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Vie de Henri Brulard, tome 1 (of 2)

Vie de Henri Brulard, tome 1 (of 2)
Author: Stendhal
Title: Vie de Henri Brulard, tome 1 (of 2)
Release Date: 2016-12-17
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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VIE

DE

HENRI BRULARD

Par

STENDHAL

PUBLIÉE INTÉGRALEMENT POUR LA PREMIÈRE FOIS

D'APRÈS LES MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE GRENOBLE

PAR

HENRY DEBRAYE

Ancien élève de l'École des chartes
Archiviste de la ville de Grenoble

TOME PREMIER
AVEC NOTE DE L'ÉDITEUR, INTRODUCTION
ET CINQ PLANCHES HORS TEXTE
PARIS
LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ ET ÉDOUARD CHAMPION
5, Quai Malaquais, VIe
1913

[p. vii]

Portrait de Stendhal jeune.


NOTE DE L'ÉDITEUR

Nous tentons pour la première fois de donner au public lettré lesœuvres complètes de Stendhal. L'édition publiée par MM. Calmann-Lévy,en volumes d'aspects et de mérites divers, n'est pas complète et nerépond pas aux exigences de la critique moderne, encore qu'elle aitrendu de grands services, que la notice de Mérimée, notamment, placéeà la tête de la Correspondance ait été longtemps le seul guide desStendhaliens, et que la publication récente du Journal d'Italie parM. Arbelet soit un modèle de sagace érudition. Les ouvrages posthumessont dispersés chez différents libraires ou dans des revues quelquefoispeu accessibles; plusieurs sont épuisés ou demeurent introuvables. Riende plus difficile à constituer qu'une collection des œuvres de Stendhalcomme celle qu'a réunie,[p. viii] au siège du Stendhal-Club, l'archiviste zéléet obligeant, M. Paupe.

Si l'on songe à l'influence de Stendhal sur les esprits les plusnotoires de notre génération, si l'on réfléchit à la substance de sonœuvre, on reste surpris que le dessein d'en donner une édition complèten'ait tenté aucun de nos grands libraires si audacieux et si avisés.Sans doute ils ont jugé l'entreprise trop malaisée. Stendhal sembleavoir pris plaisir à dérouter ses futurs éditeurs par l'énigme de sonécriture, de ses signes particuliers, de son langage conventionnel. Ils'enveloppe d'ombre et de mystère. Il faut d'abord l'avoir bien prié,ou bien maltraité, pour qu'il se dévoile. Et c'est ainsi que m'a étélaissé le soin de l'éditeur.

Stendhal avait légué son manuscrit de Brulard au plus âgé deslibraires de Londres et dont le nom commençait par un C.; ce sera leplus jeune des libraires de Paris dont le nom commence par un C. quirecueillera pieusement son legs.

Un érudit plus qualifié avait accepté de diriger notre entreprise etde mener à bien cette lourde tâche. Il savait tout de Stendhal etn'ignorait rien de Beyle. J'ai nommé Casimir Stryienski, trop tôtenlevé aux lettres et aux études historiques. J'avais jugé naturelet nécessaire de lui offrir la direction de cette œuvre, il l'avaitacceptée dans des termes dont je reste encore confus, mais je ne fuspas moins surpris de sa retraite quand je lui[p. ix] demandai de revoir lestextes sur les manuscrits de Stendhal qui sont parvenus jusqu'à nous.«Toute réflexion faite, je ne puis me charger de ce grand labeur.Cette édition complète de Stendhal représente un travail considérable:recherches, corrections d'épreuves, contrôles divers. Tout cela estau-dessus de mes forces. Il y a dix ans j'aurais accepté. J'ai, dureste, des travaux nombreux en vue qui me suffisent, et je considèrema tâche stendhalienne comme finie. Que les autres profitent de toutce que j'ai publié... Il va sans dire que je reste à la dispositionde vos collaborateurs et que je serai très heureux de leur donner desconseils...» (19 février 1912).—«Je comprends votre insistancetrès aimable. Je vois bien, au point où j'en suis, quel profit vousretireriez de mon nom, mais permettez-moi de vous confesser quej'ai mieux à faire à mon âge...» (20 février 1912). Il s'étaitcependant «ravisé pour un unique volume (Brulard)», «le premierdes œuvres complètes», mais ce projet fut définitivement abandonnéquand j'exprimais ma volonté absolue de corriger les épreuves sur lemanuscrit conservé à la Bibliothèque de Grenoble et d'y relever lesvariantes et les inédits. N'est-ce pas là un détail à noter au chapitreBrulard de l'excellente Histoire des œuvres?

Je devais ces explications aux nombreux amis connus ou inconnus qui,au courant de mes projets, se sont étonnés de la publication en juindernier[p. x] d'une nouvelle édition de la Vie de Henri Brulard à lalibrairie de mon excellent confrère, M. Émile Paul. Si C. Stryienskil'a rééditée, quelques jours seulement avant le tragique accident oùil devait trouver la mort, alors qu'il n'ignorait rien de mon projet,n'était-ce pas pour affirmer sa méthode d'éditeur? Il l'avait indiquéedès la première édition: «Fort de la permission de Beyle, j'aireproduit presque entièrement le texte, me permettant toutefois desupprimer les redites et de couper quelques longueurs». «Toutefois»,ajoutait-il, «j'ai fort peu profité de cette permission, jesuppose que les lecteurs ne s'en plaindront pas». La rééditionÉmile Paul (1912), presque textuelle, sauf quelques corrections(dont l'une, proposée par M. J. Bédier, acceptée sans vérification,n'est pas confirmée par l'examen du manuscrit), affirme donc undessein déterminé: elle soulève un problème de méthode, qui a ici sonimportance.

M. Paul Arbelet, l'un des plus savants et des plus compétentsbeylistes, a défendu par avance la mémoire de celui qu'il désigne àjuste titre comme l'inventeur de Stendhal[1]: «Il fallait glaneret extraire: œuvre personnelle que chacun entend à sa façon, œuvredifficile où l'on ne saurait contenter tout le monde, mais qui est iciinévitable. Et il faut admirer Stryienski si, du premier coup,[p. xi] ilsut aller à l'essentiel...» Par l'effet de mon éducation peut-être,par scrupule de vérité historique certainement, je ne puis acceptercette manière de voir. Dès qu'il s'agit d'une autobiographie, on doittout publier. Le lecteur fera lui-même son choix. Autrement l'onrisque de trahir l'auteur; et même lorsqu'il vous invite à les faire,les coupures ne sont pas légitimes, puisqu'il ne les a pas opéréeslui-même. «Souviens-toi de te méfier», disait cet ami de Stendhal,Prosper Mérimée, le malicieux auteur de H. B. Appliquons ici cetaxiome. Qui jurerait qu'après la publication de ce nouveau Brulardque voici, avec cent et quelques pages inédites, qu'après la nouvelleédition du Journal et la publication des tomes dédaignés par lesprécédents éditeurs, un jugement comme celui de M. Paul Bourget, parexemple, ne serait pas à réviser? Et certainement les biographies,celle de E. Rod, celle de M. Arthur Chuquet, pourtant si studieuse etsi bien documentée, les études de Stryienski lui-même, sont toutesà revoir, comme les Pages choisies de M. Léautaud à compléter.Nous ne croyons donc pas prudent de faire une œuvre personnelle enchoisissant là où l'auteur n'a pas voulu le faire. Si nous ne publionspas tout des 72 in-folios manuscrits de la Bibliothèque de Grenoble,ce sera—absolument d'accord avec M. P. Arbelet—pour éliminer lesversions latines de l'élève Beyle ou les copies d'ouvrages exécutés[p. xii]dans l'ennui d'un consulat. Je ne publierai pas comme de Stendhal desfragments du Dictionnaire philosophique de Bayle, et j'éviterai derééditer le Code civil, quand Henri Beyle s'est calmé à en copier lesarticles les plus concis.

Voici le plan de notre édition.

En ce qui concerne les ouvrages de Stendhal dont nous avons puretrouver des manuscrits authentiques dans les bibliothèques publiquesou privées, nous avons reproduit scrupuleusement la leçon de cesmanuscrits. Quand les originaux ont disparu, nous suivons la dernièreédition imprimée du vivant de l'auteur. Les variantes des éditionsprécédentes seront notées exactement, et, comme nous l'avons fait pourBrulard, rejetées à la fin, avec les notes. Celles-ci ne contiendrontque l'essentiel. Chaque volume sera accompagné d'illustrationsdocumentaires propres à situer l'œuvre et à l'éclairer.

Les époques de publication seront variables: il paraîtra par anenviron quatre volumes suivant, autant que possible, un ordre logiqueet rationnel. Après Brulard, où Stendhal raconte sa jeunesse,suivront le Journal et les Souvenirs d'égotisme, pour en finiravec l'autobiographie. Sans doute ne résisterons-nous pas au plaisir,avant de continuer l'édition des œuvres connues, de publier certainsinédits. Il en est ainsi d'une série d'articles écrits par Stendhalsur la littérature, les beaux-arts et la société.[p. xiii] Imprimés, aprèstraduction, dans diverses revues anglaises, le Monthly Review, leLondon Magazine, la Revue Britannique, entre 1820 et 1830, ils ontété retrouvés et traduits en français par Miss Doris Gunnell, maître deconférences à l'université de Leeds, et sont comme les preuves de sontrès utile ouvrage Stendhal et l'Angleterre.

Ils forment la matière de quatre volumes de manuscrits in-folios, etferont l'objet d'une publication à laquelle Miss Doris Gunnell et M.Émile Henriot ont accepté de donner leurs soins, en se chargeant demettre en ordre et de présenter au public ces documents inédits.

Les volumes publiés du vivant de Stendhal paraîtront dans l'ordre deleur première date de publication: Vies de Haydn, Mozart et Métastase;Histoire de la peinture en Italie; Rome, Naples, Florence, etc., etc.

La correspondance sera réservée pour les derniers volumes: chaque jourelle s'augmente, et notre édition aidant, nos appels étant entendus, ilne restera plus bientôt, nous l'espérons, aucun trésor caché et nouspourrons enfin donner une édition complète des Lettres de Beyle.

Je souhaite aussi que, certaines riches archives privées m'étantouvertes, j'y puisse relever des annotations mises par l'auteur de laChartreuse en marge de ses lectures. A en juger par celles qui ontété publiées déjà, la moindre de ses remarques a de[p. xiv] l'intérêt—etelles en présentent toutes pour l'histoire de la formationintellectuelle de Stendhal.

Le tout dernier volume sera consacré à une table générale des nomspropres de personnes et de lieux, réels ou fictifs, figurant dansl'œuvre entière.

Entre temps aura paru une bibliographie de Stendhal, due à M. Cordier,le savant membre de l'Institut. C'est le complément indispensable detoute édition. M. Cordier a fait ses preuves d'érudition stendhalienne.En nous apportant tout de suite le résultat de son expérience et deses recherches, en éclairant l'œuvre parfois cachée et mystérieuse deStendhal, en mettant de l'ordre et de la clarté dans les travaux desStendhaliens, depuis qu'il y en a et qui écrivent, il aura rendu uninappréciable service tant à nous-mêmes qu'à nos lecteurs. Une noticeiconographique par M. Octave Uzanne, avec l'indication des gravures,dessins, tableaux, est également dans notre programme.

Chacun de nos volumes sera présenté à l'aide de substantielles préfacespar l'élite des écrivains contemporains que notre œuvre intéresse etqui l'encouragent: Charles Maurras (Rome, Naples, Florence); Rémy deGourmont (De l'Amour); G. d'Annunzio (Promenades dans Rome); HenryRoujon (Mélanges d'Art), etc., pour n'en citer que quelques-uns etsuivant l'ordre de publication.[p. xv] MM. Anatole France et Maurice Barrèsnous ont promis leur précieux concours pour l'Abbesse de Castroet la Chartreuse de Parme. Notons ici que cette édition de laChartreuse sera rendue nouvelle par les appendices où seront relevés,d'après l'exemplaire si précieux de l'érudit grenoblois M. Chaper, lescorrections et additions qu'y fit Stendhal après le fameux article deBalzac, quand il cherchait «le caractère de perfection, le cachetd'irréprochable beauté» que lui conseillait le directeur de la RevueParisienne.

Le soin de mettre au point l'édition de Brulard, du Journal, deLucien Leuwen, de Napoléon et en général de toutes les œuvres,inédites ou non, complètes ou ébauchées, que renferment les manuscritsde la Bibliothèque de Grenoble, est échu à M. Henry Debraye. Ancienélève de l'École des chartes, archiviste de la ville de Grenoble, M.Debraye s'est voué entièrement à l'édification de ce monument desŒuvres complètes. L'écriture hiéroglyphique de Stendhal n'a plusguère de secret pour lui: telle page de Brulard ou du Journaldemeurée jusqu'à présent mystérieuse, il l'a déchiffrée avec unepatience et une sagacité admirables, se défiant des interprétationsde bon sens dont il faut souvent se garder en paléographie. Que l'oncompare plutôt son édition et les précédentes! D'une page de Brulard,écrite en hâte et sans chandelle, deux mots ont pourtant échappé au[p. xvi]déchiffrement de M. Debraye—la page entière échappait d'ailleurs lelendemain à Stendhal lui-même—nous avons décidé de la reproduire enfac-simile: bien que l'image soit légèrement réduite par les exigencesde notre format, on pourra s'amuser à en tenter la lecture. Et onapplaudira vite à la science du parfait paléographe qu'est HenryDebraye.

Il m'est impossible de nommer à cette place toutes les personnes quim'ont encouragé dans mon entreprise. Je tiens pourtant à remercierM. Élie-Joseph Bois, rédacteur au Temps, qui, le premier, aannoncé l'édition des Œuvres complètes; M. Henri Welschinger, quia réalisé ce miracle de réconcilier Stendhal et l'Institut en lisantà l'Académie des Sciences morales des inédits ensuite insérés dansles Procès-verbaux officiels: M. Georges Cain, dont les Souvenirsstendhaliens (Figaro du 29 septembre 1912) me sont particulièrementchers; M. A. Paupe, dont le concours incessant m'est toujours précieuxet dont l'ouvrage sous presse, Vie littéraire de Stendhal, Documentsinédits, appendice aux Œuvres complètes, sera bien souvent cité dansnos études préliminaires. M. Georges Grappe s'est employé amicalementpour Brulard comme si cette œuvre était sienne. J'ai profité desconseils de M. Mario Roques que mon projet a toujours intéressé.Je dois aussi une reconnaissance toute particulière à M. Maignien,conservateur de la Bibliothèque[p.

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