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En chine_ Merveilleuses histoires

En chine_ Merveilleuses histoires
Title: En chine_ Merveilleuses histoires
Release Date: 2006-05-16
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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LES ARTS GRAPHIQUES
ÉDITEURS
3 RUE DIDEROT, VINCENNES



LES BEAUX VOYAGES

(Merveilleuses histoires)




1911



EN CHINE

par

Judith GAUTHIER

de l'Académie Goncourt




PRÉFACE


PAR JEAN AICARD,
de l'Académie Française



«FAIRE un beau voyage,» quelle émotion soulevaient ces simplesmots dans notre cœur d'enfant! Quel trouble délicieux ils y éveillentencore!

Espérer, c'est vivre. Nous ne vivons vraiment que par l'attente d'on nesait quoi d'heureux qui va probablement nous arriver tout à l'heure...ce soir... demain... ou l'année prochaine. Alors, n'est-ce pas? tout serachangé; les conditions de notre vie seront transformées; nous auronsvaincu telle ou telle difficulté; triomphé de l'obstacle qui s'opposeà notre bonheur, à la réalisation de nos désirs d'ambition ou d'amour.L'enfance, puis l'adolescence, se passent ainsi à appeler l'avenir inconnu,à le rêver resplendissant de couleurs magiques. Être jeune, c'est espérer,sans motif raisonné, malgré soi, à l'infini—c'est-à-dire voyager enesprit vers des horizons toujours nouveaux—courir allègrement au-devantde toutes les joies.

La plupart des hommes, rivés aux mêmes lieux par la nécessité, s'habituentà ne plus rien attendre. Ils ont appris plus ou moins vite que demainsera pour eux tout semblable à hier; la ville ou le village ou les champsqu'ils habitent ne leur apprendront jamais rien de plus que ce qu'ilssavent.

... Dès qu'ils en sont sûrs, c'est qu'ils ont vieilli, vraiment vieilli,—de la mauvaise manière; mais, même alors, il arrive que ces motsenchantés, «faire un beau voyage,» raniment en eux la force d'espérer,de rêver, de vouloir et d'agir. L'illusion féconde, dont parle le poète,rentre dans leur cœur. Et dès qu'ils se mettent en route, ils sepersuadent qu'à chaque détour du chemin ils vont, comme le héros deCervantès, voir apparaître l'Aventure, la chose nouvelle, l'évènement,le spectacle imprévus, ce je ne sais quoi d'étrangement exquis que lessédentaires (ils le croient du moins) ne sauraient rencontrer.

Et c'est là proprement le charme du voyage; il est dans le renouvellementindéfini de notre faculté d'attendre avec joie. Voyager c'est espérer;voilà pourquoi le voyage est parfois un remède efficace aux grandschagrins. Il nous force à espérer encore. Un désir de voyage estessentiellement un désir de nouveau et d'amusant, d'inédit, de romanesqueou de féerique—en tous cas, de non-encore-vu.

L'avènement de l'exotisme en littérature a été un rajeunissement.

Le personnage de Robinson Crusoë incarne le voyage même, et il semble bienque jamais livre n'obtint succès plus grand et plus durable.

L'apparition de Paul et Virginie fut un enchantement. C'étaient Adam etÈve tout enfants, dans un Éden tout nouveau. Le voyage avait rajeunil'innocence et l'amour même.

La curiosité et l'espoir se sentirent vivifiés avec Chateaubriand, puisavec Pierre Loti.

Nous autres, écoliers du XIX^e siècle, n'avons-nous pas lu un moment, avecavidité, derrière un rempart de dictionnaires, de médiocres histoires dechasses en Amérique, d'Apaches et de Comanches—et sans images. Quant à lavraie géographie, à l'ethnographie scientifiques, avant les reclus, ellesse présentaient à nous sans ornement, sans pittoresque, sans couleur—dansdes livres un peu ennuyeux et qui, en effet, nous rebutaient souvent.

On a compris aujourd'hui que les livres «d'instruction» destinés auxenfants doivent s'adresser à leur sensibilité, se faire aimer d'eux,exciter en eux «l'espérance,» la bonne curiosité, c'est-à-dire la joiede vivre.

Les éditeurs des «Arts Graphiques» ont le projet de publier des ouvragesdont les illustrations, vivantes et colorées, documents précis, seront àla fois destinés aux jeunes écoliers et aux hommes, ouvrages d'éducationet d'amusement pour les uns, albums de souvenirs pour les autres.

Les six premiers volumes sont consacrés à l'Espagne, au Maroc, à l'Égypte,aux Indes, à la Chine et au Japon.

On n'attend pas ici une critique de textes, dus

à Monsieur Fridel, Bibliothécaire du Musée Pédagogique, Ancien Chef deCabinet de Monsieur le Ministre de l'Instruction Publique, auteur duvolume sur l'Espagne;

à Monsieur le Commandant Haillot, détaché à Casablanca, collaborateurau Figaro, auteur du volume sur le Maroc;

à Monsieur Jean Bayet, docteur en droit, auteur du volume sur l'Égypte;

à Monsieur le Capitaine Marcel Pionnier (capitaine Baudesson), Chargéde Missions par le Gouvernement, auteur du volume sur les Indes;

et enfin à Madame Judith Gautier, Membre de l'Académie Concourt, auteurdes volumes sur la Chine et le Japon.

On trouvera, parmi les signataires des six volumes qui suivront, des nomsdes plus connus.

Avec de tels noms d'auteurs, l'ensemble de ces ouvrages se présenteassez heureusement de soi-même au grand public; mais ce qu'on peut toutparticulièrement lui signaler, c'est l'intérêt que présentent les joliesplanches en couleurs dont ces livres sont enrichis. La valeur documentairepositive en fait le premier mérite; il est décuplé, pour la plupart de cesplanches, par l'attrait que leur donne le ton à la fois juste et aimabledes coloris.

J'imagine que beaucoup de ces illustrations sont des photographies encouleurs prises directement; tels autres sont des aquarelles, assurémentexécutées d'après nature; et toutes ces images sont des «portraits depays» ressemblants et vivants.

Commenté par de pareilles images, le texte parlera aux yeux des enfants,fixera leur attention; et, après les avoir vues, ils n'oublieront plus lepays où ils croiront avoir réellement voyagé.

En chaque série se résument les caractères généraux, très différents—desgrandes contrées qu'elles mettent sous nos yeux.

J'ouvre, au hasard, l'une d'elles: voici un «Bazar à Marrakech»; ladisposition des boutiques sous le toit de poutres qui, çà et là, laissepar un trou, voir l'éclat du ciel, voilà qui attire invinciblementma curiosité et la retient; puis c'est l'allure des passants qui lasollicitera; puis la qualité de l'ombre lumineuse qui règne sous ce«couvert»; et j'ai tout revu du Maroc, si je l'ai visité autrefois;j'en ai tout vu et appris, si je ne le connaissais pas.

Bien plus parlant encore m'apparaît ce maigre personnage de bonze noir, le«Porteur de dépêches,» qui, son bâton horizontal sur le dos, à la hauteurdes épaules, les coudes en arrière, les mains comme accrochées et penduesaux extrémités de sa matraque, d'un pas large et fatigué, chemine dans lecrépuscule—sur le ciel vert et jaune, se détachent là-bas, le profild'une habitation mauresque et les silhouettes de deux bédouines ...Cet étique fantôme, c'est le facteur de là-bas, le porteur de rêves,d'espérances, de déceptions aussi, l'incarnation même du voyage.

Dans «l'Égypte» on remarquera plus particulièrement les «Arabes dudésert.» Cette page donne l'idée exacte d'une course de chameaux commej'en ai pu voir moi-même, non pas en Égypte, mais en Tunisie.

Et quoi de plus amusant, pour des yeux d'écolier, que «l'École d'enfantsdans la Mosquée du Sultan Kelaun,» les bambins assis à terre, leursbabouches à côté d'eux—le maître «assis en tailleur» dans sa grandechaise ajourée!

Certes, la photographie, de nos jours, nous présente partout et à touteheure des documents aussi précis, mais non pas avec cette variété et cettegaîté de couleurs, qui, pour les petits et les grands, est un attrait desplus vifs... qu'on se rappelle l'influence de l'ancienne et naïve imageried'Épinal sur nos cerveaux enfantins. Heureux les enfants d'aujourd'hui!

Comment, avec des mots, à moins d'être Pierre Loti, donnerez-vous aulecteur l'idée de ce que peut être un prince hindou, un maharadja en grandcostume? Et que vous en dirait la photographie sans la couleur? Commentsaurez-vous que l'éléphant qui porte ce prince est vêtu d'un brocart d'or?que le char sans roue, le trône qu'on voit sur le dos de l'énorme animalest, comme le prince, un ruisselement de dorure? L'image coloriée peutseule le dire; à elle seule elle est un conte féerique; et voilà unefaçon gaie d'apprendre aux bambins ce qu'est un maharadja et dans quellessomptuosités il parade parfois, sous un parasol d'or, et sur un éléphantrecouvert d'or flamboyant et de pierreries rutilantes.

Le texte des deux volumes sur la Chine et le Japon a été demandé à MadameJudith Gautier.

Personne ne pouvait mieux qu'elle parler de cette Chine «qui a inventétout ou presque tout, à une époque des plus reculées. Il y a quatre milleans les chinois se servaient déjà de boussoles. Bien des siècles avantGutenberg, ils avaient inventé l'imprimerie, ils gravaient des livresqu'ils tiraient en nombre illimité. Ils ont inventé la soie, il y a 4500ans. Ils ont même inventé la poudre: il y a neuf siècles, ils en emplirentdes globes de fer qu'ils lançaient à l'aide de tubes: c'était presque desobus.»

Madame Judith Gautier nous parlera des mœurs, des usages, de la poésie dece pays où une justice extraordinaire, qui paraît se complaire à inventerles supplices les plus hideux, permet aux criminels les plus redoutables,lorsqu'ils sont condamnés à mort, de s'acheter un remplaçant parmi lescitoyens pauvres et honnêtes.

Dans le volume sur la Chine, je vous signale la planche où sontreprésentés «Les cormorans pêcheurs.» Elle est, par elle-même, desplus explicatives. D'un coup d'œil, on apprend, sur cette pêche, etd'inoubliable manière—ce qu'il en faut savoir, c'est-à-dire la forme etles attitudes des oiseaux pêcheurs, la structure du radeau qui les conduità leur besogne, la façon dont ils portent le collier qui s'oppose àl'ingurgitation de la proie.

«En loge pour les degrés de mandarin...» Imagineriez-vous la façon dontpeuvent être disposées ces loges?—Et ce moulin à eau mû par des hommes,l'imagineriez-vous? Non. La plus habile description ne nous présentejamais que successivement les lignes d'un tableau qu'ici vous embrassezet comprenez d'un seul coup d'œil.

La leçon d'écriture japonaise, la fête des drapeaux, le marchand depoupées, les enfants jouant à la toupie, autant de spectacles topiquesdont rien, sinon l'image arrivant au secours de la parole, ne peut évoquerla physionomie et le mouvement exacts, caractéristiques, la colorisationexpressive.

Lorsque cette série de douze beaux voyages s'achèvera par un voyage enAlsace-Lorraine signé d'un nom aimé et respecté, elle aura vraiment unesignification éducatrice complète. Après avoir fait aimer aux esprits lesmoins aventureux le voyage d'agrément ou l'utile voyage d'exploration etde colonisation, elle affirmera que notre patrie aussi est belle—etsemble plus belle encore, lorsqu'on la compare.

N'oublions pas que, parce qu'elle est belle et riche, la patrie françaiseest, pour d'autres hommes, un objet de rêve et parfois de mauvaise envie.Un des fruits les plus savoureux des beaux voyages est l'estime nouvelle,l'amour renouvelé qu'ils nous inspirent à l'heure du retour, pour lesmérites, pour les beautés de la terre française, pour «l'enchantement duciel de France.»

Dès que le Français s'est éloigné un temps de notre mère-patrie,il s'aperçoit mieux que jamais qu'elle a des vertus et des charmesincomparables. Plus qu'ailleurs, en France, l'homme trouve sécurité etliberté, on ne sait quelle façon d'aimer les autres hommes, que toutl'univers connaît bien—et qui fait dire quelquefois aux gitanes, cessans-patrie: «C'est encore en France qu'on est le plus libre, et le moinsmalheureux.»

Ceci est le mot authentique d'un bohémien dont le voyage fut la vie même.

JEAN AICARD.
Saint-Raphaël, Août 1911.




Note: L'ouvrage paru en 1911 était illustré de 12 planches en couleurs et d'une carte. Les planches en couleurs ne sont pas reproduites dans la présente édition en raison de leur mauvaise qualité. Seule la carte de la Chine montrée ci-dessous a été conservée.







EN CHINE




CHAPITRE I

ANTIQUITÉ DE LA CHINE


La Chine est une des plus vénérables aïeules du Monde et de lacivilisation. Elle nous offre cet exemple—unique dans l'histoire dela terre—d'un peuple qui, depuis la plus lointaine antiquité, s'estdéveloppé sans interruption, jusqu'aux temps modernes toujours semblableà lui-même sans se mêler, sans se diviser à travers les siècles, lesinvasions, les conquêtes, car il a toujours su s'assimiler le vainqueur.

À peine modifié dans son langage et son écriture, ce peuple estaujourd'hui ce qu'il était plus de VIII siècles avant la naissance de lacivilisation grecque.

L'Égypte, Babylone, l'Indoustan, la Grèce, Rome, toutes ces splendeurs sesont éteintes, seule la Chine a traversé les âges, d'un cours égal, sanss'amoindrir comme un beau fleuve intarissable.

Les commencements de la Chine s'enfoncent en de tels lointains, qu'il estimpossible de les fixer avec certitude, mais à partir d'un certain point,rien n'est plus certain ni mieux prouvé que son antiquité: rien de plussûr que ses annales. Près de trois mille ans avant notre ère, elle avaitdéjà un passé, car c'est alors que fut fondé «le Tribunal pour écrirel'histoire.» Ce tribunal n'a jamais cessé ses travaux, et fonctionneencore aujourd'hui. Son histoire est très véridique—car l'impartialité deses historiens est assurée par un procédé infaillible: plusieurs lettrés,attachés au palais impérial, écrivent chaque jour, sans se concerter et ensecret, sur des feuilles volantes, toutes les actions de l'empereur, ettoutes les nouvelles qu'on leur rapporte et qu'ils peuvent contrôler. Lesoir, ils jettent leurs écrits dans un grand coffre scellé, percé d'unefente comme une tirelire. Jamais on n'ouvre le coffre du vivant de lafamille régnante qui pourrait avoir intérêt à falsifier la vérité. Plustard, on confronte les écrits, et on rédige les annales.

On a coutume de dire que les Chinois ont tout inventé, tout, ou presquetout.

Quand on fouille un peu dans leur histoire, on marche de surprise ensurprise.

Il

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