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Les Musardises

Les Musardises
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Title: Les Musardises
Release Date: 2018-09-04
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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EDMOND ROSTAND

LES
MUSARDISES

ÉDITION NOUVELLE

1887-1893

PARIS

LIBRAIRIE CHARPENTIER ET FASQUELLE
EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR
11, RUE DE GRENELLE, 11

1911

Tous droits de traduction, de reproduction etd'adaptation réservés pour tous les pays.

Copyright by E. FASQUELLE, 1911.

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Les Musardises, Édition nouvelle, 1887-1893,poésies350
Les Romanesques, comédie en 3 actes, en vers,43e mille350
La Princesse Lointaine, pièce en 4 actes,en vers, 44e mille2»
La Samaritaine, évangile en 3 tableaux, en vers,42e mille350
Cyrano de Bergerac, comédie héroïque en 5 actes,en vers, 376e mille350
Pour la Grèce, poésie.Épuisé.
L'Aiglon, drame en 6 actes, en vers, 271e mille350
Un Soir à Hernani, poésie1»
Discours de réception à l'Académie Française1»
Chantecler, pièce en 4 actes, en vers, 150e mille350
IL A ÉTÉ TIRÉ

Cent exemplaires numérotés sur papier du Japon

AU LECTEUR

MUSARDISE. s. f. Action de celui qui musarde.

MUSARDER, v. n. Perdre son temps à des riens.

C'est là ce que tu trouveras dans le dictionnaire, Ami Lecteur. Etlà-dessus tu n'auras pas grande estime pour un volume de vers quis'appelle «les Musardises», c'est-à-dire les bagatelles, lesenfantillages, les riens.

Mais pour peu que tu sois un lettré ayant connaissance des mots de talangue et de leur sens exact, ce titre ne sera pas pour te déplaire.Même il t'apparaîtra comme seyant bien à un recueil de poétiquesessais.

Tu sauras que «musardise»—«musardie», comme on disait au vieuxtemps,—signifie rêvasserie douce, chère flânerie, paresseusedélectation à contempler un objet ou une idée: car l'esprit musardeautant que les yeux, si ce n'est plus.

Tu sauras que, suivant certaines étymologies, «musarder» veut direavoir le museau en l'air: ce qui est bien le fait du poète; lequel,comme on sait, regarde tellement là-haut que souvent il trébuche et sejette dans des trous.

Tu sauras qu'au temps jadis les «musards» étaient de certains bateleurset jongleurs, provençaux d'origine, qui s'en allaient de par le mondeen récitant des vers.

Tu ne pourras être étonné que, sous un titre qui ne semble convenirqu'à de très légères poésies, je me sois permis quelquefois destristesses ou des mélancolies, puisqu'en langue wallonne «muzer» a poursens: être triste.

Enfin, tu comprendras tout à fait le choix que j'ai fait de ce mot, tesouvenant que le savant Huet, évêque d'Avranches, le faisait venir dulatin Musa,—qui, comme on le sait,signifie: la Muse.

E. R.

I
LA CHAMBRE D'ÉTUDIANT

DÉDICACE

Je vous aime et veux qu'on le sache,
O raillés, ô déshérités,
Vous qu'insulte le public lâche,
Vous qu'on appelle des ratés!
Donc, à cette heure où je me lance
En pleine mêlée, où je vais
Cogner, rompre plus d'une lance,
Recevoir plus d'un coup mauvais,
Où l'ardent désir me dévore
D'attaquer de front mes rivaux,
Sans savoir seulement encore
Ce que je suis, ce que je vaux,
Si je suis seulement de taille
A me mêler aux combattants;
—Dans ce matin de la bataille
Où vont se ruer mes vingt ans,
Je pense à vous, ô pauvres hères!
A vous dont peut-être, ce soir,
Je partagerai les misères,
Parmi lesquels j'irai m'asseoir;
Et très longuement j'envisage,
Pour bien voir si j'ai le cœur fort,
Pour m'assurer de mon courage,
La tristesse de votre sort.
Si j'étais, par le ridicule
Qu'on vous jette, mis en émoi,
Il est toujours temps qu'on recule:
Mieux me vaudrait rentrer chez moi.
Mais non pas! car je veux la lutte.
Et votre fortune n'a rien
Qui me répugne ou me rebute.
Même je la préfère bien
A celles, qu'on dit plus heureuses,
De ceux qu'on nommait «philistins»;
Je préfère les viandes creuses
De vos songes à leurs festins!
Si je tombe comme vous autres,
S'il me faut vider les arçons,
Eh bien, quoi! je serai des vôtres,
N'est-il pas vrai, les bons garçons?
A vous donc qu'on raille et qu'on hue
Et qu'on accable de mépris,
O foule innombrable, cohue
Des déclassés, des incompris!
A vous que hanta la chimère
Du définitif, du parfait,
Et qui, pour vouloir trop bien faire,
Finalement n'avez rien fait;
A vous qui portiez dans vos têtes
De trop beaux idéals rêvés,
A vous tous, à vous grands poètes
Aux poèmes inachevés;
A vous dont les fainéantises
Sont pleines de si fiers projets,
Et que poursuivent les hantises
De trop magnifiques sujets;
A vous dont la pensée énorme,
Trop large, ne pouvait entrer
Sans la briser dans une forme,
Dans un moule sans l'éventrer;
A vous, peintres, que désespère
La toujours fuyante couleur,
Qui devant un jeu de lumière
Jetez vos pinceaux de douleur;
Musiciens, pâles d'entendre
En vous des accords merveilleux,
Et qui, de ne pouvoir les rendre,
Avez des larmes dans les yeux;
A vous qui, ne pouvant traduire
Les finesses que vous sentez,
Préférez ne jamais produire,
O délicats, exquis ratés!
A vous, paresseux égoïstes,
Qui gardez vos œuvres en vous;
A vous les vrais, les grands artistes,
A vous les emballés, les fous,
Qui, sans entendre les sarcasmes,
Triomphez dans de pauvres soirs;
A vous dont les enthousiasmes
Gesticulent sur des trottoirs,
Personnages funambulesques,
Laids, chevelus et grimaçants,
Pauvres dons Quichottes grotesques,
Et d'autant plus attendrissants,
Dont la Muse est la Dulcinée,
—O chevaliers errants de l'art,
A qui la gloire destinée
Manqua peut-être par hasard!
Étant votre ami, votre frère,
Un rêveur, un hurluberlu
Qui connaîtra votre misère
Peut-être demain,—j'ai voulu
Vous dédier par ce poème
Les premiers vers que j'ai tentés,
Enfants perdus de la bohème,
O mes bons amis les Ratés!
Février 1889.

II
LA CHAMBRE

Au son d'un vieux Pleyel qu'un voisin pauvre oblige
A moudre des galops,
Chaque jour je m'éveille en murmurant: «Où suis-je?»
Comme dans les mélos.
Je sors de la féerie en mon rêve apparue,
Je sors d'une forêt…
Et j'habite un hôtel situé dans la rue
De Bourgogne, il paraît!
C'est une rue étroite, avec peu de silence
Et beaucoup de maisons,
Dont les cris les plus gais sont: «La belle Valence!»
Et: «Les quatre saisons!»
L'acajou de ma chambre est, ce matin, d'un style
Si Louis-Philippart,
Que de cette atmosphère ingénument hostile
Toute espérance part!
Quelles traces, fauteuils, sur votre velours chauve
Laissèrent d'humbles dos!
O fentes du plafond! ô papier de l'alcôve!
O couleur des rideaux!
C'est aujourd'hui jeudi. C'est le jour où Marseille
Tient ses marchés de fleurs.
C'est là que je serais, dans la tiédeur vermeille,
Au milieu des flâneurs,
Si je n'avais voulu, pour être ce poète
Que nul ne demandait,
Risquer d'être à Paris un Daniel Eyssette
Sans Alphonse Daudet;
Si je n'avais rêvé le vieux rêve inutile,
A tant d'autres pareil,
De me faire une place au soleil d'une ville
Qui n'a pas de soleil!
Je n'ai pas de soleil, et j'ai toujours décembre,
Et pas encor d'amour:
Toute mon existence est comme cette chambre
Qui donne sur la cour!
L'ami qui vient me voir, joyeux quand il arrive,
Est triste en s'en allant;
Et la foi chaque jour me semble être moins vive
Qu'il eut dans mon talent.
Sauf qu'il y a toujours sur ma table une
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