Le massacre des amazones_ études critiques sur deux cents bas-bleus contemporains

Le massacre des amazones_ études critiques sur deux cents bas-bleus contemporains
Author: Ryner Han
Title: Le massacre des amazones_ études critiques sur deux cents bas-bleus contemporains
Release Date: 2014-11-27
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 26 March 2019
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Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges.L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise.Les numros des pages blanches n'ont pas t repris.

I

Le Massacre
des Amazones

II

DU MME AUTEUR
Sous le Pseudonyme de HENRI NER

ROMAN

  • CHAIR VAINCUE (puis).
  • LES CHANTS DU DIVORCE, roman en vers (Ollendorff,diteur).
  • CE QUI MEURT, roman social (Fischbacher, diteur).
  • L'HUMEUR INQUITE, roman intime (Dentu, diteur).
  • LA FOLIE DE MISRE, roman d'histoire contemporaine(Dentu, diteur).

SOCIOLOGIE

  • LA PAIX POUR LA VIE (en collaboration avecM. Saint-Lanne).

TRADUCTION

  • VIE D'ENFANT (en collaboration avec AlphonseDaudet).

En Prparation:

  • AGENTS DE PUBLICIT, tudes critiques sur les critiquesd'aujourd'hui.

III

HAN RYNER

Le Massacre
des Amazones

TUDE CRITIQUES
SUR DEUX CENTS BAS-BLEUS CONTEMPORAINS

MESDAMES ADAM, SARAH BERNHARDT
MARIE-ANNE DE BOVET, BRADAMANTE, JEANNE CHAUVIN
ALPHONSE DAUDET, COMTESSE DIANE, DIEULAFOY
TOLA DORLAN, JUDITH GAUTIER, HENRI GRVILLE, GYP, MARNI
DANIEL LESUEUR, MAX LYAN, HECTOR MALOT
CATULLE MENDS, LOUISE MICHEL, MICHELET, CAMILLE PERT
GEORGES DE PEYREBRUNE, MARIA POGNON, RACHILDE
CLMENCE ROYER, DE RUTE, SVERINE, DUCHESSE D'UZS
HLNE VACARESCO, ETC., ETC.

deco

PARIS
CHAMUEL, DITEUR
5, RUE DE SAVOIE, 5

IV 1

LE
MASSACRE DES AMAZONES

La premire punition de ces jalousesdu gnie des hommes a tde perdre le leur. . . La seconde at de n'avoir plus le moindredroit aux mnagements respectueuxqu'on doit la femme.Vous entendez, Mesdames? Quandon a os se faire amazone, on nedoit pas craindre les massacressur le Thermodon.

J. BARBEY D'AUREVILLY.

I
LA VEILLE D'ARMES

Qu'est exactement l'ennemi que je vais combattre?Qu'est-ce qui constitue le bas-bleu, amazone de la littrature?Je le saurai mieux aprs la guerre. J'auraicherch souvent le point o il faut frapper pour tuer 2et je constaterai sans doute que l'endroit vulnrable esttoujours le mme. Aux soirs de bataille, je me reposerai dissquer quelques cadavres. Parfois,—jel'espre, du moins,—je rencontrerai, perdue dansl'arme des amazones, telle douce femme qui ne mriterapoint la mort littraire; je la saluerai respectueusement,et, dans un charme attentif, je l'couterai causer:les diffrences constates entre elle et le bas-bleum'aideront dfinir cette chose.

Mais, ds maintenant, je dois dterminer le sens dumot. Il me faut, avant d'engager les hostilits, unmoyen grossier, mais certain et bien visible, de reconnatrel'ennemi. Peu peu j'apprendrai mieux sa tactiqueet ses mœurs. J'ai besoin de distinguer ds aujourd'huison uniforme et son allure ordinaire.


Barbey d'Aurevilly a massacr les amazones de sontemps. C'est une besogne d'assainissement que la vanitde la femme, son psittacisme naturel et le nombreinondant des brevets suprieurs rend de nouveau urgente.Elle devra tre recommence souvent. Aprs lepassage d'Hercule, il fallut nettoyer rgulirement lescuries d'Augias rebties et repeuples.

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Comment Barbey d'Aurevilly dfinit-il le bas-bleu?

C'est la femme qui fait mtier et marchandise delittrature. C'est la femme qui se croit cerveau d'hommeet demande sa part dans la publicit et dans la gloire...Les femmes peuvent tre et ont t des potes, descrivains et des artistes dans toutes les civilisations,mais elles ont t des potes femmes, des crivainsfemmes, des artistes femmes... Quand elles ont le plusde talent, les facults mles leur manquent aussi radicalementque l'organisme d'Hercule la Vnus de Milo.Le bas-bleu mconnat cette ncessit d'histoire naturelle.

Dans un livre rcent de Mme Alphonse Daudet, jetrouve une tentative de dfinition: Ce que nousappelons le bas-bleu, la femme se servant d'un artcomme d'une originalit trs voulue, en faisant unmoyen d'effet ou de sduction, ou de satisfactionvaniteuse. Et Mme Daudet prtend qu'il n'y a pas debas-bleus en Angleterre, parce que les femmes crivainsy sont travailleuses et pratiques. Elle ajoute qu'ellesy restent femmes et trs femmes.

Interrogeons un dictionnaire. Littr dit: Bas-bleu,nom que l'on donne par dnigrement aux femmes qui,s'occupant de littrature, y portent quelque pdantisme.

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La dfinition de Littr manque de prcision. Certes,le bas-bleu est pdant, mais il faut dterminer la naturede son pdantisme et de sa prtention.

Mme Daudet semble sur un point contredire Barbeyd'Aurevilly. Pour elle, le bas-bleu est un amateur.D'aprs d'Aurevilly, au contraire, il fait mtier etmarchandise de littrature. Ils se trompent l'un etl'autre: il y a des bas-bleus amateurs et des bas-bleus professionnels.

Hommes ou femmes, ceux qui font mtier et marchandisede littrature sont des prostitus: je lesmprise galement. Mais le bas-bleu, qui peut tremprisable de cette faon, l'est toujours d'une autre.Qu'il se donne ou qu'il se vende, ce qui lui vaut unnom spcial, c'est qu'il donne ou vend des apparenceset des dceptions. Il n'crit pas des livres de femme.Amante ou catin, il s'y refuse. Il est l'orgueilleuseamazone qui il faut des victoires et des matresses.Apparente androgyne qui repousse son rle naturel et,navement ou perversement, fait l'homme. Ange ineptequi se trompe, ou succube inquiet qui veut sontour tre l'incube.

Ce qui constitue le bas-bleu ou amazone, c'est qu'unlger dveloppement de ce qui semble viril en elle lui 5fait croire qu'intellectuellement elle est un homme.Son ridicule crime crbral mrite d'tre siffl commela ridicule perversit sensuelle de telles nvroses,muses de ce pauvre Mends. Balzac dfinirait le bas-bleu:la fille aux yeux d'or de la littrature.


Il y a des hommes,—on les appelle parfois fministes,—qui,pour s'attirer une clientle de lectrices,essaient d'crire en femmes. Ces dguiss no sont pasmoins grotesques que les bas-bleus. En citerai-jequelques-uns? Nommerai-je ces hermaphrodites: lesHenri Fouquier, les Catulle Mends, les Marcel Prvost,les Jules Bois, les Ren Maizeroy? Je ne puism'attarder en ce moment la revue des chaussettes-roses.Mais elles sont les allies des bas-bleus, et il faudrabien les massacrer leur tour.


Eunuques et amazones, bas-bleus et chaussettes-roses,je les hais galement, parce qu'ils contribuent galement tuer une moiti des lettres franaises, empcherl'expression de tout un sexe, priver notre poqued'une vraie littrature fminine.

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II
PREMIRE RENCONTRE [1]

Le hasard, bien mchant parfois, me fait lire en unesemaine trois livres de bas-bleus: Mater gloriosa, dePaul Georges; Joie morte, de Jean Laurenty; Un vicaireparisien, de Paul Junka. Trois pseudonymes virils, car 7l'ambition du bas-bleu est la mme que celle de l'enfant:il veut faire l'homme.

[1] Beaucoup de guerres commencent fortuitement par uneescarmouche qui irrite les deux partis. Ainsi a dbut cemassacre.

Dans un journal hebdomadaire o je faisais la critiquelittraire, j'tudiai, sous le titre Bas-Bleus, trois femmesqui venaient de publier en mme temps. Mon article soulevades protestations et des encouragements. Mon amour de labataille s'exalta quand j'aperus, derrire les premirestroupes rencontres, l'innombrable arme des amazones.

Je reproduis presque textuellement cet article. Je ne changegure que le titre,—trop gnral pour dsigner un simplefragment.

Le hasard eut pour moi quelque attention malicieuse:il diversifia mon supplice, me fit rencontrertrois varits assez distinctes de l'cœurante espce.

Paul Georges est le bas-bleu naf et petite fille. Lespremires minutes, on prouve je ne sais quel purilet rafrachissant plaisir l'couter balbutier, et blaiser,et bgayer, et zzayer. Mais il dure des heures, ce bavardageenfantin auquel, d'abord, on sourit; et on sesent noy sous un flux lent d'ennui et d'ensommeillement.

Jean Laurenty est le plus ridicule et le plus fanfarondes bas-bleus. Elle veut conqurir notre admirationen faisant talage de pense et d'indpendance. Elleessaie le tour de force, elle se baisse pour soulever despoids de cinquante et de cent kilos, ne soulve rien,ne se relve mme pas. Toute courbe, la main prisedans l'anneau, le corps prisonnier de la pesanteur,l'inconsciente croit au rsultat parce qu'elle sent la fatigue,et elle rclame un petit bravo, pour encouragerl'artiste.

Paul Junka est ce qu'il y a de mieux dans le genre:le bas-bleu qui a presque du talent.

Et les trois se ressemblent trangement, frres delaideur.

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Le bas-bleu est vaniteux; le bas-bleu est soumis.Tels les hommes qui font des platitudes pour obtenirla croix d'honneur. Car le bas-bleu russit ne pas tropdiffrer des hommes lches et incomplets, de ceux donton dit qu'ils ne sont pas des hommes.

La prtention intellectuelle du bas-bleu et sa soumissiond'esprit se concilient en pdantisme. PaulGeorges donne son livre un titre latin. Paul Junkacite, toujours en latin, de nombreux passages descritures. La puissance de pense de Jean Laurenty estfaite de citations, parfois avoues, de Baudelaire, dePascal et surtout de Schopenhauer. Les marionnettesqu'elle dsire sympathiques lui ressemblent: un pote,voulu intelligent et sduisant, pousse dans un fiacreune jeune femme trs bien doue, elle aussi, et, pourfaire sa cour, rcite: 1o un sonnet de Baudelaire;2o vingt-sept lignes de Schopenhauer. Puis il dbiteune incohrente thorie sur l'anarchie, et finit pars'excuser d'avoir t un peu pdagogue. Mais lajeune femme se rcrie, sincre, et l'accuse de coquetterie.Ailleurs, une cocotte, causant avec son amant decœur, s'crie: Oh! qu'elle est profonde, cetterverie du grand Schopenhauer! et elle cite seizelignes. En une page d'un livre prcdent, cette 9pauvre Laurenty rsumait les doctrines des philosophessur l'absolu. Elle mettait l'inepte dissertation dans labouche de colibri d'une jeune fille idale qui dbutaitainsi: L'absolu, du latin absolutus... Un certainFernand Hauser, lamentable journaleux, connu dequelques-uns pour son ignorance encyclopdique, futbloui et attribua l'heureux auteur qui possdait unLarousse une rudition de bndictin.

Et, en effet, le bas-bleu sait tout, latin, droit, philosophie,mdecine surtout, un peu comme les filles duquartier des coles, pour des raisons qui peuvent trediffrentes, qui peuvent aussi tre les mmes.


Le bas-bleu sait tout, except le franais. Jean Laurentynous montre une mre qui rapporte sur son filstoute l'exaltation de son me et nous annonce que latendresse fminine de Lison s'tait rapporte sur lejeune homme.

Il lui arrive d'employer des mots dont, visiblement,elle ignore le sens: Raison et hygine, voil le critriumdu mariage. Un mari s'excuse, auprs de sa femme,d'une infidlit passagre: Cette prtendue trahisonne compte pas... Une minute d'emportement; j'ai vurouge!...

Le bavardage tourdi du bas-bleu l'entrane des 10Lapalissades: Et pour oublier, tu viens chercherl'oubli... Elle met toujours deux verbes au lieu d'un,remarque rarement si l'un est neutre et l'autre actif.Et elle dit, avec tranquillit: aimer quelqu'un. Ellese reproche parfois de ne pas assez aimer son fils, de tropaimer, de trop penser Hugues. La supplier genoux d'abandonner, de renoncer mon enfant. Jem'arrte. Dans le seul livre de Laurenty, j'ai copiquatre pages de citations aussi prcieuses.

Sauf de rares exceptions, la petite Paul Georges critcorrectement et banalement. Le style de Paul Junkaest moins mauvais, gris et terne sans doute, mais, dansson anmie, frmissant d'un peu de vie, avec, et l,une trouvaille de mots presque jolie. On y rencontreaussi, mais plus rarement, la mtaphore incohrente:Ces araignes de sacristie qui sont la lpre del'glise;—l'incorrection: l'abb n'est point coupable,mais je l'en aurais cru;—la prciosit prtentieuse:Les moindres paroles des fiancs semblaientcoules dans le miel emprunt la luneprochaine.


La Palisse dirait: Si le bas-bleu est un homme,c'est un homme impuissant.

La femme n'est gure capable que de petites choses 11et de jolis dtails. J'ai montr que, mme dans cet troitdomaine, son attention est souvent en dfaut. Indiquerai-jequ'elle est ingale la plupart des matires, incapablede dlimiter nettement un sujet et de composerun livre? Ah! si j'avais la place!...

Le bavardage de Laurenty n'a pas de sujet. a commencepar la ruine du notaire Bardalys, a finit par lavrole de son petit-fils; entre les deux catastrophes, desanecdotes sans intrt et sans unit. Si, pourtant, uneunit de sentiment, faux et mal jou: Laurenty nereconnat que l'amour sensuel, et elle le dclare dcevant,et elle l'injurie, le plus souvent avec des parolesde Schopenhauer, parfois avec des phrases elle, toutesgargouillantes de je ne sais quel lyrisme hystrique.Athe du sentiment, insatisfaite par la sensation, elle restede longues heures, agenouille devant le dieu Phallus, cracher des blasphmes [2].

[2] Je fais de la critique et je ne parle jamais que d'attitudeslittraires. Cette dclaration superflue, il me convientde la formuler, une fois pour toutes, l'occasion de JeanLaurenty qui, me dit-on, n'a ni frre ni mari. Mais j'autorise,de grand cœur, frres et maris l'oublier, si a peut leurfaire plaisir.

Paul Georges hsite entre l'tude de caractre etl'tude de mœurs: elle ne prend aucun des deux livres.L'Agrippine bourgeoise qu'elle a voulu peindre est manque, 12molle et fuyante. Mater gloriosa nous conduitparmi les politiciens. Et, certes, les toutes petites intriguesqu'on dcore

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