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Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
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Title: Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Release Date: 2018-09-17
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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DICTIONNAIRE
CRITIQUE ET RAISONNÉ
DU
LANGAGE VICIEUX OU RÉPUTÉ VICIEUX.

IMPRIMERIE DE H. FOURNIER,
RUE DE SEINE, N. 14.

DICTIONNAIRE
CRITIQUE ET RAISONNÉ
DU
LANGAGE VICIEUX OU RÉPUTÉ VICIEUX.

OUVRAGE
POUVANT SERVIR DE COMPLÉMENT AU DICTIONNAIRE DES
DIFFICULTÉS DE LA LANGUE FRANÇAISE,
PAR LAVEAUX;

PAR UN ANCIEN PROFESSEUR.

«En fait de grammaire, l’exposition des fautes estplus utile que celle des préceptes.»

(Sabatier, Trois siècles de la Litt. française.)

«Il ne faut qu’un mauvais mot pour se faire mépriserdans une compagnie, pour décrier un prédicateur, unavocat, un écrivain. Un mauvais mot, parce qu’il estaisé à remarquer, est capable de faire plus de tortqu’un mauvais raisonnement, dont peu de gens s’aperçoivent,quoique cependant il n’y ait nulle comparaisonde l’un à l’autre.»

(Girault-Duvivier,Gramm. des Gramm., t. II,art. Usage, édit. de 1812.)

PARIS,
CHEZ AIMÉ ANDRÉ, LIBRAIRE,
RUE CHRISTINE, No 1.

1835.


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z


PRÉFACE.


S’il est une étude d’une indispensable nécessitéc’est bien certainement celle de la langue maternelle.Les meilleurs esprits en ont toujours proclaméla haute importance.

Et cependant, que de gens ne voyons-nous pastous les jours chercher à faire étalage de science littéraire,à qui nous pourrions avec raison adresserle reproche d’ignorer les rudimens de cette science:la grammaire. Hommes imprévoyans, ils veulent éleverl’édifice de leur renommée, sans avoir songé à sabase! Ils ambitionnent notre admiration, et ils n’ontpas su prendre le soin d’éviter d’abord le ridicule,qui, sur notre moqueuse terre de France, fait desblessures dont on guérit si rarement. Oui, touthomme qui estropiera la grammaire, ne devrajamais se flatter d’exercer une grande influence intellectuellesur ses concitoyens. Il verra, avec amertume,malgré toute son éloquence, le rire dédaigneuxeffleurer les lèvres de ses lecteurs ou de sesauditeurs, et détruire peut-être le germe d’uneIIpensée utile ou généreuse, qui, ornée d’une phrasecorrecte, eût laissé un ineffaçable et fécond souvenir.Cet homme dira sans doute que notre futiliténous fait en cette circonstance sacrifier l’accessoireau principal, la grammaire n’étant réellement autrechose que l’art de présenter les idées; et cet hommen’aura pas tout-à-fait tort. Mais ne pourrait-on pasaussi lui répondre: en thèse générale, l’homme seulqui a fait des études est apte à instruire ses semblables,parce que ces études ont dû lui donner debonne heure l’habitude de la réflexion. Or, quellesétudes avez-vous donc faites, vous qui ne savez mêmepas vous exprimer correctement dans la langue devotre pays? Vous avez une science spéciale, direz-vous,entièrement en dehors des connaissancesgrammaticales. D’accord; soyez même un homme degénie, nous n’y voyons pas d’obstacle, mais vous n’enaurez pas moins établi contre vous une préventionfâcheuse qui aura frappé votre carrière, à son début,d’un coup dont elle pourra se ressentir toujours; carmalgré les plaisanteries dont on poursuit quelquefoisles grammairiens, ne dit-on pas tous les jours, enparlant de quelqu’un dont on veut caractériserl’ignorance: Il ne sait même pas le français! Humilianteréflexion! qui, au reste, ne paraît pas exercerune grande influence sur bon nombre de nos auteurscontemporains, qui, se croyant bien vengés en rendantmépris pour mépris, s’écrient emphatiquement:L’étude de la grammaire dessèche l’esprit! Eh! messieurs,soyez plus francs; dites donc que la paressevous empêche de vous livrer à un travail qui vousparaît d’ailleurs inutile, parce que l’argent des désœuvrés,seul objet de vos frivoles et éphémères travaux,arrive malgré cela dans votre bourse, ou bienIIIconvenez que vous cédez à la honte d’apprendre dansun âge mûr ce que vous eussiez dû savoir à votreentrée dans le monde. De bonne foi, croyez-vousque la grammaire ait desséché l’esprit de La Fontaine,qui se plaisait tant à la discuter, de Boileau, quil’avait étudiée d’une manière si approfondie; deVoltaire, qui s’en est si souvent occupé dans ses ouvrages;de Dumarsais, qui en avait fait l’objet des investigationshabituelles de son esprit, et qui cependantécrivait sur des matières philosophiques avectant de puissance de raisonnement et de chaleurentraînante; de Malherbes, qui nous a laissé des commentairesestimés sur Desportes; de Marmontel, deCondillac, qui ont fait chacun une grammaire, etc.;et, parmi nos contemporains, MM. Ch. Pougens,Raynouard, Ch. Nodier, etc., n’ont-ils donc pasprouvé que l’imagination la plus riche pouvait parfaitements’allier à l’érudition grammaticale. La grammairedessèche l’esprit! Telle a été jusqu’à présentla sotte excuse mise en avant par les écrivains ignoransà qui la critique reprochait leurs solécismes ouleurs barbarismes. Nous venons de prouver combiencette assertion est fausse, et nous pensons qu’on nedoit réellement voir, dans tout littérateur incorrect,qu’un écolier qu’il faut renvoyer sur les bancs del’école qu’il a quittés prématurément. Apprenez, luidirons-nous, la langue universelle que les étrangersétudient avec tant d’ardeur; la langue que lesRacine, les Boileau, les Montesquieu, les Buffon, lesVoltaire, ont approfondie sans en devenir plus secs;apprenez-la en lisant leurs ouvrages, et si, aprèsavoir achevé cette étude, il se trouve que votreesprit, desséché dans cet intervalle, ne vous permettepas d’aller plus loin dans la carrière littéraire,IVrésignez-vous au silence. Ce sera sans doute un malheurpour vous, comme c’en est un pour le propriétairedu champ qu’une première récolte a épuisé.Mais qu’y faire? le public ne manquera pas pour celad’auteurs qui, tout en étudiant leur langue avec toutle soin qu’elle exige, sauront encore après trouverdans leur génie, ou les grandes pensées qui instruisent,ou les récits animés et gracieux qui amusent,et qui, pour être rendus avec correction, n’en serontcertainement pas plus dédaignés par personne.

Ces réflexions, nous les avons faites de bonneheure, et c’est, pénétré de leur importance, quenous nous sommes livré aux études grammaticales,par raison d’abord, ensuite par état, et enfin, nousaurons le courage de l’avouer, par pur amusement.Mais que de peines n’avons-nous pas quelquefoiséprouvées pour résoudre des questions assez importantesqui se présentaient à notre esprit! Que defois, après avoir feuilleté minutieusement un grandnombre d’ouvrages spéciaux, n’avons-nous pas étédouloureusement obligé d’ajourner la solution denos problèmes! Oh! que nous eussions alors acceptéavec reconnaissance un livre qui, consciencieusementfait, concis et peu coûteux, eût abrégé nosétudes et ménagé notre bourse! Mais il n’existaitpas; et c’est en mémoire de notre temps perdu dansdes recherches longues, pénibles et souvent stériles,et dans le but d’en affranchir ceux qui désirent étudierparticulièrement leur langue, que nous noussommes décidé à publier le travail que nous offronsaujourd’hui au public.

Plusieurs ouvrages, se proposant le même but quele nôtre, ont déjà paru à différentes époques; aucunde ces ouvrages, esprit de rivalité à part, ne nous aVsemblé tout-à-fait satisfaisant. Voilà pourquoi nousécrivons. Il n’est pas, bien entendu, question ici duDictionnaire des Difficultés de la langue française,par Laveaux. Peu de livres de grammaire ont méritéet obtenu autant d’estime que celui-là. L’auteur asu, par d’immenses recherches, présenter en un seulfaisceau les remarques les plus judicieuses éparsesdans une foule de traités, dédale obscur où peut seulpénétrer avec fruit le compilateur patient et instruit.Mais l’érudition n’a pas été le seul mérite du laborieuxécrivain que nous venons de citer. Un jugementsain, un esprit délicat, l’ont presque toujoursguidé dans le choix de ses matériaux, et au lieude faire comme la plus grande partie des grammairiens,ou plutôt des grammatistes, selon l’expressionde Dumarsais (Encycl. méth., art. Grammaire), quise sont spécialement occupés de l’orthologie, un recueild’observations que le goût n’a certainement pasdiscutées, Laveaux a fait un travail presque completdans son genre, et surtout un travail consciencieux.Ce n’est donc pas avec la prétention de refaire sonouvrage que nous avons écrit, c’est uniquement poursuppléer à ce qu’il a omis, parce que cela n’entraitpas tout-à-fait dans son plan. Nous voulons en un motfaire le contraire de ce qu’il a fait. Laveaux a dit cequ’on doit dire; nous dirons, nous, ce qu’on ne doitpas dire. Laveaux s’est adressé aux gens déjà instruits,aux gens que le désir d’apprendre ne détourne pasde la lecture ardue d’un long article de grammaireen petit-texte, et à deux colonnes; nous, au contraire,nous écrivons généralement pour les gens peuinstruits (et qu’on ne s’y trompe pas, cette désignationcomprend également des gens de toutes lesclasses de la société), pour ceux qu’une lecture deVIquelques minutes, sur un sujet grammatical, fatigueraitbientôt, qui veulent de l’instruction, maisde l’instruction mâchée, pour ainsi dire, et qui désirent,en consultant le livre qu’ils auront choisi pourguide, pouvoir trouver le mot qu’ils cherchent, orthographiécomme ils ont l’habitude de l’orthographier(ou plutôt de le cacographier), et, de plus,une opinion succinctement émise sur la valeur de cemot.

Nous avons eu, en relevant les fautes de langage,un double écueil à éviter. Signalons-nous une locutionque les gens instruits reconnaissent tous pourvicieuse, comme il a s’agi, il s’est en allé, c’est unesomme conséquente, ces gens s’écrient aussitôt: Maispersonne ne dit cela. Signalons-nous, au contraire,une expression mauvaise, mais usitée généralement,comme demander des excuses, observer à quelqu’un,se rappeler d’une chose, vessicatoire, etc., ces mêmesgens nous disent alors: Mais tout le monde ditcela! Malheureusement les gens peu instruits sontprécisément les plus nombreux; c’est donc à euxque nous avons dû nous adresser. Dans le but deleur être utile, nous ne nous sommes pas arrêté auxobjections que quelques expériences déjà tentéesnous ont fait juger devoir s’élever, et nous avonspoursuivi notre tâche en frondant également et leslocutions, sinon positivement triviales, du moinsvoisines de la trivialité, et celles qui, plus ambitieuses,se sont glissées dans la bonne compagnie,au barreau, à la tribune nationale, et ont même sutrouver la protection de noms littéraires bien connus,malgré le vice dont elles étaient entachées. Et pouvions-nousprocéder autrement? Était-il même possibleque notre livre ne s’adressât pas à tout le monde?VIIComment faire un ouvrage dont le degré de sciencefût à la portée du degré d’instruction de chaque lecteur?Il est certain que, si telle personne le trouvetrop savant pour elle, telle autre ne le trouvera pasassez. Placé dans cette alternative de blâme, nousavons pensé que, puisqu’il nous était absolumentimpossible de l’éviter, nos efforts ne devaient désormaistendre qu’au plus d’utilité générale, et dès lorsnous nous sommes décidé à signaler toutes les locutionsvicieuses usitées par les différentes classesde la société. Toutefois il est un reproche quenous n’avons pas voulu encourir justement, c’estcelui de nous appesantir sur des fautes tellementgrossières, qu’elles ne puissent être faites que pardes personnes absolument privées de toute instruction,et ce n’est effectivement pas pour ces personnes-làque nous avons écrit. Quand nous avonsrelevé ces fautes-là, ce n’a été qu’en courant, pourainsi dire.

Nous affirmons, du reste, que les fautes les plusgraves que nous ayons signalées, ont été faites devantnous, dans le cours de plusieurs années, consacréesaux observations dont nous publions aujourd’hui lerésultat, par des personnes passablement lettrées,ou qui du moins paraissaient l’être.

Nous avons eu lieu de faire à ce sujet une remarquequi ne sera pas, nous le pensons, dépourvued’intérêt pour quelques-uns de nos lecteurs; c’est quepresque toutes les fautes que fait aujourd’hui lapartie la plus ignorante du peuple, et que les compilateursde locutions vicieuses traitent dédaigneusementde barbarismes ou de solécismes, sont toutbonnement des archaïsmes; c’est-à-dire que cettepartie du peuple qui se trouve, pour ainsi dire,VIIIhors la loi grammaticale, a fait subir à la languebeaucoup moins d’altérations que l’autre partie quipossède l’instruction. Le bas langage est en effet pleinde mots qui appartiennent au vieux français, et quinous font rire lorsque nous les entendons prononcer,parce que notre manque de lecture des anciens auteursne nous permet de voir dans ces expressionsque des mutilations ridicules, où, plus instruits,nous retrouverions des débris de notre vieil idiôme.Il arrive par là qu’en croyant rire de la bêtise de nosconcitoyens illettrés, ce qui n’est pas fort généreux,nous ne faisons, le plus souvent, que nous moquerde nos aïeux, ce qui n’est pas trop bienséant.

Nous avons si souvent mis à contribution lesécrits de nos meilleurs philologues

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