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Acté

Acté
Category: Rome / History / Fiction
Title: Acté
Release Date: 2006-05-05
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Alexandre Dumas

ACTÉ

(1839)


Table des matières

Préface
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
Chapitre VIII
Chapitre IX
Chapitre X
Chapitre XI
Chapitre XII
Chapitre XIII
Chapitre XIV
Chapitre XV
Chapitre XVI
Chapitre XVII
Chapitre XVIII
Chapitre XIX

Préface

Résumé

Écrit en 1839, ce roman peu connu est l'une des rares fictions de Dumasse situant dans l'antiquité (avec, bien entendu, Isaac Laquedem, songrand roman inachevé). Acté est une jeune Corinthienne qui devient lamaîtresse de l'empereur Néron. Son histoire permet à l'écrivaind'évoquer le règne du cruel empereur, en une fresque impressionnante....


Chapitre I

Le 7 du mois de mai, que les Grecs appellent thargélion, l'an 57 duChrist et 810 de la fondation de Rome, une jeune fille de quinze à seizeans, grande, belle et rapide comme la Diane chasseresse, sortait deCorinthe par la porte occidentale, et descendait vers la plage: arrivéeà une petite prairie, bordée d'un côté par un bois d'oliviers, et del'autre par un ruisseau ombragé d'orangers et de lauriers-roses, elles'arrêta et se mit à chercher des fleurs. Un instant elle balança entreles violettes et les glaïeuls que lui offrait l'ombrage des arbres deMinerve, et les narcisses et les nymphéas qui s'élevaient sur les bordsdu petit fleuve ou flottaient à sa surface; mais bientôt elle se décidapour ceux-ci, et, bondissant comme un jeune faon, elle courut vers leruisseau.

Arrivée sur ses rives, elle s'arrêta; la rapidité de sa course avaitdénoué ses longs cheveux; elle se mit à genoux au bord de l'eau, seregarda dans le courant, et sourit en se voyant si belle. C'était eneffet une des plus ravissantes vierges de l'Achaïe, aux yeux noirs etvoluptueux, au nez ionien et aux lèvres de corail; son corps, qui avaità la fois la fermeté du marbre et la souplesse du roseau, semblait unestatue de Phidias animée par Prométhée; ses pieds seuls, visiblementtrop petits pour porter le poids de sa taille, paraissaientdisproportionnés avec elle, et eussent été un défaut, si l'on pouvaitsonger à reprocher à une jeune fille une semblable imperfection: si bienque la nymphe Pyrène, qui lui prêtait le miroir de ses larmes, toutefemme qu'elle était, ne put se refuser à reproduire son image dans toutesa grâce et dans toute sa pureté. Après un instant de contemplationmuette, la jeune fille sépara ses cheveux en trois parties, fit deuxnattes de ceux qui descendaient le long des tempes, les réunit sur lesommet de la tête, les fixa par une couronne de laurier-rose et defleurs d'oranger qu'elle tressa à l'instant même; et laissant flotterceux qui, retombaient par derrière, comme la crinière du casque dePallas, elle se pencha sur l'eau pour étancher la soif qui l'avaitattirée vers cette partie de la prairie, mais qui, toute pressantequ'elle était, avait cependant cédé à un besoin plus pressant encore,celui de s'assurer qu'elle était toujours la plus belle des filles deCorinthe. Alors la réalité et l'image se rapprochèrent insensiblementl'une de l'autre; on eût dit deux sœurs, une nymphe et une naïade,qu'un doux embrassement allait unir: leurs lèvres se touchèrent dans unbain humide, l'eau frémit, et une légère brise, passant dans les airscomme un souffle de volupté, fit pleuvoir sur le fleuve une neige roseet odorante que le courant emporta vers la mer.

En se relevant, la jeune fille porta les yeux sur le golfe, et resta uninstant immobile de curiosité: une galère à deux rangs de rames, à lacarène dorée et aux voiles de pourpre, s'avançait vers la plage, pousséepar le vent qui venait de Délos; quoiqu'elle fût encore éloignée d'unquart de mille, on entendait les matelots qui chantaient un chœur àNeptune: La jeune fille reconnut le mode phrygien, qui était consacréaux hymnes religieux; seulement, au lieu des voix rudes des mariniers deCalydon ou de Céphalonie, les notes qui arrivaient jusqu'à elle, quoiquedispersées et affaiblies par la brise, étaient savantes et douces àl'égal de celles que chantaient les prêtresses d'Apollon. Attirée parcette mélodie, la jeune Corinthienne se leva, brisa quelques branchesd'oranger et de laurier-rose destinées à faire une seconde couronnequ'elle comptait déposer à son retour dans le temple de Flore, àlaquelle le mois de mai était consacré; puis d'un pas lent, curieux etcraintif à la fois, elle s'avança vers le bord de la mer, tressant lesbranches odorantes qu'elle avait rompues au bord du ruisseau.

Cependant la birème s'était rapprochée, et maintenant la jeune fillepouvait non seulement entendre les voix, mais encore distinguer lafigure des musiciens: le chant se composait d'une invocation à Neptune,chantée par un seul coryphée avec une reprise en chœur, d'une mesure sidouce et si balancée, qu'elle imitait le mouvement régulier des matelotsse courbant sur leurs rames et des rames retombant à la mer. Celui quichantait seul, et qui paraissait le maître du bâtiment, se tenait deboutà la proue et s'accompagnait d'une cythare à trois cordes, pareille àcelle que les statuaires mettent aux mains d'Euterpe, la muse del'harmonie: à ses pieds était couché, couvert d'une longue robeasiatique, un esclave dont le vêtement appartenait également aux deuxsexes; de sorte que la jeune fille ne put distinguer si c'était un hommeou une femme, et, à côté de leurs bancs, les rameurs mélodieux étaientdebout et battaient des mains en mesure, remerciant Neptune du ventfavorable qui leur faisait ce repos.

Ce spectacle, qui deux siècles auparavant aurait à peine attirél'attention d'un enfant cherchant des coquillages parmi les sables de lamer, excita au plus haut degré l'étonnement de la jeune fille. Corinthen'était plus à cette heure ce qu'elle avait été du temps de Sylla: larivale et la sœur d'Athènes. Prise d'assaut l'an de Rome 608 par leconsul Mummius, elle avait vu ses citoyens passés au fil de l'épée, sesfemmes et ses enfants vendus comme esclaves, ses maisons brûlées, sesmurailles détruites, ses statues envoyées à Rome, et ses tableaux, del'un desquels Attale avait offert un million de sesterces, servir detapis à ces soldats romains que Polybe trouva jouant aux dés sur lechef-d'œuvre d'Aristide. Rebâtie quatre-vingts ans après par JulesCésar, qui releva ses murailles et y envoya une colonie romaine, elles'était reprise à la vie, mais était loin encore d'avoir retrouvé sonancienne splendeur. Cependant le proconsul romain, pour lui rendrequelque importance, avait annoncé, pour le 10 du mois de mai et lesjours suivants, des jeux néméens, isthmiques et floraux, où il devaitcouronner le plus fort athlète, le plus adroit cocher et le plus habilechanteur. Il en résultait que depuis quelques jours une fouled'étrangers de toutes nations se dirigeaient vers la capitale del'Achaïe, attirés soit par la curiosité, soit par le désir de remporterles prix: ce qui rendait momentanément à la ville, faible encore du sanget des richesses perdus, l'éclat et le bruit de ses anciens jours. Lesuns étaient arrivés sur des chars, les autres sur des chevaux; d'autres,enfin, sur des bâtiments qu'ils avaient loués ou fait construire; maisaucun de ces derniers n'était entré dans le port sur un aussi richenavire que celui qui, en ce moment touchait la plage que se disputèrentautrefois dans leur amour pour elle Apollon et Neptune.

À peine eut-on tiré la birème sur le sable, que les matelots appuyèrentà sa proue un escalier en bois de citronnier incrusté d'argent etd'airain, et que le chanteur, jetant sa cythare sur ses épaules,descendit, s'appuyant sur l'esclave que nous avons vu couché à sespieds. Le premier était un beau jeune homme de vingt-sept à vingt-huitans, aux cheveux blonds, aux yeux bleus, à la barbe dorée: il était vêtud'une tunique de pourpre, d'une clamyde bleue étoilée d'or, et portaitautour du cou, nouée par devant, une écharpe dont les bouts flottantsretombaient jusqu'à sa ceinture. Le second paraissait plus jeune de dixannées à peu près. C'était un enfant touchant à peine à l'adolescence, àla démarche lente, et à l'air triste et souffrant; cependant lafraîcheur de ses joues eût fait honte au teint d'une femme, la peaurosée et transparente aurait pu le disputer en finesse avec celle desplus voluptueuses filles de la molle Athènes, et sa main blanche etpotelée semblait, par sa forme et par sa faiblesse, bien plus destinée àtourner un fuseau ou à tirer une aiguille, qu'à porter l'épée ou lejavelot, attributs de l'homme et du guerrier. Il était, comme nousl'avons dit, vêtu d'une robe blanche, brodée de palmes d'or, quidescendait au-dessous du genou; ses cheveux flottants tombaient sur sesépaules découvertes, et, soutenu par une chaîne d'or, un petit miroirentouré de perles pendait à son cou.

Au moment où il allait toucher la terre, son compagnon l'arrêtavivement; l'adolescent tressaillit.

—Qu'y a-t-il maître? dit-il d'une voix douce et craintive.

—Il y a que tu allais toucher le rivage du pied gauche, et que parcette imprudence tu nous exposais à perdre tout le fruit de mes calculs,grâce auxquels nous sommes arrivés le jour des nones, qui est de bonaugure.

—Tu as raison, maître, dit l'adolescent; et il toucha la plage du pieddroit; son compagnon en fit autant.

—Étranger, dit, s'adressant au plus âgé des deux voyageurs, la jeunefille qui avait entendu ces paroles prononcées dans le dialecte ionien,la terre de la Grèce, de quelque pied qu'on la touche, est propice àquiconque l'aborde avec des intentions amies: c'est la terre des amours,de la poésie et des combats; elle a des couronnes pour les amants, pourles poètes et pour les guerriers. Qui que tu sois, étranger, acceptecelle-ci en attendant celle que tu viens chercher, sans doute.

Le jeune homme prit vivement et mit sur sa tête la couronne que luiprésentait la Corinthienne.

—Les dieux nous sont propices, s'écria-t-il. Regarde, Sporus,l'oranger, ce pommier des Hespérides, dont les fruits d'or ont donné lavictoire à Hippomène, en ralentissant la course d'Atalante, et lelaurier-rose, l'arbre cher à Apollon. Comment t'appelles-tu, prophétessede bonheur?

—Je me nomme Acté, répondit en rougissant la jeune fille.

—Acté! s'écria le plus âgé des deux voyageurs. Entends-tu, Sporus?Nouveau présage: Acté, c'est-à-dire la rive. Ainsi la terre de Corinthem'attendait pour me couronner.

—Qu'y-a-t-il là d'étonnant? n'es-tu pas prédestiné, Lucius, réponditl'enfant.

—Si je ne me trompe, demanda timidement la jeune fille, tu viens pourdisputer un des prix offerts aux vainqueurs par le proconsul romain.

—Tu as reçu le talent de la divination en même temps que le don de labeauté, dit Lucius.

—Et sans doute tu as quelque parent dans la ville?

—Toute ma famille est à Rome.

—Quelque ami, peut-être?

—Mon seul ami est celui que tu vois, et, comme moi, il est étranger àCorinthe.

—Quelque connaissance, alors?

—Aucune.

—Notre maison est grande, et mon père est hospitalier, continua lajeune fille; Lucius daignera-t-il nous donner la préférence? nousprierons Castor et Pollux de lui être favorables.

—Ne serais-tu pas leur sœur Hélène, jeune fille? interrompit Lucius ensouriant. On dit qu'elle aimait à se baigner dans une fontaine qui nedoit pas être bien loin d'ici. Cette fontaine avait sans doute le don deprolonger la vie et de conserver la beauté. C'est un secret que Vénusaura révélé à Pâris, et que Pâris t'aura confié. S'il en est ainsi,conduis-moi à cette fontaine, belle Acté: car, maintenant que je t'aivue, je voudrais vivre éternellement, afin de te voir toujours.

—Hélas! je ne suis point une déesse, répondit Acté, et la sourced'Hélène n'a point ce merveilleux privilège; au reste, tu ne t'es pastrompé sur sa situation, la voilà à quelques pas de nous, qui seprécipite à la mer du haut d'un rocher.

—Alors, ce temple qui s'élève près d'elle est celui de Neptune?

—Oui, et cette allée bordée de pins mène au stade. Autrefois, dit-on,en face de chaque arbre s'élevait une statue; mais Mummius les aenlevées, et elles ont à tout jamais quitté ma patrie pour la tienne.Veux-tu prendre cette allée, Lucius, continua en souriant la jeunefille, elle conduit à la maison de mon père.

—Que penses-tu de cette offre, Sporus? dit le jeune homme, changeant dedialecte et parlant la langue latine.

—Que ta fortune ne t'a pas donné le droit de douter de ta constance.

—Eh bien! fions-nous donc à elle cette fois encore, car jamais elle nes'est présentée sous une forme plus entraînante et plus enchanteresse.

Alors, changeant d'idiome et revenant au dialecte ionien, qu'il parlaitavec la plus grande pureté:

«Conduis-nous, jeune fille, dit Lucius, car nous sommes prêts à tesuivre; et toi, Sporus, recommande à Lybicus de veiller sur Phoebé.

Acté marcha la première, tandis que l'enfant, pour obéir à l'ordre

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