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Le marquis de Loc-Ronan

Le marquis de Loc-Ronan
Category: Fiction
Title: Le marquis de Loc-Ronan
Release Date: 2006-04-20
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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ERNEST CAPENDU

LE MARQUIS DE LOC-RONAN

DU MÊME AUTEUR
Édition in-18, à 1 franc 25
(Franco par la poste)
Mademoiselle la Ruine 2 vol.
Les Colonnes d'Hercule 1 vol.
Arthur Gaudinet 2 vol.
Surcouf 1 vol.
Marcof le Malouin 1 vol.
Le Marquis de Loc-Ronan 1 vol.
Le Chat du bord 1 vol.
Blancs et bleus 1 vol.
La Mary-Morgan 1 vol.
Vœu de Haine 1 vol.
Le Pré Catelan 1 vol.

Sceaux.—Impr. Charaire et fils

PARIS

A. DEGORCE-CADOT, ÉDITEUR

9, RUE DE VERNEUIL, 9


Chapitres: I,II,III,IV,V,VI,VII,VIII,IX,X,XI,XII,XIII,XIV,XV,XVI,XVII,XVIII,XIX,XX,XXI,XXII,XXIII,XXIV,XXV,XXVI,XXVII,XXVIII,XXIX,XXX,XXXI
ÉPILOGUE
I,II,III

MARCOF LE MALOUIN

DEUXIÈME ÉPISODE


I

LA GUERRE DE L'OUEST

Au confluent de l'Isac et de la Vilaine, à quelques lieues au sud deRedon, et à peu de distance de la mer, s'étend, ou pour mieux dires'étendait une magnifique forêt dont les arbres, pressés et entrelaçantleurs rameaux, attestaient que la hache dévastatrice de la spéculationn'avait pas encore entamé leurs hautes futaies, véritable boisseigneurial, dont les propriétaires successifs avaient dû se montrerjaloux presque autant de la vétusté de leurs chênes, que de celle deleurs parchemins.

Ceux qui connaissent cette partie de la rive droite de la Loire, cequadrilatère naturel formé par la Loire, la Vilaine, l'Erdre et l'Isac,seront sans doute prêts à nous accuser d'inexactitude en lisant leslignes précédentes. Aujourd'hui, en effet, que la rage du déboisements'est par malheur emparée de la population des exploiteursterritoriaux, c'est à peine si, dans la vieille Armorique, on retrouvequelque reste de ces forêts magnifiques plantées par les druides, forêtsqui portaient en elles quelque chose de si mystérieux et de sigrandement noble, qu'elles ont inspiré les poètes du moyen âge, etqu'ils n'ont pas voulu d'autre séjour pour théâtre des exploits deschevaliers de la Table-Ronde, des amours de la belle Geneviève, etdes enchantements du fameux Merlin.

Avant que la Révolution eût appuyé sur les têtes son niveau égalitaire,coupant avec le fer de la guillotine celles qui demeuraient tropdroites, la Bretagne et la Vendée avaient religieusement conservé leuraspect sauvage. Il était rare de pouvoir quitter un chemin creux, bordéd'ajoncs et de genêts, sans donner dans quelque bois épais et touffu, oudans quelque marais de longue étendue.

Dans le pays de Vannes surtout, dans la partie septentrionale dudépartement de la Loire-Inférieure, de Nantes à Pont-Château, de Blainmême à Guéméné, le sillon de Bretagne forme une série de collines dontla pente, presque insensible sur le versant opposé à la Loire, estbeaucoup plus prononcée du côté du fleuve. Sur toute l'étendue de cevaste coteau, dont le sommet atteint presque Séverac, et où donne lecours inférieur de la Loire qu'on aperçoit jusqu'à son embouchure dansl'Océan, le sol n'offre, sur plus d'un tiers de son parcours, que desforêts, des landes et des marais.

Avant les premières années de ce siècle, la route de Nantes à Redon netraversait pour ainsi dire qu'un seul bois, et, de la Loire à laVilaine, l'œil ne se reposait que sur les hautes futaies, les chênesgigantesques, les champs de bruyères et les cépées séculaires. Auconfluent de l'Isac et de la Vilaine, la forêt prenait des proportionsvéritablement grandioses et pouvait, à bon droit, passer pour l'une desplus belles parties du pays de Vannes, si riche cependant en sitessauvages et pittoresques.

Aux derniers jours de la terrible année 1793, la guerre de l'Ouest étaitdans toute sa fureur, et déchirait la Bretagne et la Vendée avec unacharnement sans exemple. Républicains et royalistes, chouans ousans-culottes se livraient aux plus odieuses et aux plus épouvantablesreprésailles. La terre de France était baignée du sang de ses enfants,et fertilisée par leurs cadavres.

—Il n'y a qu'un moyen d'en finir, disait un officier républicain, c'estde retourner de trois pieds le sol vendéen et le sol breton!

C'est que, ainsi que l'avait prédit La Bourdonnaie, la Bretagne et laVendée étaient tout entières en armes, et que l'armée royaliste s'étaitaugmentée des trois quarts de la population. Jamais, selon Barrère,depuis les croisades, on n'avait vu tant d'hommes se réunir sispontanément. Les paysans s'étaient levés lentement, ainsi que l'avaitfait observer Boishardy; mais, une fois levés, ils marchèrentaudacieusement en avant.

Quatre chefs principaux, quatre noms qui resteront éternellement soudésà l'histoire de cette malheureuse guerre, commandaient les royalistes.Selon un historien contemporain, Bonchamp était la tête de cette armée,dont Stofflet et La Rochejacquelein étaient les bras, dont Cathelineauétait le cœur.

On connaît les premiers efforts tentés dès 1791 par les gentilshommes deBretagne pour opposer une digue à l'influence révolutionnaire.L'avortement de la conspiration de La Rouairie et la mort de ce chefarrêtèrent momentanément l'explosion du vaste complot mûri dans l'ombre.Mais si les bras manquaient encore, les têtes étaient prêtes, etattendaient avec impatience un acte du gouvernement qui excitât lesesprits à la révolte. Le décret relatif à la levée des trois cent millehommes fut l'étincelle qui mit le feu aux poudres.

Le 10 mars 1793, jour fixé pour le tirage, la guerre commença sur tousles points. Un coup de canon, tiré imprudemment dans la ville deSaint-Florent-le-Vieux sur des conscrits réfractaires, porta la ragedans tous les cœurs. Le soir même, six jeunes gens qui rentraient dansleur famille, traversant le bourg de Pin-en-Mauge, furent accostés parun homme qui leur demanda des nouvelles. Cette homme qui, les bras nus,les manches retroussées, pétrissait le pain de son ménage, était uncolporteur marchand de laine, père de cinq enfants, et qui se nommaitCathelineau. Faisant passer son indignation dans l'esprit de sesauditeurs, il se met à leur tête, fait un appel aux gars du pays,recrute des forces de métairie en métairie, et arrive le 14 à laPoitevinière. Bientôt le tocsin sonne de clocher en clocher. A cesignal, tout paysan valide fait sa prière, prend son chapelet et sonfusil, ou, s'il n'a pas de fusil, sa faux retournée, embrasse sa mère ousa femme, et court rejoindre ses frères à travers les haies.

Le château de Jallais, défendu par un détachement du 84e de ligne etpar la garde nationale de Chalonnes, est attaqué. Le médecin Rousseau,qui commande, fait braquer sur les assiégeants une pièce de six; maisles jeunes gens, improvisant la tactique qui leur vaudra tant devictoires, se jettent tous à la fois ventre à terre, laissent passer lamitraille sur leurs têtes, se relèvent, s'élancent, et enlèvent la pièceavec ses artilleurs.

Ces premiers progrès donnent à la révolte d'énormes et rapidesdéveloppements qui viennent porter l'inquiétude jusqu'au sein de lacapitale. Le 19 mars, la Convention rend un décret dont l'article 6condamne à mort les prêtres, les ci-devant nobles, les ci-devantseigneurs, leurs agents ou domestiques, ceux qui ont eu des emplois ouqui ont exercé des fonctions publiques sous l'ancien gouvernement oudepuis la Révolution, pour le fait seul de leur présence en paysinsurgé. Cette sommation, si elle ne parvenait pas à étouffer la guerre,devait lui donner un caractère ouvertement politique. C'est ce quiarriva.

Charette, La Rochejacquelein, La Bourdonnaie, de Lescure, d'Elbée,Bonchamp, Dommaigné, Boishardy, Cormatin, Chantereau, se mirentrapidement à la tête des révoltés, les uns habitant la Vendée, lesautres arrivant à la hâte de Bretagne. Les ordres de rassemblement,distribués de tous côtés, portaient:

«Au saint nom de Dieu, de par le roi, la paroisse de *** se rendra teljour, à tel endroit, avec ses armes et du pain.»

Là, on s'organisait par compagnie et par clocher. Chaque compagniechoisissait son capitaine par acclamation: c'était d'ordinaire le paysanconnu pour être le plus fort et le plus brave. Tous lui juraientl'obéissance jusqu'à la mort. Ceux qui avaient des chevaux formaient lacavalerie. L'aspect de ces troupes était des plus étranges: c'étaientdes hommes et des chevaux de toutes tailles et de toutes couleurs; desselles entremêlées de bâts; des chapeaux, des bonnets et des mouchoirsde tête; des reliques attachées à des cocardes blanches, des cordes etdes ficelles pour baudriers et pour étriers. Une précaution qu'aucunn'oubliait, c'était d'attacher à sa boutonnière, à côté du chapelet etdu sacré cœur, sa cuiller de bois ou d'étain. Les chefs n'avaient guèreplus de coquetterie: les capitaines de paroisse n'ajoutaient à leurcostume villageois qu'une longue plume blanche fixée à la Henri IV surle bord relevé de leur chapeau.

La masse des combattants vendéens se divisait en trois classes. Lapremière se composait de gardes-chasse, de braconniers, decontrebandiers, tous ayant une grande habitude des armes, pour laplupart tireurs excellents, et en grande partie armés de fusils à deuxcoups et de pistolets. C'était là le corps des éclaireurs, l'infanterielégère, les tirailleurs. Sans officiers pour les commander, ilsfaisaient la guerre comme ils avaient fait la chasse au gibier ou auxdouaniers. Leur tactique était simple: se porter rapidement le long deshaies et des ravins sur les ailes de l'ennemi et les dépasser. Alors, secachant derrière les plus légers obstacles, ne tirant qu'à petiteportée, et, grâce à leur adresse, abattant un homme à chaque coup, ilsdevenaient pour les troupes républicaines des assaillants aussidangereux qu'invisibles. Souvent une colonne se voyait décimée sansqu'il lui fût permis de combattre l'ennemi qui l'accablait.

Quinze ans plus tard, les soldats de l'empire retrouvaient dans laCatalogne un pendant à cette guerre d'extermination. Les guérillerosavaient plus d'un point de ressemblance avec les Vendéens.

La seconde classe de l'armée royaliste était celle formée par lespaysans les plus déterminés et les plus exercés, militairement parlant,au maniement du fusil. C'était la cohorte des braves, le bataillon sacrétoujours en avant, toujours le premier dans l'attaque et le dernier dansla retraite. Tandis que la majorité d'entre eux se dressait en murailleinébranlable en face de l'armée républicaine, une partie soutenait lestirailleurs, et tous attaquaient sur la ligne l'ennemi; mais seulementlorsque les ailes commençaient à plier.

Une compagnie de ce bataillon portait le nom terrible et symbolique de«le Vengeur». Rendus promptement illustres par leurs exploits, les hérosdu bataillon sacré ne marchaient que précédés de l'effroi qui mettaitles bleus en fuite sur leur sanglant passage. Le Vengeur devait tomberanéanti, semblable au vaisseau son homonyme, sans laisser debout un seulde ses hommes. C'était à Cholet que devait s'élever son tombeau.

La troisième classe, composée du reste des paysans, la plupart malarmés, s'établissait en une masse confuse autour des canons et descaissons. La cavalerie, formée des hommes les plus intelligents et lesplus audacieux, servait à la découverte de l'ennemi, à l'ouverture de labataille, à la poursuite des vaincus et des fuyards, et surtout à lagarde du pays après la dispersion des soldats.

Quand les combattants se trouvaient réunis pour une expédition au lieuqui leur avait été désigné, avant d'attaquer les bleus ou d'essuyer leurcharge, la troupe entière s'agenouillait dévotement, chantait uncantique, et recevait l'absolution du prêtre qui, après avoir béni lesarmes, se mêlait souvent dans les rangs pour assister les blessés ouexciter les timides en leur montrant le crucifix.

La manière de combattre des Vendéens ne variait jamais. Pendant quel'avant-garde se portait intrépidement sur le front de l'ennemi, tout lecorps d'armée enveloppait les républicains, et se dispersait à droite età gauche au commandement de: «Égaillez-vous, les gars!» Ce cercleinvisible se resserrait alors en tiraillant à travers les haies, et, siles bleus ne parvenaient point à se dégager, ils périssaient tous dansquelque carrefour ou dans quelque chemin creux.

Arrivés en face des canons dirigés contre eux, les plus intrépidesVendéens s'élançaient en faisant le plongeon à chaque décharge. «Ventreà terre, les gars!» criaient les chefs. Et se relevant avec la rapiditéde la foudre, ils bondissaient sur les pièces dont ils s'emparaient enexterminant les canonniers.

Au premier pas des républicains en arrière, un cri sauvage des paysansannonçait leur déroute. Ce cri trouvait à l'instant,

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