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La fille des indiens rouges

La fille des indiens rouges
Title: La fille des indiens rouges
Release Date: 2006-04-26
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Project Gutenberg's La fille des indiens rouges, by Émile Chevalier

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Title: La fille des indiens rouges

Author: Émile Chevalier

Release Date: April 26, 2006 [EBook #18263]

Language: French

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA FILLE DES INDIENS ROUGES ***

Produced by Rénald Lévesque

LA FILLE DES INDIENS ROUGES

H. EMILE CHEVALIER

PARIS CALMANN-LÉVI, ÉDITEURS 3, RUE AUBER, 3

A MON AMI

CH. DUBOIS DE GENNES

Te souviens-tu, Charles, de nos débuts littéraires? t'en souviens-tu,dis-moi? C'est à Maubeuge. Nous étions simples dragons, après avoiraspiré, à Saint-Cyr, à l'épaulette d'or. Grand désenchantement! Mais àcette époque d'espérances, d'illusions, que nous importait une corvéede litière! N'avions-nous pas dans notre giberne plusieurs bâtons demaréchal? Ah! mon ami, le bon, le beau temps! Cependant, toi tu t'enallais cultivant la Muse, entre une garde de police et une garded'écurie, et moi j'osais,—ô Mars, l'eussiez-vous cru?—ruminer unroman à l'école de peloton ou à l'exercice à cheval! T'en souviens-tu,Charles? dis-moi, t'en souviens-tu? Oui, c'était à Maubeuge. Certainmatin, après la soupe, supérieurement brossés, astiqués, cirés à l'ail,en veste et pantalon de petite tenue, nous montâmes les marches del'escalier d'un journaliste. Comme nous tremblions! T'en souviens-tu,Charles? Ne s'appelait-il pas Meurs, ce brave homme? Il nous reçutgracieusement, et cependant nous avions la chair de poule. Timidementtu lui tendis tes vers, moi ma prose. T'en souviens-tu, ami? t'ensouviens-tu? Puis avec quelle anxiété nous attendîmes l'apparition dela petite feuille de Maubeuge! N'est-ce pas que la perspective de nospremiers galons ne nous causa point fièvre plus brûlante!

Où sont-ils ces jours, cher ami? Notre coeur s'est ridé depuis. Nousavons blanchi, laissé bien des joies, bien des amours, bien des caressesaux épines de la vie! Et pourtant aujourd'hui, après vingt ans deséparation, nous nous retrouvons au même point; une plume à la main.Laisse-moi donc me rappeler avec bonheur la matinée de Maubeuge, en tedédiant ce livre, qui le prouvera une fois de plus que l'homme n'échappeguère à sa vocation.

H.-E. CHEVALIER.

Paris, 7 février 1865.

LA FILLE DES INDIENS ROUGES

I

L'INSURRECTION

—Je vous répète, maître, que les hommes sont mécontents. Ils menacentde se révolter.

—Est-ce pour cela que tu es venu me troubler?

—Mais…

—Mais… qu'on donne la cale sèche aux plus mutins et qu'on fassecourir la bouline aux autres! Par Notre-Dame de Bon-Secours, c'est moiqui commande à bord, et je veux être obéi, entends-tu, Louison?

—Sans doute, sans doute, maître. Cependant, si j'osais…

—Quoi?

—Vous êtes plus savant que moi, maître, plus savant que nous tous, oh!nous le savons bien!…

—Au but!

—C'est, répondit timidement Louison, que les vivres commencent àmanquer sur le Saint-Rémi. L'eau est à moitié gâtée, et encore ai-jeété obligé de diminuer les rations ce matin.

Puis, s'enhardissant, il ajouta d'un ton plus décidé:

—Nos gens crient, voyez-vous, maître Guillaume. Ils disent, comme ça,que depuis trop longtemps nous tenons la mer; que ce n'était point pourun voyage de découvertes, mais bien pour faire la pêche des moluesqu'ils se sont embarqués; qu'il n'existe aucune terre dans ces parages;que, s'ils cèdent davantage à votre obstination, une mort affreuse lesattend au milieu des glaces qui nous environnent, et…

—Et tu partages leurs appréhensions! interrompit maître Guillaume enhaussant les épaules.

—Oh! essaya Louison avec un air de dignité blessée.

—Ne nie point, par Notre-Dame de Bon-Secours, ne nie point; je teconnais, mon gars, tu es aussi couard que le dernier de nos novices.Mais, sois tranquille, je ferai, à mon retour à Dieppe, un bon rapportde ta conduite!

—Je ne croyais pas, maître, avoir manqué à mes devoirs, repartitLouison avec une humilité feinte, car il accompagna ces paroles d'unregard haineux, quoique habilement dissimulé sous la paupière.

—Assez sur ce sujet! s'écria Guillaume en frappant du pied. Commentnommes-tu les rebelles?

—Il y a d'abord: Cabochard, Brûlé-Tout, Gignoux Loup-de-Mer, puis…

—Ce sont les meneurs, ceux-là, n'est-ce point?

—Je le présume, maître.

—Alors, qu'on leur inflige la grand'cale!

—J'avais pensé que la cale sèche…

—J'ai dit la grand'cale, et sur-le-champ. Cet exemple assouplirales autres. Sinon, je brûle la cervelle au premier qui grogne! ParNotre-Dame de Bon-Secours, un pareil ramas de coquins me dicter deslois! Ignorent-ils qui je suis, après trois mois de navigation ensemble!Ignorent-ils que le capitaine Guillaume Dubreuil a servi sur lesvaisseaux du roi, avant de commander cette coquille de noix, et qu'iln'est pas homme à se laisser imposer par des pleutres de leur espèce!

—Et s'ils se révoltaient? hasarda Louison.

—S'ils se révoltaient! répéta, avec un accent plein de mépris, lepatron du Saint-Rémi, en mettant la main sur la crosse d'un pistoletpendu à sa ceinture.

—Ils en parlent! insista l'autre.

—Allons, va! et la route toujours au nord-ouest, dit Guillaume d'unevoix souriante, comme si la frayeur n'avait aucune prise sur son âme.

C'est qu'il n'avait pas une nature vulgaire, Guillaume Dubreuil, patrondu bateau pêcheur le Saint-Remi. Né, en 1465, d'une famille bourgeoise,habitant la petite ville de Dieppe, il avait été voué à la cléricature.Ses progrès dans les sciences et l'étude des langues anciennes etmodernes furent rapides. Et, quoiqu'il témoignât plus de goût pourl'histoire et la géographie que pour la scholastique religieuse, onespérait que le jeune élève deviendrait une des gloires de l'ordre desaint Benoît, auquel ses parents l'avaient destiné. Mais s'il étaitintelligent, studieux, âpre au travail, Guillaume n'avait pas l'humeurfacile. De brûlantes passions fermentaient dans son coeur: passionsen opposition complète avec les réserves, les austérités et lesmortifications du cloître.

Un jour, le frère gardien du monastère où il aurait dû s'apprêter àrecevoir les ordres vint, tout benoît, tout contrit, annoncer aupère Dubreuil que son fils avait pris la clef des champs, après avoirescaladé les murs de la sainte retraite.

Je vous laisse à penser le courroux et le chagrin qu'éprouva lebon bourgeois. Vainement fit-il courir après son fugitif, vainementpromit-il une forte récompense à quiconque lui en donnerait desnouvelles. Durant plusieurs années, on n'en entendit plus parler.

Cependant, après avoir jeté le froc aux orties, le jeune Guillaumes'était engagé dans un régiment au service d'Anne de France, dame deBeaujeu, alors en hostilités avec les ducs d'Orléans, de Bourbon etdivers grands seigneurs qui lui disputaient la régence de Charles VIII.

Notre échappé du couvent se signala dans plusieurs occasions, notammentà la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, en 1488, où il contribua à lacapture du duc d'Orléans, depuis Louis XII.

A cette époque, Guillaume Dubreuil avait vingt-trois ans. Du rang depiquier à pique simple, par lequel il avait débuté dans l'armée, ilétait parvenu au grade d'enseigne, après avoir passé tour à tourpar ceux de piquier à pique sèche, piquier à corselet, arquebusier,mousquetaire, lampassade, caporal et sergent. Mais pour le récompenserde sa valeur dans l'affaire de Saint-Aubin-du-Cormier, Anne lui fitdonner le commandement d'une bande.

Décidément, la fortune présentait elle-même au jeune officier sa mainsi recherchée. Il n'avait qu'à se laisser conduire, et bientôt on leverrait mestre-de-camp d'un régiment, puis colonel-général, et pourquoipas maréchal plus tard? En ces temps de troubles, de ligues, derévolutions, un homme de coeur ne pouvait-il viser aux plus hautesdignités? Il ne s'était guère écoulé plus d'un siècle depuis la mortde Bertrand Du Guesclin. La mémoire de ses brillants succès enflammaitencore l'esprit chevaleresque du siècle.

Mais déjà Guillaume était fatigué de l'état militaire, qui n'offraitplus d'émotions à son âme ardente, avide de nouveauté. La paix, quisuivit le traité de Sablé, acheva de le dégoûter d'une carrière oùl'avait jeté le hasard, bien plutôt qu'une vocation sérieuse.

La profession de marin, les combats en mer, les tempêtes, lesexpéditions lointaines, avaient été, dans le jeune âge, l'objet deses rêves. Il résolut de réaliser enfin des aspirations si souvent, sichaudement caressées. Grâce à la protection du sire de La Trémoille,qui s'était intéressé à lui depuis la glorieuse journée de Saint-Aubin,Dubreuil obtint de passer comme officier sur un des navires du roi. Ily apprit rapidement l'art nautique, et, dès 1494 il pouvait espérerd'arriver promptement au commandement d'une galéasse, quand le bruit desmerveilleuses découvertes de Christophe Colomb vint allumer de nouveauxdésirs dans sa fougueuse imagination.

Dubreuil demanda à la cour l'autorisation d'aller tenter les mers. Ilprétendait trouver, par le nord-ouest, un passage au Cathay (la Chine),assurant que cette voie, infiniment plus courte que celle de la merRouge ou du cap de Bonne-Espérance,—tout dernièrement reconnu par lesPortugais,—serait pour la France une source de richesses incalculables.Sa requête fut appuyée par La Trémoille. Mais Charles VIII, qui venaitde s'affranchir de la tutelle de sa soeur, et qui, stimulé par Louisd'Orléans, briguait le royaume de Naples, Charles VIII se souciait plusdu tournois militaires que de commerce, de victoires éclatantes sous ledoux ciel de l'Italie que de problématiques conquêtes maritimes.

«Patientez, écrivit La Trémoille à son protégé, jusqu'à ce que le roy,nostre sire, ait terminé la guerre, et il vous octroyera cette faveurque sollicitez.»

Patienter! Est-ce que la poudre attend pour faire explosion, après quel'étincelle a été mise en contact avec elle?

Guillaume Dubreuil n'était pas homme à ajourner l'exécution d'uneidée, quand une fois elle avait jailli dans son cerveau. Rétif à lacontradiction, son caractère ne savait supporter les retards. Ce qu'ilvoulait, il le voulait tout de suite, et il se serait fait briser plutôtque de ployer, lorsqu'il s'était mis en tête d'accomplir une chose,bonne ou mauvaise.

Aussi donna-t-il immédiatement sa démission; puis il revint à Dieppe, oùses parents l'accueillirent comme l'Enfant Prodigue; et, sans perdre uninstant, se fit nommer capitaine ou patron d'un des bateaux qui, depuisde nombreuses années, allaient faire la pêche de la morue et du harengsur les bancs que nous nommons aujourd'hui bancs de Terre-Neuve.

D'où lui était venue cette résolution? Pourquoi, à la fleur de l'âge,avait-il échangé un poste magnifique contre l'emploi assez peu considéréde pêcheur? Le père Dubreuil, ses amis, ses compères n'y comprenaientrien. Pour eux, il était fou, possédé du diable, il finiraitcertainement mal. Le vulgaire est ainsi fait: ce qu'il ne conçoit pas,il l'interprète toujours de

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