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Quelques dames du XVIe siècle et leurs peintres

Quelques dames du XVIe siècle et leurs peintres
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Title: Quelques dames du XVIe siècle et leurs peintres
Release Date: 2019-02-03
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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Table des matières

Illustrations

MEMBRES DU COMITÉ

DE LA SOCIÉTÉ DE

PROPAGATION DES LIVRES D’ART

7, RUE CORNEILLE, PARIS.

M. E. Guillaume, Membre de l’Institut,ancien Directeur des Beaux-Arts, Président d’honneur.

MM. Darcel (Alfred) O I, Président.
Rossigneux, Vice-Président.
Fayet, Vice-Président.
Sandoz (Gustave), Trésorier.
Vasnier, Secrétaire du Comité.
Mauban (Georges), Secrétaire adjoint.
Blais Th.).
Champier (Victor).
Corroyer.
Étienne (Lucien).
Falize.
Fourdinois.
Gierckens.
Guiffrey (J.-J.).
Havard (Henri).
Hussenot.
Maciet.
Salin (Patrice) I.
Villeminot.


Hédouin (Edmond), Membre consultant.
Guérillon (Ev.) A Secrétaire de la Société.


QUELQUES DAMES DU XVIe SIÈCLE
ET LEURS PEINTRES

SCEAUX.—IMPRIMERIE CHARAIRE ET FILS

Imp. Phot. Aron Frères, Paris.
ÉLISABETH DUVAL, peintre de crayons, fille de Marc Duval
Crayon de la Bibliothèque Nationale attribué à François Clouet

Title Page

HENRI BOUCHOT.

QUELQUES DAMES
DU XVIe SIÈCLE
ET LEURS PEINTRES

OUVRAGE ILLUSTRÉ DE 16 PLANCHES GRAVÉES EN FAC-SIMILÉ

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PARIS
SOCIÉTÉ DE PROPAGATION DES LIVRES D’ART
7, RUE CORNEILLE, 7
1888


[Pg 1]

QUELQUES DAMES DU XVIe SIÈCLE
ET LEURS PEINTRES.


I.

Comment les dames de Brantôme nous ont laissé leurs portraitures et quelquesdétails sur leurs peintres, leurs modes, leurs goûts et leurs plaisirs.

Imaginez une cour créée de toutes pièces, une société polie de jeunesseigneurs et de belles filles succédant à la maison pleine de sévérité et depruderie de la reine Anne de Bretagne, quelque chose comme une envoléejoyeuse d’amourettes et d’adolescences laissées la bride sur le col, encouragéesmême par le nouveau maître, c’est, à ne rien exagérer, l’abbayede Thélème, la cour du roi François Ier de Valois-Angoulême. Et parmi cestêtes folles, les nouveaux venus des lettres et des arts, poètes diseurs deriens charmants, peintres accourus d’Italie, dessinateurs descendus desFlandres, qui ne chômeront point dans le brouhaha des fêtes; ceux-làoccupés à chanter les déesses du jour sur le rythme doux des odes latines oufrançaises, ceux-ci chargés de les peindre dans leurs allégories décoratives,d’autres désignés pour en conserver les traits dans des esquisses rapides.

Et bientôt l’envie naîtra chez «un chacun» de garder par devers soiles visages charmants dont tout le monde parle; les provinciaux exilés, lesheureux même vivant à la pleine lumière de la cour, tiendront à honneurde former des cahiers où le peintre favori jettera ses croquis. Pastelslégers, périssables, œuvres à peine caressées, surprises à la hâte dans unecérémonie, parfois copiées sur d’autres plus anciennes, embellissant ou[Pg 2]déformant le modèle, tous ces crayons, comme on disait, se répandirentà travers le monde. Ce fut un engouement irrésistible. Les plus délicatsjoignaient à ces figures un peu mornes, un peu trop posées, quelques devisesà la mode du jour redisant les vices ou les vertus du personnage. Unelégende depuis colportée [1]attribue au roi François lui-même la premièreidée de ces facéties. Hélène de Hangest-Genlis, femme du grand maître deBoisy, son précepteur, s’était mise à dessiner, elle aussi, la bonne dame,comme un simple homme de mestier. Elle avait ainsi réuni dans un albumles gens célèbres du temps, depuis la grand’sénéchale, la belle Diane dePoitiers, alors dans tout l’éclat de ses vingt ans, jusqu’à Marguerite deValois, sœur du roi, et plusieurs autres beautés célèbres. Agnès Sorelmême, prise sur quelque travail ancien, apparaissait parmi les autrescomme un motif de comparaison, avec sa calotte emboîtant la tête et songros nez de fille plantureuse. Ému à la vue de la maîtresse royale, aprèss’être longuement extasié sur cette figure d’autrefois, François Ier—quijouait au poète comme Mme de Boisy au peintre,—aurait écrit au bas lequatrain célèbre:

Gentille Agnès plus de los tu mérite
La cause estant de France recouvrer...

Cet album inimitable, ce cahier merveilleux existe encore; on yretrouve la belle Agnès, le quatrain, la grand’sénéchale, tout le monde;il est à la bibliothèque Méjanes d’Aix en Provence. Et parlant de lui,je me prends à regretter mon scepticisme; je déplore de ne point accepterpour authentique la charmante histoire que je viens de conter, tout ennotant pour ce qu’il vaut le très curieux recueil, le plus ancien, le mieuxconservé qui soit. Mais s’il nous était montré d’une façon péremptoireque le roi l’a vu chez Mme de Boisy, qu’il en tourna les feuillets et y écrivitses réflexions sur les dames ou les seigneurs de son temps, il marqueraitpour nous l’origine incontestable des crayons. Nous n’irions pasjusqu’à en donner l’honneur à la dame dont nous parlions; ces jeuxn’étaient ni de son temps, ni de son sexe, mais pourquoi ne les reporterions-nouspas à ce Pierre Foulon, natif d’Anvers, dont les comptes nous[Pg 3]ont gardé la mention, et qui travaillait en 1538, chez le fils de Mme deBoisy[2]? L’hypothèse n’a rien que devraisemblable en soi, elle serait corroboréepar ce fait que Foulon fit tige d’artistes, entra dans la famille desClouet et laissa un fils aussi crayonneur et non moins médiocre que lui-même,dont nous aurons occasion de dire un mot tout à l’instant.

Pourquoi faut-il ne procéder que par peut-être en ces matières? Il semblequ’un immense dédain ait enseveli à jamais le nom de ces hommes;eux-mêmes ne se considéraient guère plus que ne faisaient les maçons oules menuisiers. Le pastel était une des branches de leur industrie; ilsexécutaient la peinture sur panneaux,—sujets ou portraits,—le moulagesur nature après décès, le modelage; rien ne les rebutait; on les voyaitenluminer des livres imprimés, peinturlurer des statues, mettre en couleurdes piliers de cathédrale. De l’exquise finesse au vulgaire brossage,de la table du miniateur à l’échafaudage du plâtrier, ils allaient partoutsans murmure. Jean Fouquet, l’artiste merveilleux et sublime, la gloire del’école française du XVesiècle, coloriait les armoiries nécessaires aux fêtesde la ville de Tours, et dans l’intervalle composait un étourdissant chef-d’œuvrepour les Heures d’Étienne Chevalier, ou l’histoire des Juifs deJosèphe. Cent ans plus tard, rien n’était changé, et au temps où nousvoici, les peintres sont demeurés les gens de métier modestes et tranquillesqu’étaient les vieux. Quand ils s’essayent à décrire dans leurs pastels lesbeautés à la mode, ils font une besogne commandée, une œuvre officielle,et ils quittent la palette pour les crayons, comme ils abandonneront ceux-cipour autre chose encore.

Ces hommes humbles et soumis viennent des Flandres; les Italiens,engoués de leurs formules hiératiques, amenés à grands frais pour composerdes histoires singulières sur les murailles des châteaux, se fussentdifficilement condamnés à la portraiture. Les artistes du Nord au contraire,moins idéalistes, recherchent volontiers la nature. Descendants de VanEyck ou de Memling, ils impriment à la figure humaine la hautaine sévérité,[Pg 4]et le regard abstrait des poses prolongées. Méticuleux à l’excès, ilsfouillent le détail, précisent les joyaux, festonnent les dentelles avec unsoin ingénieux et une délicatesse infinie. C’est le moyen le plus sûr deplaire aux dames, ils le savent, et les moins habiles jouent de ce procédéà défaut d’autre chose. Peu à peu leur manière spéciale s’affinera au contactdes élégances françaises; ils seront moins durs, moins précis; les carnationsflamandes d’abord imposées par eux à leurs modèles laisseront la placeaux fraîcheurs moins excessives de nos contrées. Au bout de vingt ansde séjour ils auront oublié les leçons de leurs maîtres du Nord et serontdevenus eux-mêmes; Jean Clouet à Paris et à Tours, Corneille de la Hayeà Lyon, pour ne nommer qu’eux, créeront un genre, je n’ose dire uneécole, où leur génie trouvera des inspirations splendides. Mais ils nesavent que le portrait, l’imagination leur fait défaut pour les inventionscompliquées. Autant ils analyseront une physionomie dans ses plus infimesrecoins, mieux ils sauront dire le regard, le sourire, moins ils chercherontà paraphraser sur les conventions hiératiques des Italiens. Quibénéficia de ces moyens particuliers? Ce furent les belles et nobles femmesdes cours royales, les plus honnêtes suivant le mot, c’est-à-dire celles-làdont la chronique avait le plus à dire, les reines ou les maîtresses, femmesou damoiselles. Elles sont venues jusqu’à nous parfois bien désillusionnantes,conservées par ces gens qui ne comptaient pas pour elles, et quileur ont donné la seconde vie humaine, celle de la postérité.

«Il suffist que ce soit un créon pour avoir plus tost fait», disaitCatherine de Médicis. C’est cette presse qui amena l’emploi des pastels,et fit peu à peu tomber la peinture. Les femmes de cour trouvaient-ellesjamais l’heure de poser devant un peintre? A peine levées elles saluent lareine, s’occupent de leur office, assistent à l’habillement; elles dînent,vont à la promenade, soupent, changent dix fois de toilette, courent sanscesse, babillent sans relâche. Le temps de demeurer immobile ne se rencontrejamais. Si l’artiste est chargé par un amoureux de dessiner sadame au passage, il est posté dans un couloir, arrêté sur un escalier,caché derrière une tapisserie; il surprend plus qu’il ne prend. Quand ilest connu on lui accorde quelques instants, il doit saisir l’occasion sans yfaillir en rien; la moindre faute vue et revue par cent yeux indiscrets et[Pg 5]gouailleurs, commentée et augmentée par des bouches malignes, serait lesignal de sa perte. Pour peu que la qualité de ces esquisses dénote «lapeinture d’après le vif», c’est-à-dire sur nature, elles nous donnent touteconfiance. Si la ressemblance leur eût manqué, les remarques écriteseussent tombé dru comme grêle: Mieux contournée que paincte; Plusbelle à voir s’elle estoit céans; Belle face et meschant créon, et autrespointes, signal définitif de la déchéance du malheureux crayonneur.

Mais l’engouement ne s’en tint point à ces œuvres modestes et faciles,la mode élargit le cercle. Les cahiers de crayons, d’abord destinés à lacuriosité, servirent à composer des travaux durables; ils devinrent plussimplement des recueils où les émailleurs, les miniaturistes ou les graveurspouvaient trouver sans peine les éléments d’une commande officielle.Quand la reine Catherine de Médicis ordonne à son orfèvre de luipréparer une série de médaillons pour la duchesse de Savoie, sa belle-sœur,elle ne prend aucun soin de fournir à l’artiste les portraitsdemandés[3].Celui-ci consultera ses albums anciens, il y découvrira que bien quemal les ressemblances du roi François, de Henri II, de la reine Claude.Et ce sont ces besognes de pratique, ces misérables copies de copies, cesassemblages bizarres de gens, de temps et de costumes divers, que nousretrouvons en grand nombre aujourd’hui à la Bibliothèque nationale, auLouvre, chez les particuliers. L’art n’a que faire de ces figures, mais l’histoireou la chronique trouvent parfois leur compte au milieu de ce fatras.

Par contre les peintres arrivés, les maîtres du genre, François Clouetpour ne parler que de lui, composèrent eux aussi des albums de crayons,des études sur nature destinées à des esquisses peintes, à des panneauxdéfinitifs; mais ils ne les répandaient pas. C’étaient leurs archives, et àce titre ils les gardaient chez eux pour pouvoir les reprendre en tempsopportun. Peut-être la Bibliothèque conserve-t-elle aujourd’hui un deces albums inimitables, celui auquel nous empruntons la plus grandepartie de nos dessins, et que nous cherchions à identifier autrefois pardes rapprochements et des comparaisons[4].Une chose paraît acquise,[Pg 6]c’est que ce livre passa aux mains de Benjamin Foulon, neveu deFrançois Clouet, qui l’annota et mit sur les pages restées blanches desesquisses de sa façon singulièrement différentes des autres. Entre lesbelles dames choisies parmi les duchesses et les reines, François Clouetnous a gardé la physionomie enjouée d’une rivale modeste, cette ÉlisabethDuval que des mentions partout éparpillées nous signalent commeun crayonneur célèbre.

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