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Troïlus et Cressida

Troïlus et Cressida
Title: Troïlus et Cressida
Release Date: 2006-05-04
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Note du transcripteur.

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Ce document est tir de:

OEUVRES COMPLTES DE

SHAKSPEARE

TRADUCTION DE

M. GUIZOT

NOUVELLE DITION ENTIREMENT REVUE

AVEC UNE TUDE SUR SHAKSPEARE

DES NOTICES SUR CHAQUE PICE ET DES NOTES

Volume 4

Mesure pour mesure.—Othello.—Comme il vous plaira.

Le conte d'hiver.—Trolus et Cressida.

PARIS

A LA LIBRAIRIE ACADMIQUE

DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-DITEURS

35, QUAI DES AUGUSTINS

1863

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TROLUS ET CRESSIDA

TRAGDIE


NOTICE
SUR
TROLUS ET CRESSIDA

Si, dans Trolus et Cressida, le pote traite un peu lestement leshros de l'Iliade, si ces grands noms lui ont si peu impos qu'ilest douteux que cette composition dramatique ne soit pas une parodie,ne croyons pas que Shakspeare ait blasphm contre la divinitd'Homre; rappelons-nous que nos anciens romanciers avaient faitdes demi-dieux et des hros de l'antiquit de vritables chevalierserrants, et qu'Hercule, Thse, Jason, Achille, conservaient, pendantdix gros volumes, les mmes moeurs que les Lancelot, les Roland,les Olivier, et d'autres paladins chrtiens.

C'est Chaucer que Shakspeare nous semble en grande partie redevablede l'ide de Trolus et Cressida; mais les grands traits aveclesquels il dessine les caractres de ses autres hros, Hector, Achille,Ajax, Diomde, Agamemnon, Nestor, le lche et satirique Thersite,l'amiti d'Achille et de Patrocle, l'loquence d'Ulysse, que la Minerved'Homre n'et pas si bien inspir; enfin, quelques traits historiquesqu'on ne trouve ni dans Chaucer, ni dans Caxton, ni dans aucun desromanciers du moyen ge, font conjecturer que Shakspeare auraitbien pu connatre par la traduction quelques livres de l'Iliade.

Quoi qu'il en soit, jamais Shakspeare ne s'est moins occup del'effet thtral que dans cette pice. Nous passons en revue avec luitous ces hros, que nos souvenirs classiques nous rendent sacrs,sans pouvoir rsister la tentation de les trouver parfois ridicules, etcependant naturels.

Hector, qui parat d'abord digne de concentrer sur lui tout l'intrt,parce qu'il est reprsent comme le plus aimable, nous surprendtout coup en refusant de se battre avec Ajax, parce qu'il est soncousin. On ne pardonnerait point Shakspeare cette excuse, s'il nefaisait en quelque sorte rparation d'honneur ce hros en le faisantprir d'une mort sublime.

Ajax est un des caractres les plus originaux de la pice, et s'accordeassez bien avec celui de l'Iliade. Il forme avec Achille uncontraste habilement mnag. On trouverait encore de nos jours faire l'application de son portrait tel que l'esquisse Alexandre.

Achille est bien aussi l'Achille de l'Iliade; mais il se dshonoreen excitant les bouffonneries de Patrocle et la mchancet de Thersite;et il y a quelque chose de rvoltant dans la froide frocit aveclaquelle il gorge Hector.

Le vieux roi de Pylos ne parat que pour nous montrer sa barbeblanche et recevoir les compliments d'Ulysse. Celui-ci possde luiseul l'loquence et la raison de la pice; mais il faut bien que sesdiscours soient sublimes, car il ne fait que des discours. Les autreshros de Troie et du camp des Grecs jouent un rle encore moinsimportant, et pour la prise de Troie, et pour l'intrigue des deux amants.

Trolus lui-mme a pour caractre de n'en point avoir. Sa patiencenous fait sourire; on a peine croire ses emportements qui, dureste, comme l'observe Schlegel, ne font mal personne. Mais lescaractres de Cressida et de Pandarus sont frappants de vrit et d'originalit;le nom de celui-ci est devenu dans la langue anglaise unmot honnte pour exprimer un mtier qui ne l'est gure, et qui n'apoint d'quivalent dans la ntre; car le Bonneau de la Pucelle deVoltaire n'est pas encore proverbial parmi nous.

Cressida nous amuse par son tourderie; elle devient amoureusede Trolus par dsoeuvrement, et le quitte par pure lgret. Sapassion pour Diomde n'est pas plus srieuse que la premire; untroisime galant n'aurait qu' s'offrir pour le supplanter aussi facilementque l'a t Trolus.

On peut lui appliquer le vers de lord Byron:

Thou art not false, but thou art fickle.

Tu n'es point perfide, tu n'es que lgre.

Si cette pice n'est pas une des plus morales et des plus fortementconues de Shakspeare, elle n'est pas une des moins amusantes et desmoins instructives. Naturellement, Shakspeare ne se passionne pouraucun de ses personnages; nulle part, peut-tre, il n'est entirementsrieux ou entirement comique; mais c'est ici surtout qu'ils'est fait un jeu du caprice de ses ides, et qu'il semble avoir vouludonner un double sens sa composition.

Johnson observe que le style de Shakspeare, dans Trolus et Cressida,est plus correct que dans la plupart de ses pices; on doit yremarquer aussi une foule d'observations politiques et morales, cachetd'un gnie suprieur.

Dryden a refait cette tragdie avec des changements. Il a donn aufond une nouvelle forme; il a omis quelques personnages, et ajoutAndromaque: en gnral, il y a plus d'ordre et de liaison dans sesscnes, et quelques-unes sont neuves et du plus bel effet.

Selon Malone, Shakspeare aurait compos Trolus et Cressida en16021.

Note 1: (retour)

Trolus and Cressida, or Truth found too late (ou la Vrit connue trop tard). London, 1679.

PERSONNAGES

PRIAM, roi de Troie.

HECTOR,      )

TROLUS,      )

PARIS,           ) ses fils.

DIPHOBE,  )

HLNUS,    )

NE,          )

ANTNOR,  ) chefs troyens.

PANDARE, oncle de Cressida.

CALCHAS, prtre troyen du parti des Grecs.

MARGARLON, fils naturel de Priam.

AGAMEMNON, gnral des Grecs.

MNLAS, son frre.

ACHILLE,      )

AJAX,            )

ULYSSE,       ) chefs des Grecs.

NESTOR,      )

DIOMDE,    )

PATROCLE, )

THERSITE, Grec difforme et lche.

ALEXANDRE, serviteur de Cressida.

UN SERVITEUR DE TROLUS.

UN SERVITEUR DE PARIS.

UN SERVITEUR DE DIOMDE.

HLNE, femme de Mnlas.

ANDROMAQUE, femme d'Hector.

CASSANDRE, fille de Priam, proph.

CRESSIDA, fille de Calchas.—SOLDATS GRECS ET TROYENS, etc.

La scne est tantt dans Troie, et tantt dans le camp desGrecs.



PROLOGUE.

Troie est le lieu de la scne. Des les de la Grce, unefoule de princes enflamms d'orgueil et de courroux ontenvoy au port d'Athnes leurs vaisseaux chargs de combattantset des apprts d'une guerre cruelle. Soixante-neufchefs, rois couronns d'autant de petits empires,sont sortis de la baie athnienne et ont vogu vers laPhrygie, tous lis par le voeu solennel de saccager Troie.Dans ses fortes murailles, Hlne, l'pouse du roi Mnlas,dort en paix dans les bras de son ravisseur Pris;et voil la cause de cette grande querelle. Les Grecsabordent Tndos, et l leurs vaisseaux vomissent deleurs larges flancs sur le rivage tout l'appareil de laguerre. Dj les Grecs, pleins d'ardeur et fiers de leursforces encore entires, plantent leurs tentes guerriressur les plaines de Dardanie. Les six portes de la cit dePriam, la porte Dardanienne, la Thymbrienne, l'Ilias,la Chtas, la Troyenne et l'Antnoride, avec leurs lourdsverroux et leurs barres de fer, enferment et dfendentles enfants de Troie.—Maintenant l'attente agite lesesprits inquiets dans l'un et l'autre parti; Grecs etTroyens sont disposs livrer tout aux hasards de la fortune:—Etmoi je viens ici comme un Prologue arm;—maisnon pas pour vous faire un dfi dans la confianceque m'inspire la plume de l'auteur, ou le jeu des acteurs,mais simplement pour offrir le costume assortiau sujet, et pour vous dire, spectateurs bnvoles, quenotre pice, franchissant tout l'espace antrieur et lespremiers germes de cette querelle, court se placer aumilieu mme des vnements, pour se replier ensuitesur tout ce qui peut entrer et s'arranger dans un plan.Approuvez ou blmez, faites votre gr; maintenant,bonne ou mauvaise fortune, c'est la chance de la guerre.



ACTE PREMIER


SCNE I

La scne est devant le palais de Priam.

Entrent TROLUS arm et PANDARE.


TROLUS.—Appelez mon varlet2; je veux me dsarmer.Eh! pourquoi ferais-je la guerre hors des murs de Troie,lorsque j'ai soutenir de si cruels combats ici dans monsein? Que le Troyen qui est matre de son coeur aille auchamp de bataille: le coeur de Trolus, hlas! n'est plus lui.

Note 2: (retour)

Ci-gt Hakin et son varlet
Tout darm et tout dfaict
Avec son espe et sa loche.

PANDARE.—N'y a-t-il point de remde toutes cesplaintes?

TROLUS.—Les Grecs sont forts, habiles autant queforts, fiers autant qu'habiles, et vaillants autant quefiers. Mais moi, je suis plus faible que les pleurs d'unefemme, plus paisible que le sommeil, plus crdule quel'ignorance. Je suis moins brave qu'une jeune fille pendantla nuit, et plus novice que l'enfance sans exprience.

PANDARE.—Allons! je vous en ai assez dit l-dessus:quant moi, je ne m'en mlerai plus. Celui qui veutfaire un gteau du froment doit attendre la mouture.

TROLUS.—Ne l'ai-je pas attendu?

PANDARE.—Oui, la mouture; mais il faut attendre leblutage.

TROLUS.—N'ai-je pas attendu?

PANDARE.—Oui, le blutage: mais il vous faut attendrela levure.

TROLUS.—Je l'ai attendue aussi.

PANDARE.—Oui, la levure: mais ce n'est pas tout, ilfaut encore ptrir, faire le gteau, chauffer le four,cuire; et il faut bien attendre encore que le gteau serefroidisse, ou vous risquez de vous brler les lvres.

TROLUS.—La patience elle-mme, toute desse qu'elleest, supporte la souffrance moins paisiblement que moi.Je m'assieds la table royale de Priam, et lorsque labelle Cressida vient s'offrir ma pense,—que dis-je,tratre, quand elle vient?—Quand en est-elle jamaisabsente?

PANDARE.—Eh bien! elle tait plus belle hier au soirque je ne l'ai jamais vue, ni elle ni aucune autre femme.

TROLUS.—J'en tais vous dire...—Quand mon coeur,comme ouvert par un violent soupir, tait prt sefendre en deux; dans la crainte qu'Hector, ou mon pre,ne me surprissent, j'ai enseveli ce soupir dans le plid'un sourire, comme le soleil lorsqu'il claire un orage:mais le chagrin, que voile une gaiet apparente, estcomme une joie que le destin change en une tristessesoudaine.

PANDARE.—Si ses cheveux n'taient pas d'une nuanceplus fonce que ceux d'Hlne, allons, il n'y aurait pasplus de comparaison faire entre ces deux femmes...mais, quant moi, elle est ma parente: je ne voudraispas, comme on dit, trop la vanter.—Mais je voudraisque quelqu'un l'et entendue parler hier, comme je l'aientendue, moi... Je ne veux pas dprcier l'esprit devotre soeur Cassandre.—Mais...

TROLUS.—O Pandare, je vous le dclare... Pandare,quand je vous dis que l sont ensevelies toutes mesesprances, ne me rpliquez pas, pour me dire combiende brasses de profondeur elles sont plonges. Je vous disque je suis fou d'amour pour Cressida; vous me rpondezqu'elle est belle, vous versez dans la plaie ouvertede mon coeur tout le charme de ses yeux, de sa chevelure,de ses joues, de son port, de sa voix. Vous parlez desa main! auprs de laquelle toutes les blancheurs sontde l'encre qui trahit elle-mme sa noirceur; auprs de ladouceur de son toucher, le duvet du cygne mme estrude, et la sensation la plus exquise est grossirecomme la main du laboureur.—Voil ce que vous medites. Et tout ce que vous me dites est la vrit, commelorsque je dis que je l'aime.—Mais en me parlant ainsi,au lieu de baume et d'huile, vous plongez dans chaqueblessure que m'a faite l'amour le couteau qui les aouvertes.

PANDARE.—Je ne dis que la vrit.

TROLUS.—Vous n'en dites pas encore assez.

PANDARE.—Ma foi, je ne veux plus m'en mler: qu'ellesoit ce qu'elle voudra; si elle est belle, tant mieux pourelle; si elle ne l'est pas, elle a le remde dans ses propresmains.

TROLUS.—Bon Pandare! eh bien! Pandare?

PANDARE.—J'en suis pour mes peines: je suis mal vud'elle et mal vu de vous: je me suis ml de ngocierentre vous deux, mais on me sait fort peu gr de messoins.

TROLUS.—Quoi! seriez-vous fch, Pandare? Le seriez-vouscontre moi?

PANDARE.—Parce qu'elle est ma parente, elle n'est pasaussi belle qu'Hlne. Si elle n'tait pas ma parente, elleserait aussi belle le vendredi qu'Hlne le dimanche.Mais qu'est-ce que cela me fait moi? Ft-elle noirecomme un ngre, peu importe: cela m'est bien gal.

TROLUS.—Est-ce que je dis qu'elle n'est pas belle?

PANDARE.—Peu importe que vous le disiez ou quevous ne le disiez pas; c'est une sotte de rester ici sansson pre, qu'elle aille trouver les Grecs; et je le lui dirai,la premire fois que je la verrai; pour ce qui est de moi,c'est fini, je ne m'en mlerai plus.

TROLUS.—Pandare...

PANDARE.—Non, jamais.

TROLUS.—Mon cher Pandare...

PANDARE.—Je vous en prie, ne m'en parlez plus, jeveux tout laisser l, comme je l'ai trouv; et tout est fini.

(Pandare sort.)

(Bruit de guerre.)

TROLUS.—Silence, odieuses clameurs! silence, rudessons! insenss des deux partis! Il faut bien qu'Hlnesoit belle, puisque vous la fardez tous les jours de votresang. Moi, je ne puis combattre pour un pareil sujet: ilest trop chtif pour mon pe. Mais Pandare... O dieux,comme vous me tourmentez! Je ne puis arriver Cressidaque par Pandare; et il est aussi difficile de l'engager lui faire la cour pour moi, qu'elle est obstine dans savertu contre toute sollicitation. Au nom

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