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Essais de Montaigne (self-édition); v. III

Essais de Montaigne (self-édition); v. III
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Title: Essais de Montaigne (self-édition); v. III
Release Date: 2019-02-01
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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Au lecteur

Table des Matières


ESSAIS DE MONTAIGNE


Cet ouvrage se compose de quatre volumes, comprenant:

1er VOLUME.—Avertissement, table générale des chapitres,texte et traduction du commencement au chapitre 6 inclus du livre II.

2e VOLUME.—Texte et traduction du chapitre 7 inclus dulivre II au chapitre 35 inclus de ce même livre.

3e VOLUME.—Texte et traduction du chapitre 36 du livre IIjusqu’à la fin.

4e VOLUME *.—Notice sur Montaigne, etc.; sommaire desEssais, variantes, notes, lexique, etc.


ILLUSTRATIONS:

1er vol.—Portrait de l’auteur, armoiries et signature.

2e vol.—Plan du domaine et perspective du manoir de Montaigne.

3e vol.—Vue de la tour de Montaigne et plan des étages.

4e vol.—Fac-similé d’une page du manuscrit de Bordeaux.

Voir sur ces illustrations, la notice insérée à cet effet auquatrième volume, en tête des Notes.


* Ce volume, indépendant des autres, est susceptible par sacontexture d’être aisément utilisé avec n’importe quelle éditiondes Essais ancienne ou moderne, moyennant un simple tableau deconcordance de pagination facile à établir soi-même.

Planche III


ESSAIS

DE

MICHEL  SEIGNEVR

DE   MONTAIGNE


CIↃ  IↃ  XCV


TEXTE ET TRADUCTION

(suite)


10

LIVRE  SECOND. (ORIGINAL)
(Suite.)


CHAPITRE XXXVI.    (TRADUCTION LIV. II, CH. XXXVI.)
Des plus excellens hommes.

SI on me demandoit le choix de tous les hommes qui sont venus
à ma cognoissance, il me semble en trouuer trois excellens au
dessus de tous les autres.   L’vn Homere; non pas qu’Aristote ou
Varro, pour exemple, ne fussent à l’aduenture aussi sçauans que
luy; ny possible encore qu’en son art mesme, Virgile ne luy soit
comparable. Ie le laisse à iuger à ceux, qui les cognoissent tous
deux. Moy qui n’en cognoy que l’vn, puis seulement dire cela,
selon ma portée, que ie ne croy pas que les Muses mesmes allassent
au delà du Romain.
Tale facit carmen docta testudine, quale1
Cynthius impositis temperat articulis.
Toutesfois en ce iugement, encore ne faudroit il pas oublier, que
c’est principalement d’Homere que Virgile tient sa suffisance, que
c’est son guide, et maistre d’escole; et qu’vn seul traict de l’Iliade,
a fourny de corps et de matiere, à cette grande et diuine Eneide.
Ce n’est pas ainsi que ie compte: i’y mesle plusieurs autres circonstances,
qui me rendent ce personnage admirable, quasi au
dessus de l’humaine condition. Et à la verité, ie m’estonne souuent,
que luy qui a produit, et mis en credit au monde plusieurs deitez,
par son auctorité, n’a gaigné reng de Dieu luy mesme. Estant2
aueugle, indigent; estant auant que les sciences fussent redigées
en regle, et obseruations certaines, il les a tant cognues, que tous
ceux qui se sont meslez depuis d’establir des polices, de conduire
guerres, et d’escrire ou de la religion, ou de la philosophie, en
quelque secte que ce soit, ou des arts, se sont seruis de luy, comme
d’vn maistre tres-parfaict en la cognoissance de toutes choses.
12 Et de ses liures, comme d’vne pepiniere de toute espece de suffisance,
Qui quid sit pulchrum, quid turpe, quid vtile, quid non,
Plenius ac melius Chrysippo ac Crantore dicit:
Et comme dit l’autre,
A quo, ceu fonte perenni,
Vatum Pieriis labra rigantur aquis.
Et l’autre,
Adde Heliconiadum comites, quorum vnus Homerus
Astra potitus.
Et l’autre,1
Cuiúsque ex ore profuso
Omnis posteritas latices in carmina duxit,
Amnémque in tenues ausa est deducere riuos,
Vnius fœcunda bonis.
C’est contre l’ordre de Nature, qu’il a faict la plus excellente
production qui puisse estre: car la naissance ordinaire des choses,
elle est imparfaicte: elles s’augmentent, se fortifient par l’accroissance.
L’enfance de la poësie, et de plusieurs autres sciences, il l’a
rendue meure, parfaicte, et accomplie. A cette cause le peut on
nommer le premier et dernier des poëtes, suyuant ce beau tesmoignage2
que l’antiquité nous a laissé de luy, que n’ayant eu nul
qu’il peust imiter auant luy, il n’a eu nul apres luy qui le peust
imiter. Ses parolles, selon Aristote, sont les seules parolles, qui
ayent mouuement et action: ce sont les seuls mots substantiels.
Alexandre le grand ayant rencontré parmy les despouïlles de Darius,
vn riche coffret, ordonna qu’on le luy reseruast pour y loger
son Homere: disant, que c’estoit le meilleur et plus fidelle conseiller
qu’il eust en ses affaires militaires. Pour cette mesme raison
disoit Cleomenes fils d’Anaxandridas, que c’estoit le Poëte des Lacedemoniens,
par ce qu’il estoit tres-bon maistre de la discipline3
guerriere. Cette loüange singuliere et particuliere luy est aussi
demeurée au iugement de Plutarque, que c’est le seul autheur du
monde, qui n’a iamais soulé ne dégousté les hommes, se montrant
aux lecteurs tousiours tout autre, et fleurissant tousiours en nouuelle
grace. Ce folastre d’Alcibiades, ayant demandé à vn, qui
faisoit profession des lettres, vn liure d’Homere, luy donna vn
soufflet, par ce qu’il n’en auoit point: comme qui trouueroit vn de
nos prestres sans breuiaire.   Xenophanes se pleignoit vn iour à
Hieron, tyran de Syracuse, de ce qu’il estoit si pauure, qu’il n’auoit
dequoy nourrir deux seruiteurs: Et quoy, luy respondit-il, Homere4
qui estoit beaucoup plus pauure que toy, en nourrit bien plus de
dix mille, tout mort qu’il est. Que n’estoit ce dire, à Panætius,
quand il nommoit Platon l’Homere des philosophes? Outre cela,
quelle gloire se peut comparer à la sienne? Il n’est rien qui viue en
la bouche des hommes, comme son nom et ses ouurages: rien si
cogneu, et si reçeu que Troye, Helene, et ses guerres, qui ne furent
à l’aduenture iamais. Nos enfans s’appellent encore des noms
qu’il forgea, il y a plus de trois mille ans. Qui ne cognoist Hector,
et Achilles? Non seulement aucunes races particulieres, mais la
14 plus part des nations, cherchent origine en ses inuentions. Mahumet
second de ce nom, Empereur des Turcs, escriuant à nostre
Pape Pie second: Ie m’estonne, dit-il, comment les Italiens se bandent
contre moy, attendu que nous auons nostre origine commune
des Troyens: et que i’ay comme eux interest de venger le
sang d’Hector sur les Grecs, lesquels ils vont fauorisant contre
moy. N’est-ce pas vne noble farce, de laquelle les Roys, les choses
publiques, et les Empereurs, vont ioüant leur personnage tant de
siecles, et à laquelle tout ce grand vniuers sert de theatre? Sept
villes Grecques entrerent en debat du lieu de sa naissance, tant1
son obscurité mesmes luy apporta d’honneur:
Smyrna, Rhodos, Colophon, Salamis, Chios, Argos, Athenæ.
L’autre, Alexandre le grand. Car qui considerera l’aage qu’il
commença ses entreprises: le peu de moyen auec lequel il fit vn si
glorieux dessein: l’authorité qu’il gaigna en cette sienne enfance,
parmy les plus grands et experimentez capitaines du monde, desquels
il estoit suyui: la faueur extraordinaire, dequoy Fortune
embrassa, et fauorisa tant de siens exploits hazardeux, et à peu
que ie ne die temeraires:
Impellens quicquid sibi summa petenti2
Obstaret, gaudénsque viam fecisse ruina:
cette grandeur, d’auoir à l’aage de trente trois ans, passé victorieux
toute la terre habitable, et en vne demie vie auoir atteint tout l’effort
de l’humaine nature: si que vous ne pouuez imaginer sa durée
legitime, et la continuation de son accroissance, en vertu et en fortune,
iusques à vn iuste terme d’aage, que vous n’imaginiez quelque
chose au dessus de l’homme: d’auoir faict naistre de ses soldats
tant de branches Royales: laissant apres sa mort le monde en partage
à quatre successeurs, simples capitaines de son armée, desquels
les descendans ont depuis si long temps duré, maintenans3
cette grande possession: tant d’excellentes vertus qui estoient en
luy, iustice, tempérance, liberalité, foy en ses paroles, amour enuers
les siens, humanité enuers les vaincus: car ses mœurs semblent à
la verité n’auoir aucun iuste reproche: ouy bien aucunes de ses
actions particulieres, rares, et extraordinaires. Mais il est impossible
de conduire si grands mouuemens, auec les regles de la iustice.
Telles gens veulent estre iugez en gros, par la maistresse fin de
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