Voyage au Centre de la Terre

Voyage au Centre de la Terre
Author: Verne Jules
Title: Voyage au Centre de la Terre
Release Date: 2003-12-01
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 24 March 2019
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The Project Gutenberg EBook of Voyage au Centre de la Terre, by Jules Verne

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Title: Voyage au Centre de la Terre

Author: Jules Verne

Posting Date: February 14, 2011 [EBook #4791]Release Date: December, 2003[This file was first posted on March 21, 2002]

Language: French

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE ***

Produced by Carlo Traverso, Robert Rowe, Charles Franksand the Online Distributed Proofreading Team.

We thank the Bibliotheque Nationale de France that has made availablethe image files at www://gallica.bnf.fr, authorizing the preparationof the etext through OCR.

Nous remercions la Bibliothèque Nationale de France qui a mis àdisposition les images dans www://gallica.bnf.fr, et a donnél'autorisation de les utilizer pour préparer ce texte.

Editorial note: the runes in the text are represented by the last twohexadecimal digits of their Unicode encoding (from 16A0 to 16F0). Weemphasize with XY the runes that Verne emphasizes with serifs, andtranslitterates with uppecase.

Note de l'éditeur: les runes qui sont dans le texte sont representéespar les deux dernières chiffes hexadécimales de leur codage Unicode(de 16A0 à 16F0). On répresente avec XY les runes que Verne relèveavec des sérifs, et transcrit avec des majuscules.

Jules Verne

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE

I

Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock,revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19de König-strasse, l'une des plus anciennes rues du vieux quartierde Hambourg.

La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dînercommençait à peine à chanter sur le fourneau de la cuisine.

«Bon, me dis-je, s'il a faim, mon oncle, qui est le plusimpatient des hommes, va pousser des cris de détresse.

—Déja M. Lidonbrock! s'écria la bonne Marthe stupéfaite, enentre-bâillant la porte de la salle à manger.

—Oui, Marthe; mais le dîner a le droit de ne point être cuit,car il n'est pas deux heures. La demie vient à peine de sonner àSaint-Michel.

—Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il?

—Il nous le dira vraisemblablement.

—Le voilà! je me sauve. Monsieur Axel, vous lui ferezentendre raison.»

Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culinaire.

Je restai seul. Mais de faire entendre raison au plus irascibledes professeurs, c'est ce que mon caractère un peu indécis ne mepermettait pas. Aussi je me préparais à regagner prudemment mapetite chambre du haut, quand la porte de la rue cria sur sesgonds; de grands pieds firent craquer l'escalier de bois, et lemaître de la maison, traversant la salle à manger, se précipiteaussitôt dans son cabinet de travail.

Mais, pendant ce rapide passage, il avait jeté dans un coin sacanne à tête de casse-noisette, sur la table son large chapeau àpoils rebroussés et à son neveu ces paroles retentissantes:

«Axel, suis-moi!»

Je n'avais pas eu le temps de bouger que le professeur me criaitdéjà avec un vif accent d'impatience:

«Eh bien! tu n'es pas encore ici?»

Je m'élançai dans le cabinet de mon redoutable maître.

Otto Lidenbrock n'était pas un méchant homme, j'en conviensvolontiers; mais, à moins de changements improbables, il mourradans la peau d'un terrible original.

Il était professeur au Johannaeum, et faisait un cours deminéralogie pendant lequel il se mettait régulièrement en colèreune fois ou deux. Non point qu'il se préoccupât d'avoir desélèves assidus à ses leçons, ni du degré d'attention qu'ilslui accordaient, ni du succès qu'ils pouvaient obtenir par lasuite; ces détails ne l'inquiétaient guère. Il professait«subjectivement», suivant une expression de la philosophieallemande, pour lui et non pour les autres. C'était un savantégoïste, un puits de science dont la poulie grinçait quand on envoulait tirer quelque chose. En un mot, un avare.

Il y a quelques professeurs de ce genre en Allemagne.

Mon oncle, malheureusement, ne jouissait pas d'une extrêmefacilité de prononciation, sinon dans l'intimité, au moins quandil parlait en public, et c'est un défaut regrettable chez unorateur. En effet, dans ses démonstrations au Johannaeum,souvent le professeur s'arrêtait court; il luttait contre un motrécalcitrant qui ne voulait pas glisser entre ses lèvres, un deces mots qui résistent, se gonflent et finissent par sortir sousla forme peu scientifique d'un juron. De là, grande colère.

Il y a en minéralogie bien des dénominations semi-grecques,semi-latines, difficiles à prononcer, de ces rudes appellationsqui écorcheraient les lèvres d'un poète. Je ne veux pas dire dumal de cette science. Loin de moi. Mais lorsqu'on se trouve enprésence des cristallisations rhomboédriques, des résinesrétinasphaltes, des ghélénites, des tangasites, des molybdates deplomb, des tungstates de manganèse et des titaniates de zircone,il est permis à la langue la plus adroite de fourcher.

Or, dans la ville, on connaissait cette pardonnable infirmité demon oncle, et on, en abusait, et on l'attendait aux passagesdangereux, et il se mettait en fureur, et l'on riait, ce quin'est pas de bon goût, même pour des Allemands. S'il y avaitdonc toujours grande affluence d'auditeurs aux cours deLidenbrock, combien les suivaient assidûment qui venaient surtoutpour se dérider aux belles colères du professeur!

Quoi qu'il en soit, mon oncle, je ne saurais trop le dire, étaitun véritable savant. Bien qu'il cassât parfois ses échantillonsà les essayer trop brusquement, il joignait au génie du géologuel'oeil du minéralogiste. Avec son marteau, sa pointe d'acier,son aiguille aimantée, son chalumeau et son flacon d'acidenitrique, c'était un homme très fort. A la cassure, à l'aspect,à la dureté, à la fusibilité, au son, à l'odeur, au goût d'unminéral quelconque, il le classait sans hésiter parmi les sixcents espèces que la science compte aujourd'hui.

Aussi le nom de Lidenbrock retentissait avec honneur dans lesgymnases et les associations nationales. MM. Humphry Davy, deHumboldt, les capitaines Franklin et Sabine, ne manquèrent pas delui rendre visite à leur passage à Hambourg. MM. Becquerel,Ebelmen, Brewater, Dumas, Milne-Edwards, aimaient à le consultersur des questions les plus palpitantes de la chimie. Cettescience lui devait d'assez belles découvertes, et, en 1853,il avait paru à Leipzig un Traité de Cristallographietranscendante, par le professeur Otto Lidenbrock, grand in-folioavec planches, qui cependant ne fit pas ses frais.

Ajoutez à cela que mon oncle était conservateur du muséeminéralogique de M. Struve, ambassadeur de Russie, précieusecollection d'une renommée européenne.

Voilà donc le personnage qui m'interpellait avec tantd'impatience. Représentez-vous un homme grand, maigre, d'unesanté de fer, et d'un blond juvénile qui lui ôtait dix bonnesannées de sa cinquantaine. Ses gros yeux roulaient sans cessederrière des lunettes considérables; son nez, long et mince,ressemblait à une lame affilée; les méchants prétendaient mêmequ'il était aimanté et qu'il attirait la limaille de fer. Purecalomnie; il n'attirait que le tabac, mais en grande abondance,pour ne point mentir.

Quand j'aurai ajouté que mon oncle faisait des enjambéesmathématiques d'une demi-toise, et si je dis qu'en marchant iltenait ses poings solidement fermés, signe d'un tempéramentimpétueux, on le connaîtra assez pour ne pas se montrer friandde sa compagnie.

Il demeurait dans sa petite maison de Königstrasse, unehabitation moitié bois, moitié brique, à pignon dentelé; elledonnait sur l'un de ces canaux sinueux qui se croisent au milieudu plus ancien quartier de Hambourg que l'incendie de 1842 aheureusement respecté.

La vieille maison penchait un peu, il est vrai, et tendait leventre aux passants; elle portait son toit incliné sur l'oreille,comme la casquette d'un étudiant de la Tugendbund; l'aplomb deses lignes laissait à désirer; mais, en somme, elle se tenaitbien, grâce à un vieil orme vigoureusement encastré dans lafaçade, qui poussait au printemps ses bourgeons en fleurs àtravers les vitraux des fenêtres.

Mon oncle ne laissait pas d'être riche pour un professeurallemand. La maison lui appartenait en toute propriété,contenant et contenu. Le contenu, c'était sa filleule Graüben,jeune Virlandaise de dix-sept ans, la bonne Marthe et moi. En madouble qualité de neveu et d'orphelin, je devins sonaide-préparateur dans ses expériences.

J'avouerai que je mordis avec appétit aux sciences géologiques;j'avais du sang de minéralogiste dans les veines, et je nem'ennuyais jamais en compagnie de mes précieux cailloux.

En somme, on pouvait vivre heureux dans cette maisonnette deKönig-strasse, malgré les impatiences de son propriétaire, car,tout en s'y prenant d'une façon un peu brutale, celui-ci ne m'enaimait pas moins. Mais cet homme-là ne savait pas attendre, etil était plus pressé que nature.

Quand, en avril, il avait planté dans les pots de faïence de sonsalon des pieds de réséda ou de volubilis, chaque matin il allaitrégulièrement les tirer par les feuilles afin de hâter leurcroissance.

Avec un pareil original, il n'y avait qu'à obéir. Je meprécipitai donc dans son cabinet.

II

Ce cabinet était un véritable musée. Tous les échantillons durègne minéral s'y trouvaient étiquetés avec l'ordre le plusparfait, suivant les trois grandes divisions des minérauxinflammables, métalliques et lithoïdes.

Comme je les connaissais, ces bibelots de la science minéralogique!Que de fois, au lieu de muser avec des garçons de mon âge, jem'étais plu à épousseter ces graphites, ces anthracites, ceshouilles, ces lignites, ces tourbes! Et les bitumes, lesrésines, les sels organiques qu'il fallait préserver du moindreatome de poussière! Et ces métaux, depuis le fer jusqu'à l'or,dont la valeur relative disparaissait devant l'égalité absoluedes spécimens scientifiques! Et toutes ces pierres qui eussentsuffi à reconstruire la maison de König-strasse, même avec unebelle chambre de plus, dont je me serais si bien arrangé!

Mais, en entrant dans le cabinet, je ne songeais guère à cesmerveilles. Mon oncle seul occupait ma pensée. Il était enfouidans son large fauteuil garni de velours d'Utrecht, et tenaitentre les mains un livre qu'il considérait avec la plus profondeadmiration.

«Quel livre! quel livre!» s'écriait-il.

Cette exclamation me rappela que le professeur Lidenbrock étaitaussi bibliomane à ses moments perdus; mais un bouquin n'avait deprix à ses yeux qu'à la condition d'être introuvable, ou tout aumoins illisible.

«Eh bien! me dit-il, tu ne vois donc pas? Mais c'est un trésorinestimable que j'ai rencontré ce matin en furetant dans laboutique du juif Hevelius.

—Magnifique!» répondis-je avec un enthousiasme de commande.

En effet, à quoi bon ce fracas pour un vieil in-quarto dont ledos et les plats semblaient faits d'un veau grossier, un bouquinjaunâtre auquel pendait un signet décoloré?

Cependant les interjections admiratives du professeur nediscontinuaient pas.

«Vois, disait-il, en se faisant à lui-même demandes et réponses;est-ce assez beau? Oui, c'est admirable! Et quelle reliure! Celivre s'ouvre-t-il facilement? Oui, car il reste ouvert àn'importe quelle page! Mais se ferme-t-il bien? Oui, car lacouverture et les feuilles forment un tout bien uni, sans seséparer ni bâiller en aucun endroit. Et ce dos qui n'offre pasune seule brisure après sept cents ans d'existence! Ah! voilàune reliure dont Bozerian, Closs ou Purgold eussent été fiers!»

En parlant ainsi, mon oncle ouvrait et fermait successivement levieux bouquin. Je ne pouvais faire moins que de l'interroger surson contenu, bien que cela ne m'intéressât aucunement.

«Et quel est donc le titre de ce merveilleux volume? demandai-jeavec un empressement trop enthousiaste pour n'être pas feint.

—Cet ouvrage! répondit mon oncle en s'animant, c'estl'Heims-Kringla de Snorre Turleson, le fameux auteur islandaisdu douzième siècle; c'est la Chronique des princes norvégiens quirégnèrent en Islande.

—Vraiment! m'écriai-je de mon mieux, et, sans doute, c'est unetraduction en langue allemande?

—Bon! riposta vivement le professeur, une traduction! Et qu'enferais-je de ta traduction! Qui se soucie de ta traduction!Ceci est l'ouvrage original en langue islandaise, ce magnifiqueidiome, riche et simple à la fois, qui autorise les combinaisonsgrammaticales les plus variées et de nombreuses modifications demots!

—Comme l'allemand, insinuai-je avec assez de bonheur.

—Oui, répondit mon oncle en haussant les épaules; mais aveccette différence que la langue islandaise admet les trois genrescomme le grec et décline les noms propres comme le latin!

—Ah!

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