga y sera traité en roi.

—Et voilà justement ce que je me tue à vous défendre, monsieurl'entêté; le comte de Haga veut l'incognito le plus strict, le plusopaque. Pardieu! je reconnais bien là vos sottes vanités, messieurs dela serviette! Ce n'est pas la couronne que vous honorez, c'est vous-mêmeque vous glorifiez avec nos écus.

—Je ne suppose pas, dit aigrement le maître d'hôtel que ce soitsérieusement que monseigneur me parle d'argent.

—Eh non! monsieur, dit le maréchal presque humilié, non. Argent! quidiable vous parle argent? Ne détournez pas la question, je vous prie, etje vous répète que je ne veux point qu'il soit question de roi ici.

—Mais, monsieur le maréchal, pour qui donc me prenez-vous? Croyez-vousque j'aille ainsi en aveugle? Mais il ne sera

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