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Le portier des chartreux, ou mémoires de Saturnin écrits par lui-même

Le portier des chartreux, ou mémoires de Saturnin écrits par lui-même
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Title: Le portier des chartreux, ou mémoires de Saturnin écrits par lui-même
Release Date: 2018-09-08
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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LE PORTIER
DES CHARTREUX

OU
MMOIRES DE SATURNIN
CRITS PAR LUI-MME

AMSTERDAM

1889

LE PORTIER
DES CHARTREUX

PREMIRE PARTIE

Que c'est une douce satisfaction pour un cœur d'tre dsabus desvains plaisirs, des amusements frivoles et des volupts dangereuses quil'attachaient au monde! Rendu lui-mme aprs une longue suited'garements, et dans le calme que lui procure l'heureuse privation dece qui faisait autrefois l'objet de ses dsirs, il sent encore cesfrmissements d'horreur qui laissent dans l'imagination le souvenir desprils auxquels il est chapp: il ne les sent que pour se fliciter dela sret o il se trouve; ces mouvements lui deviennent des sentimentschers parce qu'ils servent lui faire mieux goter les charmes de latranquillit dont il jouit.

Tel est, cher lecteur, la situation du mien. Quelles grces n'ai-je pas rendre au Tout-Puissant dont la misricorde m'a retir de l'abme dulibertinage o j'tais plong et me donne aujourd'hui la force d'criremes garements pour l'dification de mes frres!

Je suis le fruit de l'incontinence des rvrends pres Clestins de laville de R… Je dis des rvrends pres, parce que tous sevantaient d'avoir fourni la composition de mon individu. Mais quelsujet m'arrte tout coup? Mon cœur est agit: est-ce par lacrainte qu'on ne me reproche que je rvle ici les mystres del'Eglise? Ah! surmontons ce faible remords. Ne sait-on pas que touthomme est homme, et les moines surtout? Ils ont donc la facult detravailler la propagation de l'espce. Eh! pourquoi la leurinterdirait-on? Ils s'en acquittent si bien!

Peut-tre, lecteur, vous attendez avec impatience que je vous fasse lercit dtaill de ma naissance: je suis fch de ne pouvoir pas sittvous satisfaire sur cet article. Vous allez me voir de plein saut chezun bonhomme de paysan que j'ai pris longtemps pour mon pre.

Ambroise, c'tait le nom du bonhomme, tait le jardinier d'une maisonde campagne que les Clestins avaient dans un petit village quelqueslieues de la ville; sa femme, Toinette, fut choisie pour me servir denourrice. Un fils qu'elle avait mis au monde, et qui mourut au momento je vis le jour, aida voiler le mystre de ma naissance. On enterrasecrtement le fils du jardinier et celui des moines fut mis saplace: l'argent fait tout.

Je grandissais insensiblement, toujours cru et me croyant moi-mme filsdu jardinier. J'ose dire nanmoins, qu'on me pardonne ce petit trait devanit, que mes inclinations dcelaient ma naissance. Je ne sais quelleinfluence divine opre sur les ouvrages des moines: il semble que lavertu du froc se communique tout ce qu'ils touchent. Toinette entait une preuve. C'tait bien la plus fringante femelle que j'aiejamais vue, et j'en ai vu quelques-unes. Elle tait grosse, maisragotante, de petits yeux noirs, un nez retrouss, vive, amoureuse,plus pare que ne l'est ordinairement une paysanne. 'aurait t unexcellent pis aller pour un honnte homme; jugez pour des moines!

Quand la coquine paraissait avec son corset des dimanches, qui luiserrait une gorge que le hle avait toujours respecte, et laissaitvoir deux ttons qui s'chappaient, ah! que je sentais bien dans cemoment que je n'tais pas son fils, ou que j'aurais volontiers passsur cette qualit.

J'avais les dispositions toutes monacales. Guid par le seul instinct,je ne voyais pas une fille que je ne l'embrassasse, que je ne luiportasse la main partout o elle voulait bien la laisser aller; etquoique je ne susse pas bien positivement ce que j'aurais fait, moncœur me disait que j'en aurais fait plus, si l'on ne m'et arrtdans mes transports.

Un jour qu'on me croyait l'cole, j'tais rest dans un petit rduito je couchais: une simple cloison le sparait de la chambred'Ambroise, dont le lit tait justement appuy contre; je dormais; ilfaisait une extrme chaleur: c'tait dans le cœur de l't; jefus tout coup rveill par de violentes secousses que j'entendisdonner la cloison. Je ne savais que penser de ce bruit; ilredoublait. En prtant l'oreille, j'entendis des sons mus ettremblants, des mots sans suite et mal articuls. Ah! doucement, machre Toinette, ne va pas si vite! Ah! coquine! tu me fais mourir deplaisir!… Va vite… Eh! vite… Ah!… je memeurs!…

Surpris d'entendre de pareilles exclamations, dont je ne sentais pastoute l'nergie, je me rassis; peine osais-je remuer. Si l'on m'avaitsu l, j'avais tout craindre; je ne savais quoi penser, j'tais toutmu. L'inquitude o j'tais fit bientt place la curiosit.J'entendis de nouveau le mme bruit, et je crus distinguer qu'un hommeet Toinette rptaient alternativement les mmes mots que j'avais djentendus. Mme attention de ma part. L'envie de savoir ce qui sepassait dans cette chambre devint la fin si vive qu'elle touffatoutes mes craintes. Je rsolus de savoir ce qu'il en tait. Je serais,je crois, volontiers entr dans la chambre d'Ambroise pour voir ce quis'y passait, au risque de tout ce qui aurait pu arriver. Je ne fus pas cette peine. En cherchant doucement avec la main si je ne trouveraispas quelque trou la cloison, j'en sentis un qui tait couvert par unegrande image. Je la perai et me fis jour. Quel spectacle! Toinette nuecomme la main, tendue sur son lit, et le pre Polycarpe, procureur ducouvent, qui tait la maison depuis quelque temps, nu comme Toinette,faisant… quoi? ce que faisaient nos premiers parents, quand Dieuleur eut ordonn de peupler la terre, mais avec des circonstances moinslubriques.

Cette vue produisit chez moi une surprise mle de joie et d'unsentiment vif et dlicieux qu'il m'aurait t impossible d'exprimer. Jesentais que j'aurais donn tout mon sang pour tre la place du moine.Que je lui portais d'envie! que son bonheur me paraissait grand! Un feuinconnu se glissait dans mes veines; j'avais le visage enflamm, moncœur palpitait, je retenais mon haleine, et la pique de Vnus,que je pris la main, tait d'une force et d'une roideur abattre lacloison, si j'avais pouss un peu fort. Le pre fournit sa carrire, eten se retirant de dessus Toinette, il la laissa expose toute lavivacit de mes regards. Elle avait les yeux mourants et le visagecouvert du rouge le plus vif. Elle tait hors d'haleine; ses brastaient pendants, sa gorge s'levait et se baissait avec uneprcipitation tonnante. Elle serrait de temps en temps le derrire, ense roidissant et en jetant de grands soupirs. Mes yeux parcouraientavec une rapidit inconcevable toutes les parties de son corps; il n'yen avait pas une sur laquelle mon imagination ne collt mille baisersde feu. Je suais ses ttons, son ventre; mais l'endroit le plusdlicieux, et de dessus lequel mes yeux ne purent plus s'arracher,quand une fois je les y eus fixs, c'tait… Vous m'entendez. Quecette coquille avait pour moi de charmes! Ah! l'aimable coloris!Quoique couverte d'une petite cume blanche, elle ne perdait rien mesyeux de la vivacit de sa couleur. Au plaisir que je ressentais, jereconnus le centre de la volupt. Il tait ombrag d'un poil pais,noir et fris. Toinette avait les jambes cartes, il semblait que sapaillardise ft d'accord avec ma curiosit pour ne me rien laisser dsirer!

Le moine, ayant repris vigueur, vint de nouveau se prsenter au combat;il se remit sur Toinette, avec une nouvelle ardeur; mais ses forcestrahirent son courage, et, fatigu de piquer inutilement sa monture, jele vis retirer l'instrument de la coquille de Toinette, lche etbaissant la tte. Toinette, dpite de sa retraite, le prit et se mit le secouer; le moine s'agitait avec fureur et paraissait ne pouvoirplus supporter le plaisir qu'il ressentait. J'examinais tous leursmouvements sans autre guide que la nature, sans autre instruction quel'exemple, et, curieux de savoir ce qui pouvait occasionner cesmouvements convulsifs du pre, j'en cherchais la cause en moi-mme.J'tais surpris de sentir un plaisir inconnu qui augmentaitinsensiblement, et devint enfin si grand que je tombai pm sur monlit. La nature faisait des efforts incroyables, et toutes les partiesde mon corps semblaient fournir au plaisir de celle que je caressais.Il tomba enfin de cette liqueur blanche dont j'avais vu une si grandeprofusion sur les cuisses de Toinette. Je revins de mon extase, etretournai au trou de la cloison; il n'tait plus temps: le dernier couptait jou, la partie tait finie. Toinette se rhabillait, le prel'tait dj.

Je restai quelque temps l'esprit et le cœur remplis de l'aventuredont je venais d'tre tmoin, et dans cette espce d'tourdissementqu'prouve un homme qui vient d'tre frapp par l'clat d'une lumiretrangre. J'allais de surprise en surprise; les connaissances que lanature avait mises dans mon cœur venaient de se dvelopper, lesnuages dont elle les avait couvertes s'taient dissips. Je reconnus lacause des diffrents sentiments que j'prouvais tous les jours la vuedes femmes. Ces passages imperceptibles de la tranquillit auxmouvements les plus vifs, de l'indiffrence aux dsirs, n'taient plusdes nigmes pour moi. Ah! m'criai-je, qu'ils taient heureux! la joieles transportait tous deux. Il faut que le plaisir qu'ils gotaientsoit bien grand. Ah! qu'ils taient heureux! qu'ils taient heureux!L'ide de ce bonheur m'absorbait; elle m'tait pour un moment toutpouvoir d'y rflchir. Un silence profond succdait mes exclamations.Ah! reprenais-je aussitt, ne serai-je jamais grand pour en faireautant une femme? Je mourrais sur elle de plaisir, puisque je viensd'en avoir tant. Ce n'est l sans doute qu'une image de celui que lepre Polycarpe gotait avec ma mre; mais, poursuivais-je je suis biensimple! Est-il absolument ncessaire d'tre grand pour avoir ceplaisir-l? Pardi! il me semble que le plaisir ne se mesure pas lataille: pourvu que l'on soit l'un sur l'autre, cela doit aller toutseul!

Sur le champ il me vint dans l'esprit de faire part de mes nouvellesdcouvertes ma sœur Suzon. Elle avait quelques annes de plusque moi: c'tait une petite blonde fort jolie, qui portait une de cesphysionomies ouvertes que l'on serait tent de croire niaises, parcequ'elles paraissent indolentes. Elle avait de ces beaux yeux bleus,pleins d'une douce langueur, qu'il semble que l'on tourne sur vous sansintention, mais dont l'effet n'est pas moins sr que celui des yeuxbrillants d'une brune piquante qui vous lance des regards passionns.Pourquoi cela? Je n'en sais rien, car je me suis toujours grossirementcontent du sentiment, sans tre tent d'en pntrer la cause. Neserait-ce pas parce qu'une belle blonde, avec ses regards languissants,semble vous prier de lui donner votre cœur, et que ceux d'unebrune veulent vous enlever de force? La blonde ne demande qu'un peu decompassion pour sa faiblesse, et cette faon de demander est biensduisante; vous croyez ne donner que la compassion, et vous donnez del'amour. La brune, au contraire, veut que vous soyez faible, sans vouspromettre qu'elle le sera. Le cœur se gendarme contre celle-ci,n'est-il pas vrai? Qu'en pensez-vous, lecteur?

Je l'avoue ma honte, il ne m'tait pas encore venu dans l'esprit dejeter sur Suzon un regard de concupiscence, chose rare chez moi, quiconvoitais toutes les filles que je voyais. Il est vrai qu'tant lafilleule de la dame du village, qui l'aimait et la faisait lever chezelle, je ne la voyais pas souvent. Il y avait mme un an qu'elle taitau couvent: elle n'en tait sortie que depuis huit jours; sa marraine,qui devait venir passer quelque temps la campagne, lui avait promisde venir voir Ambroise. Je me sentis tout d'un coup enflamm du dsird'endoctriner ma chre sœur et de goter avec elle les mmesplaisirs, que je venais de voir prendre au pre Polycarpe avecToinette. Je ne fus plus le mme pour elle. Mes yeux sourirent millecharmes que je ne lui avais pas aperus. Je lui trouvai une gorgenaissante, plus blanche que le lis, ferme, potele. Je suais dj avecun dlice inexprimable ces deux petites fraises que je voyais au boutde ces ttons; mais surtout dans la peinture de ses charmes jen'oubliais pas ce centre, cet abme de plaisirs dont je me faisais desimages si ravissantes. Anim par l'ardeur vive et brlante que cesides rpandaient dans tout mon corps, je sortis, j'allai chercherSuzon. Le soleil venait de se coucher, la brune s'avanait: je meflattais qu' la faveur de l'obscurit que la nuit allait rpandre jeserais dans un moment au comble de mes dsirs, si je la trouvais. Jel'aperus de loin qui cueillait des fleurs. Elle ne pensait pas alorsque je mditais de cueillir la fleur la plus prcieuse de son bouquet.Je volai elle; la voyant livre toute entire une occupation aussiinnocente, je balanai dans le moment

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