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La fille du pirate

La fille du pirate
Category: Fiction
Title: La fille du pirate
Release Date: 2006-05-16
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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The Project Gutenberg EBook of La fille du pirate, by Émile Chevalier

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Title: La fille du pirate

Author: Émile Chevalier

Release Date: May 16, 2006 [EBook #18403]

Language: French

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA FILLE DU PIRATE ***

Produced by Rénald Lévesque

LA FILLE DU PIRATE

ÉMILE CHEVALIER

PARIS CALMANN-LÉVY, ÉDITEURS 3, RUE AUBER, 3

A MA MÈRE

PROLOGUE

EN MER

I

—Range à carguer la grand'voile!

A peine ce commandement fut-il transmis par le porte-voix du capitaineet répété par le sifflet du maître de manoeuvres, que cinq matelotss'élancèrent sur les échelles de corde. Mais au même moment, une rafaleépouvantable enveloppa le brick comme dans une trombe, et deux foissuccessives le courba tribord à bâbord, au point que les vaguesbondirent par-dessus ses lisses.

—Amenez les huniers sur le pont! cria le capitaine François d'une voixde stentor.

L'ordre se perdit dans le fracas de la tempête, et il n'était pasarticulé qu'une seconde colonne d'air fondit sur le navire avec larapidité de la foudre, brisa le perroquet du grand mât, les cacatois dumât de misaine et emporta les toiles qui restaient dehors.

Un mousse, cramponné à l'extrémité d'une vergue, où il s'efforçait defixer la voile avec les rabans de ferlage, fut enlevé par le tourbillonet tomba à la mer.

Cet accident passa inaperçu au milieu de l'anxiété générale.

Le vaisseau penchait affreusement sur le côté et menaçait des'engloutir.

—A la barre! tonna le porte-voix.

Le chef de timonerie y était déjà.

—Elle ne gouverne plus, capitaine! s'écria-t-il sourdement.

—Bas le grand mât!

Cinq minutes après, l'arbre, sapé à sa base, s'abattait avec un horriblecraquement.

Déjà, le brick se relevait, lorsqu'un autre coup de vent faillit lesubmerger de nouveau.

La position était désespérée. Il n'y avait plus à hésiter. Le commandantle comprit. Assis à son banc de quart, il avait surveillé avec unsang-froid merveilleux les progrès de l'ouragan, et quand il vit qu'ilne lui restait qu'un moyen de sauver son vaisseau, il n'hésita pas àl'employer.

—Rasez tout! s'écria-t-il.

Puis, le bruit cadencé des haches frappant à coups redoublés le pied desdeux derniers mâts se joignit aux mugissements des éléments en furie, etbientôt le navire flotta au gré des flots.

Cependant la tempête se calma peu à peu: on renaissait à l'espérance,lorsque, tout à coup, un calier parut sur le pont.

—Nous faisons eau! dit-il au capitaine qui se tenait sur le gaillardd'arrière, debout, immobile, les bras croisés sur la poitrine.

—Gréez les pompes! ordonna l'autre, sans qu'un muscle de sa facebougeât.—Où est la voie? demanda-t-il ensuite au calier.

—Dans la soute aux biscuits. Trois pieds de bordage en dérive.

—Tout le monde aux pompes!

Chacun s'empressa d'obéir; et au bout d'une heure les pompescommencèrent à franchir. Alors les calfats descendirent dans la cale etparvinrent à réparer les principales avaries.

Mais la nuit était arrivée, et il fallut remettre au lendemain le soinde s'orienter.

II

Le brick qui venait, grâce à l'habileté de son capitaine, d'échapper àcette épouvantable tourmente, s'appelait l'Alcyon. Parti de Marseilleavec un chargement de vins pour la Louisiane, il avait été chassé desa route par des vents contraires et poussé sur les côtes de laNouvelle-Écosse.

Il portait une vingtaine de passagers seulement à son bord.

L'un de ces passagers, jeune homme de vingt-cinq à vingt-huit ans, étaitfils de l'armateur à qui appartenait l'Alcyon. Son père l'envoyaità la Nouvelle-Orléans pour y établir un comptoir. C'était le dernierenfant de quatre qu'avait eus l'armateur. Deux étaient morts à la fleurde l'âge, un autre, l'aîné, avait disparu dans son adolescence, etjamais depuis on n'en avait eu de nouvelles. On supposait généralementqu'il s'était noyé.

III

Pendant la tempête, Charles, sur l'ordre du capitaine, était resté dansla grande cabine; mais quand le danger eut cessé, il monta sur le pontoù il demeura le reste de la nuit en conférence avec les officiers.

Le lendemain matin, une voile parut à l'horizon. Cette vue ranima lecourage défaillant des malheureux naufragés.

Aussitôt on cessa de travailler à un radeau,—dont on avait entrepris laconstruction avec des espars et des vergues de rechanges,—pour établirdes signaux.

Ils ne furent que trop bien distingués.

Une heure s'était à peine écoulée quand un navire silla dans les eaux del'Alcyon.

C'était une longue corvette, noire comme de l'encre, couronnée d'unebande rouge sanglant.

Nul pavillon ne flottait à sa drisse. Mais des flammes noires ornaientses cacatois.

Le capitaine de l'Alcyon, qui cherchait à reconnaître la corvette, àl'aide de sa longue-vue, fronça soudain les sourcils et frappa du pied.

—Qu'y a-t-il donc, monsieur? demanda Charles attribuant ces mouvementsà la mauvaise humeur.

—Rien de bon! rien de bon!—Lieutenant!

Un officier s'approcha.

—Voyez! dit le capitaine en passant la lunette à son second.

Dès que celui-ci eut regardé il pâlit.

—Le Corbeau! murmura-t-il.

—Le Corbeau! répétèrent, en se signant, des matelots qui setrouvaient près du lieutenant.

—Mais qu'est-ce que cela signifie! dit Charles, frappé de la stupeurqui se peignait sur le visage des assistants.

—C'est le Corbeau!

—Mais encore, capitaine…

—Allons, il faut nous préparer à mourir. Avoir traversé le grain pourtomber sous la griffe du Corbeau, mille sabords!

—Mais, persista le fils de l'armateur, expliquez-moi au moins de quoiil s'agit.

—Il s'agit, monsieur, répliqua le vieux marin, de faire vosdispositions testamentaires. Tenez, voici le Corbeau qui croasse;comprenez-vous!

Comme le capitaine prononçait ces mots, un éclair illumina les ondes del'Atlantique, puis une détonation se fit entendre et deux boulets ramésbalayèrent le pont de l'Alcyon.

—C'est un corsaire! s'écria Charles avec impétuosité, il faut nousbattre. Nous avons des armes et des munitions…

Le capitaine haussa les épaules.

—Une embarcation à la mer! ordonna-t-il.

Quand le canot eut été mis à flots, le commandant y descendit,accompagné de quatre vigoureux rameurs.

—Mais qu'est-ce que cela signifie? répétait Charles étonné d'unincident aussi extraordinaire.

—Cela signifie, monsieur, que dans une heure nous servironsprobablement de pâture aux requins, lui répliqua le troisième.

—Pourquoi ne pas nous défendre?

—Se défendre contre le Corbeau! examinez un peu cette mâchoire!

IV

La corvette, poussée par une fraîche brise nord-ouest, nageaitrapidement, toutes voiles déferlées, depuis ses royales jusqu'à ses focset ses bonnettes hautes et basses.

C'était un magnifique navire de guerre cambré, svelte, élancé commeun yacht, portant fièrement son encolure, et plus fièrement encore sestrois flèches qui ployaient comme des baleines sous le fardeau de sestoiles gonflées.

A la proue un immense corbeau, les ailes déployées, semblait prêt àfondre sur sa proie.

Deux caronades, du plus fort calibre, avançaient leurs gueules béantesau-dessus de l'envergure au menaçant volatile, perché immédiatement sousle beaupré.

Les vingt sabords du Corbeau étaient garnis de vingt canons.

La gueule de ces vingt canons avait été peinte en rouge comme la lignede la préceinte.

Sur le pont, au pied des mâts, se tenaient des groupes d'hommes armésjusqu'aux dents.

Tous étaient vêtus de chemises rouges, à large collet rabattu, bordéd'un filet noir, et de pantalons gris de fer, serrés à la taille parune ceinture de cuir, dans laquelle étaient passés des pistolets, unpoignard, et une hache à double tranchant.

Ils avaient la tête et les bras nus.

Au moment où le canot détaché de l'Alcyon approchait du Corbeau, cedernier amenait sa voilure et préparait ses grappins d'abordage.

Le capitaine François héla, et peu après son esquif était hissé par lespalans du Corbeau.

Un homme se promenait seul sur la dunette.

Il avait la physionomie dure, le visage bronzé, les yeux pleins d'un feusombre et une épaisse barbe noire. Sa stature était élevée, ses membresnoués à des attaches souples, nerveuses, ses mouvements brusques,impérieux.

Un chapeau de toile cirée, sans ornement, couvrait son chef, mais saveste en velours brun, ainsi que son pantalon, de même étoffe, étaientgalonnés d'argent.

A son côté pendait un sabre turc, et à la main droite il tenait unporte-voix.

Ce personnage paraissait avoir trente ans environ.

Le capitaine de l'Alcyon marcha bravement à lui.

—Comment s'appelle ta coquille de noix? fit le pirate avec un accentgascon très-prononcé.

—L'Alcyon.

—De quoi se compose la cargaison!

—De vins.

—Et puis?

—Des conserves.

—As-tu des passagers?

—Une vingtaine, pour lesquels je suis venu réclamer votre pitié.

Le forban sourit ironiquement.

—Où allais-tu?

—A la Nouvelle-Orléans. Mais le mauvais temps…

—Et tu venais!

—De Marseille.

—Ah! de Marseille, fit l'autre avec une certaine émotion.

Ensuite, il se tourna, leva un doigt en l'air; et quatre hommes sejetèrent sur le capitaine François, le terrassèrent et lui garottèrentles pieds et les poings. Les rameurs qui l'avaient suivi subirent lemême sort.

V

Déjà le Corbeau accostait l'Alcyon.

Le premier de ces vaisseaux mit en panne et amarra le second à sesflancs.

Les flibustiers se précipitèrent sur leur victime comme des vautourssur un cadavre. Nul parmi les matelots du bâtiment marchand n'osa leuropposer de résistance. La terreur qu'inspirait le nom seul du Corbeauavait glacé d'effroi les plus braves. Tous furent liés et transbordés,ainsi que les passagers, à l'exception du fils de l'armateur.

Charles, maudissant la lâcheté de ces gens, s'était armé d'une paire depistolets, et, adossé au gouvernail, il menaçait de brûler la cervelleà quiconque tenterait de s'emparer de sa personne. D'abord

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