» » » Molière - Œuvres complètes, Tome 4

Molière - Œuvres complètes, Tome 4

Molière - Œuvres complètes, Tome 4
Category: French drama
Author: Molière
Title: Molière - Œuvres complètes, Tome 4
Release Date: 2018-06-04
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
Count views: 92
Read book
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ... 52

Au lecteur

Table


ŒUVRES COMPLÈTES
DE J.-B. POQUELIN
MOLIÈRE

NOUVELLE ÉDITION

PAR

M. PHILARÈTE CHASLES

PROFESSEUR AU COLLÉGE DE FRANCE

«Chaque homme de plus qui sait lire, est un lecteur de plus pour Molière.»

Sainte-Beuve.


TOME QUATRIÈME

PARIS

CALMANN LÉVY, ÉDITEUR

ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES

3, RUE AUBER, 3

1889


Droits de reproduction et de traduction réservés.


CINQUIÈME ÉPOQUE

1668-1669

ÉTUDES SUR L’ANTIQUITÉ.—ATTAQUES A LA NOBLESSE DE RACE

XXIII. 1668. AMPHITRYON.
XXIV. 1668. GEORGES DANDIN.
XXV. 1668. L’AVARE.
XXVI. 1669. M. DE POURCEAUGNAC.

AMPHITRYON
COMÉDIE

REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS, A PARIS,SUR LE THÉATRE DU PALAIS-ROYAL, LE 2 JANVIER 1668, ET DEVANTLE ROI, LE 16 JANVIER SUIVANT.

La jeunesse volage et passionnée de Louis XIV continuait de fournir sacarrière triomphale: à Hortense Mancini avaient succédé mademoiselle dela Vallière et bientôt madame de Montespan. Le marquis de Montespan,noble provincial, s’accommodait peu de cet honneur que lui faisait le roi,et recevait une lettre de cachet qui l’envoyait vivre dans ses terres.La cour, éblouie et attentive, prosternée aux pieds du monarque,séduite d’ailleurs par la grâce, l’élégance, les qualités supérieures,le don 2 de commander et de gouverner les hommes, était prête à toutadmirer et à tout approuver. Quant à Molière, son Tartuffe, suspendupar l’ordre, et, il faut le dire, par le bon sens du roi, qui craignaitl’effet combiné de ses propres débordements et de cette déclarationde guerre faite aux dévots par son acteur favori, l’avertissait decesser un moment son feu et de se replier, pour ainsi dire, sur dessujets moins brûlants et moins dangereux. Amphitryon, l’Avare etGeorges Dandin furent le produit de cette trêve; Boileau, ami intimede Molière, le pressait de revenir aux anciens, de les étudier avecsoin, de s’en nourrir et de préparer ainsi son entrée à l’Académie.L’Amphitryon de Plaute, imitation joyeusement vigoureuse des parodiesdramatiques auxquelles l’antiquité soumettait les dieux de son Olympe,attira d’abord l’attention et fut l’objet de l’élaboration de Molière;il en fit deux œuvres distinctes: Amphitryon d’abord, puis, encreusant la même idée et en l’appliquant aux mœurs modernes, GeorgesDandin, cette farce presque tragique, tant elle est burlesque, où unmari de basse naissance est trop honoré par sa femme qui le trompe, etle galant gentilhomme sur lequel il ne peut venger son honneur.

Amphitryon lui-même ressemblait fort à M. de Montespan et Louis XIVà Jupiter. Déjà Rotrou, dans les Sosies, avait emprunté à Plautela plupart de ses traits comiques, et Molière ne se fit pas faute dereprendre son bien. De là une œuvre puissante infiniment supérieure,quant à la portée philosophique, à celle de l’auteur latin, écrite envers libres et en rimes croisées qui ne se soumettent pas toujours àla règle de l’entrelacement des assonances masculines et féminines,œuvres d’une gaieté de ton et d’une richesse d’éloquente audaceque l’on admire surtout quand on la compare à son modèle. Plaute,l’ancien directeur de théâtre, longtemps enchaîné à la meule, amusaitla populace romaine; homme d’un talent supérieur, forcé de semaintenir dans des limites bornées que lui opposait la grossièretéde son auditoire, il avait laissé tout à faire à Molière, quant audéveloppement moderne de l’idée principale: la destruction, de toutemorale devant 3 la force; l’adultère lui-même consacré par unevolonté souveraine; le faible obligé de plier la tête et d’attacher uneespèce d’honneur à ce qui déshonore dans une autre situation. Quand ils’agit d’un dieu ou d’un monarque, on ne doit faire aucune attention àl’infidélité conjugale, et M. de Montespan, comme Amphitryon, ne doitpas lutter avec Jupiter.

Était-ce l’avis de Molière? excusait-il cette brutalité du fait qu’ilsignalait avec tant de génie? Nous ne le croyons pas. Les ancienseux-mêmes, auxquels il empruntait leur caricature, voyaient dansJupiter devenu coupable d’adultère la puissance créatrice ravalée dansson excès; ils ne l’approuvaient pas, puisqu’ils se moquaient à la foisd’elle et de l’humanité, et ce qui prouve que Molière, dont la gaietéest si triste, pensait absolument comme eux, ce sont les dernièresparoles que Sosie adresse aux courtisans avertis par l’exil que M. deMontespan venait de subir.

... Que chacun chez soi doucement se retire:
Sur telles affaires toujours
Le meilleur est de ne rien dire.


A SON ALTESSE SÉRÉNISSIME
MONSEIGNEUR
LE PRINCE

Monseigneur,

N’en déplaise à nos beaux esprits, je ne vois rien de plus ennuyeuxque les épîtres dédicatoires; et Votre Altesse Sérénissimetrouvera bon, s’il lui plaît, que je ne suive point ici le style deces messieurs-là, et refuse de me servir de deux ou trois misérablespensées qui ont été tournées et 4 retournées tant de fois, qu’ellessont usées de tous les côtés. Le nom du grand Condé est un nomtrop glorieux pour le traiter comme on fait tous les autres noms. Il nefaut l’appliquer, ce nom illustre, qu’à des emplois qui soient dignesde lui; et, pour dire de belles choses, je voudrois parler de le mettreà la tête d’une armée plutôt qu’à la tête d’un livre; et je conçoisbien mieux ce qu’il est capable de faire en l’opposant aux forces desennemis de cet État qu’en l’opposant à la critique des ennemis d’unecomédie.

Ce n’est pas, Monseigneur, que la glorieuse approbation deVotre Altesse Sérénissime ne fût une puissante protectionpour toutes ces sortes d’ouvrages, et qu’on ne soit persuadé deslumières de votre esprit autant que de l’intrépidité de votre cœur etde la grandeur de votre âme. On sait, par toute la terre, que l’éclatde votre mérite n’est point renfermé dans les bornes de cette valeurindomptable qui se fait des adorateurs chez ceux même qu’elle surmonte;qu’il s’étend, ce mérite, jusques aux connoissances les plus fines etles plus relevées, et que les décisions de votre jugement sur tous lesouvrages d’esprit ne manquent point d’être suivies par le sentimentdes plus délicats. Mais on sait aussi, Monseigneur, quetoutes ces glorieuses approbations dont nous nous vantons au publicne nous coûtent rien à faire imprimer; et que ce sont des choses dontnous disposons comme nous voulons. On sait, dis-je, qu’une épîtredédicatoire dit tout ce qu’il lui plaît, et qu’un auteur est en pouvoird’aller saisir les personnes les plus augustes, et de parer de leursgrands noms les premiers feuillets de son livre; qu’il a la liberté des’y donner, autant qu’il veut, l’honneur de leur estime, et de se fairedes protecteurs qui n’ont jamais songé à l’être.

Je n’abuserai, Monseigneur, ni de votre nom, ni de vos bontés,pour combattre les censeurs de l’Amphitryon, et m’attribuer unegloire que je n’ai pas peut-être méritée: et je ne prends la liberté devous offrir ma comédie que pour avoir lieu de vous dire que je regardeincessamment, avec une profonde vénération, les grandes qualités quevous joignez 5 au sang auguste dont vous tenez le jour, et que jesuis, Monseigneur, avec tout le respect possible et tout lezèle imaginable,

De Votre Altesse Sérénissime,

Le très-humble, très-obéissant,
et très-obligé serviteur,

J.-B. P. Molière.


PERSONNAGES ACTEURS
MERCURE.  
LA NUIT.  
JUPITER, sous la forme d’Amphitryon. La Thorillière.
MERCURE, sous la forme de Sosie. Du Croisy.
AMPHITRYON, général des Thébains. La Grange.
ALCMÈNE, femme d’Amphitryon. Mlle Molière.
CLÉANTHIS, suivante d’Alcmène, et femme de Sosie. Mad. Béjart.
ARGATIPHONTIDAS, capitaines thébains. Chateauneuf.
NAUCRATÈS,  
POLIDAS,  
PAUSICLÈS,  
SOSIE, valet d’Amphitryon. Molière.
La scène est à Thèbes, devant la maison d’Amphitryon.

PROLOGUE

MERCURE, sur un nuage; LA NUIT, dans un char traîné dans l’air par deux chevaux.

MERCURE.

Tout beau! charmante Nuit, daignez vous arrêter.
Il est certain secours que de vous on désire,
Et j’ai deux mots à vous dire
De la part de Jupiter.

LA NUIT.

Ah! ah! c’est vous, seigneur Mercure!
Qui vous eût deviné, là, dans cette posture?

6

MERCURE.

Ma foi, me trouvant las, pour ne pouvoir fournir
Aux différens emplois où Jupiter m’engage,
Je me suis doucement assis sur ce nuage,
Pour vous attendre venir.

LA NUIT.

Vous vous moquez, Mercure, et vous n’y songez pas[1]:
Sied-il bien à des dieux de dire qu’ils sont las?

MERCURE.

Les dieux sont-ils de fer?

LA NUIT.

Non; mais il faut sans cesse
Garder le decorum de la divinité.
Il est de
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ... 52
Comments (0)
Free online library ideabooks.net