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Contes, Tome I

Contes, Tome I
Category: Fairy tales / France
Title: Contes, Tome I
Release Date: 2006-05-10
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Marie-Catherine Baronne d'Aulnoy

CONTES

Tome I


Table des matières

La Belle aux cheveux d'or
L'Oiseau bleu
Gracieuse et Percinet
La Biche au bois
Babiole
Finette Cendron
Fortunée
La bonne petite souris
La Princesse Rosette
Le Mouton
Le Nain jaune
Le Prince lutin
La Grenouille bienfaisante

La Belle aux cheveux d'or

Il y avait une fois la fille d'un roi qui était si belle qu'il n'y avaitrien de si beau au monde; et à cause qu'elle était si belle on lanommait la Belle aux cheveux d'or car ses cheveux étaient plus fins quede l'or, et blonds par merveille, tout frisés, qui lui tombaient jusquesur les pieds. Elle allait toujours couverte de ses cheveux bouclés,avec une couronne de fleurs sur la tête et des habits brodés de diamantset de perles: tant y a qu'on ne pouvait la voir sans l'aimer.

Il y avait un jeune roi de ses voisins qui n'était point marié, et quiétait bien fait et bien riche. Quand il eut appris tout ce qu'on disaitde la Belle aux cheveux d'or, bien qu'il ne l'eût point encore vue, ilse prit à l'aimer si fort, qu'il en perdait le boire et le manger, et ilse résolut de lui envoyer un ambassadeur pour la demander en mariage. Ilfit faire un carrosse magnifique à son ambassadeur; il lui donna plus decent chevaux et cent laquais, et lui recommanda bien de lui amener laprincesse.

Quand il eut pris congé du roi et qu'il fut parti, toute la cour neparlait d'autre chose; et le roi, qui ne doutait pas que la Belle auxcheveux d'or ne consentît à ce qu'il souhaitait, lui faisait déjà fairede belles robes et des meubles admirables. Pendant que les ouvriersétaient occupés à travailler, l'ambassadeur, arrivé chez la Belle auxcheveux d'or, lui fit son petit message; mais, soit qu'elle ne fût pasce jour-là de bonne humeur, ou que le compliment ne lui semblât pas àson gré, elle répondit à l'ambassadeur qu'elle remerciait le roi, maisqu'elle n'avait point envie de se marier.

L'ambassadeur partit de la cour de cette princesse, bien triste de ne lapas amener avec lui; il rapporta tous les présents qu'il lui avaitportés de la part du roi, car elle était fort sage, et savait bien qu'ilne faut pas que les filles reçoivent rien des garçons: aussi elle nevoulut jamais accepter les beaux diamants et le reste; et, pour ne pasmécontenter le roi, elle prit seulement un quarteron d'épinglesd'Angleterre.

Quand l'ambassadeur arriva à la grande ville du roi, où il était attendusi impatiemment, chacun s'affligea de ce qu'il n'amenait point la Belleaux cheveux d'or. Le roi se mit à pleurer comme un enfant: on leconsolait sans en pouvoir venir à bout.

Il y avait un jeune garçon à la cour qui était beau comme le soleil, etle mieux fait de tout le royaume: à cause de sa bonne grâce et de sonesprit, on le nommait Avenant. Tout le monde l'aimait, hors les envieux,qui étaient fâchés que le roi lui fît du bien et qu'il lui confiât tousles jours ses affaires.

Avenant se trouva avec des personnes qui parlaient du retour del'ambassadeur, et qui disaient qu'il n'avait rien fait qui vaille. Illeur dit, sans y prendre garde:

—Si le roi m'avait envoyé vers la Belle aux cheveux d'or, je suiscertain qu'elle serait venue avec moi. Tout aussitôt ces méchantes gensvont dire au roi:

—Sire, vous ne savez pas ce que dit Avenant? Que, si vous l'aviezenvoyé chez la Belle aux cheveux d'or, il l'aurait ramenée. Considérezbien sa malice, il prétend être plus beau que vous, et qu'elle l'auraittant aimé, qu'elle l'aurait suivi partout.

Voilà le roi qui se met en colère, en colère tant et tant, qu'il étaithors de lui.

—Ha! ha! dit-il, ce joli mignon se moque de mon malheur, et il se priseplus que moi. Allons, qu'on le mette dans ma grosse tour, et qu'il ymeure de faim!

Les gardes du roi furent chez Avenant, qui ne pensait plus à ce qu'ilavait dit. Ils le traînèrent en prison et lui firent mille maux. Cepauvre garçon n'avait qu'un peu de paille pour se coucher et il seraitmort sans une petite fontaine qui coulait dans le pied de la tour, dontil buvait un peu pour se rafraîchir, car la faim lui avait bien séché labouche.

Un jour qu'il n'en pouvait plus, il disait en soupirant:

—De quoi se plaint le roi? Il n'a point de sujet qui lui soit plusfidèle que moi, je ne l'ai jamais offensé.

Le roi, par hasard, passait près de la tour, et quand il entendit lavoix de celui qu'il avait tant aimé, il s'arrêta pour l'écouter, malgréceux qui étaient avec lui, qui haïssaient Avenant et qui disaient auroi:

—À quoi vous amusez-vous, sire! ne savez-vous pas que c'est un fripon?

Le roi répondit:

—Laissez-moi là, je veux l'écouter.

Ayant ouï ses plaintes, les larmes lui vinrent aux yeux. Il ouvrit laporte de la tour et l'appela. Avenant vint tout triste se mettre àgenoux devant lui, et baisa ses pieds:

—Que vous ai-je fait, sire, lui dit-il, pour me traiter si durement?

—Tu t'es moqué de moi et de mon ambassadeur, dit le roi. Tu as dit quesi je t'avais envoyé chez la Belle aux cheveux d'or, tu l'aurais bienamenée.

—Il est vrai, sire, répondit Avenant, que je lui aurais si bien faitconnaître vos grandes qualités, que je suis persuadé qu'elle n'aurait pus'en défendre; et en cela je n'ai rien dit qui ne vous dût êtreagréable.

Le roi trouva qu'effectivement il n'avait point de tort; il regarda detravers ceux qui lui avaient dit du mal de son favori, et il l'emmenaavec lui, se repentant bien de la peine qu'il lui avait faite.

Après l'avoir fait souper à merveille, il l'appela dans son cabinet, etlui dit:

—Avenant, j'aime toujours la Belle aux cheveux d'or, ses refus ne m'ontpoint rebuté; mais je ne sais comment m'y prendre pour qu'elle veuillem'épouser: j'ai envie de t'y envoyer pour voir si tu pourras réussir.

Avenant répliqua qu'il était disposé à lui obéir en toutes choses, etqu'il partirait dès le lendemain.

—Ho! dit le roi, je veux te donner un grand équipage.

—Cela n'est point nécessaire, répondit-il; il ne me faut qu'un boncheval, avec des lettres de votre part. Le roi l'embrassa, car il étaitravi de le voir sitôt prêt.

Ce fut le lundi matin qu'il prit congé du roi et de ses amis, pour allerà son ambassade tout seul, sans pompe et sans bruit. Il ne faisait querêver aux moyens d'engager la Belle aux cheveux d'or à épouser le roi.Il avait une écritoire dans sa poche, et, quand il lui venait quelquebelle pensée à mettre dans sa harangue, il descendait de cheval ets'asseyait sous des arbres pour écrire, afin de ne rien oublier. Unmatin qu'il était parti à la petite pointe du jour, en passant dans unegrande prairie, il lui vint une pensée fort jolie; il mit pied à terre,et se plaça contre des saules et des peupliers qui étaient plantés lelong d'une petite rivière qui coulait au bord du pré. Après qu'il eutécrit, il regarda de tous côtés, charmé de se trouver en un si belendroit. Il aperçut sur l'herbe une grosse carpe dorée qui bâillait etqui n'en pouvait plus, car, ayant voulu attraper de petits moucherons,elle avait sauté si hors de l'eau, qu'elle s'était élancée sur l'herbe,où elle était près de mourir. Avenant en eut pitié; et, quoiqu'il fûtjour maigre et qu'il eût pu l'emporter pour son dîner, il fut la prendreet la remit doucement dans la rivière. Dès que ma commère la carpe sentla fraîcheur de l'eau, elle commence à se réjouir, et se laisse coulerjusqu'au fond; puis revenant toute gaillarde au bord de la rivière:

—Avenant, dit-elle, je vous remercie du plaisir que vous venez de mefaire; sans vous je serais morte, et vous m'avez sauvée; je vous lerevaudrai.

Après ce petit compliment, elle s'enfonça dans l'eau; et Avenant demeurabien surpris de l'esprit et de la grande civilité de la carpe.

Un autre jour qu'il continuait son voyage, il vit un corbeau bienembarrassé: ce pauvre oiseau était poursuivi par un gros aigle grandmangeur de corbeaux; il était près de l'attraper, et il l'aurait avalécomme une lentille, si Avenant n'eût éprouvé de la compassion pour cetoiseau.

—Voilà, dit-il, comme les plus forts oppriment les plus faibles: quelleraison a l'aigle de manger le corbeau?

Il prend son arc qu'il portait toujours, et une flèche, puis, visantbien l'aigle, croc! il lui décoche la flèche dans le corps et le percede part en part. L'aigle tombe mort, et le corbeau, ravi, vient sepercher sur un arbre.

—Avenant, lui dit-il, vous êtes bien généreux de m'avoir secouru, moiqui ne suis qu'un misérable corbeau; mais je ne demeurerai point ingrat,je vous le revaudrai.

Avenant admira le bon esprit du corbeau et continua son chemin. Enentrant dans un grand bois, si matin qu'il ne voyait qu'à peine sonchemin, il entendit un hibou qui criait en hibou désespéré.

—Ouais! dit-il, voilà un hibou bien affligé, il pourrait s'être laisséprendre dans quelque filet.

Il chercha de tous côtés, et enfin il trouva de grands filets que desoiseleurs avaient tendus la nuit pour attraper des oisillons.

—Quelle pitié! dit-il; les hommes ne sont faits que pours'entre-tourmenter, ou pour persécuter de pauvres animaux qui ne leurfont ni tort ni dommage.

Il tira son couteau et coupa les cordelettes. Le hibou prit l'essor;mais, revenant à tire-d'aile:

—Avenant, dit-il, il n'est pas nécessaire que je vous fasse une longueharangue pour vous faire comprendre l'obligation que je vous ai; elleparle assez d'elle-même: les chasseurs allaient venir, j'étais pris,j'étais mort sans votre secours. J'ai le cœur reconnaissant, je vous lerevaudrai.

Voilà les trois plus considérables aventures qui arrivèrent à Avenantdans son voyage. Il était si pressé d'arriver, qu'il ne tarda pas à serendre au palais de la Belle aux cheveux d'or. Tout y était admirable;l'on y voyait les diamants entassés comme des pierres; les beaux habits,le bonbon, l'argent; c'étaient des choses merveilleuses; et il pensaiten lui-même que, si elle quittait tout cela pour venir chez le roi sonmaître, il faudrait qu'il ait bien de la chance. Il prit un habit debrocart, des plumes incarnates et blanches; il se peigna, se poudra, selava le visage, mit une riche écharpe toute brodée à son cou, avec unpetit panier, et dedans un beau petit chien, qu'il avait acheté enpassant à Boulogne. Avenant était si bien fait, si aimable, il faisaittoute chose avec tant de grâce, que, lorsqu'il se présenta à la porte dupalais, tous les gardes lui firent une grande révérence; et l'on courutdire à la Belle aux cheveux d'or qu'Avenant, ambassadeur du roi son plusproche voisin, demandait à la voir.

Sur ce nom d'Avenant, la princesse dit:

—Cela me porte bonne signification; je gagerais qu'il est joli et qu'ilplaît à tout le monde.

—Vraiment oui, madame, lui dirent toutes ses filles d'honneur, nousl'avons vu du grenier où nous accommodions votre filasse, et tant qu'ilest demeuré sous les fenêtres nous n'avons pu rien faire.

—Voilà qui est beau, répliqua la Belle aux cheveux d'or, de vous amuserà regarder les garçons! Çà, que l'on me donne ma grande robe de satinbleu brodée, et que l'on éparpille bien mes blonds cheveux; que l'on mefasse des guirlandes de fleurs nouvelles; que l'on me donne mes souliershauts et mon éventail; que l'on balaie ma chambre et mon trône: car jeveux qu'il dise partout que je suis vraiment la Belle aux cheveux d'or.

Voilà toutes les femmes qui s'empressaient de la parer comme une reine;elles montraient tant de hâte qu'elles s'entrecognaient et n'avançaientguère. Enfin la princesse passa dans sa galerie aux grands miroirs, pourvoir si rien ne lui manquait. Puis elle monta sur son trône d'or,d'ivoire, et d'ébène, qui sentait comme baume; et elle commanda à sesfilles de prendre des instruments et de chanter tout doucement pourn'étourdir personne.

On conduisit Avenant dans la salle d'audience. Il demeura si transportéd'admiration qu'il a dit depuis bien des fois qu'il ne pouvait presqueparler. Néanmoins il reprit courage et fit sa harangue à merveille: ilpria la princesse qu'il n'eût pas le déplaisir de s'en retourner sanselle.

—Gentil Avenant, lui dit-elle, toutes les raisons que vous venez de meconter sont fort bonnes, et je vous assure que je serais bien aise devous favoriser plus qu'un autre. Mais il faut que vous sachiez qu'il y

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