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Histoires incroyables, Tome I

Histoires incroyables, Tome I
Category: Fiction
Title: Histoires incroyables, Tome I
Release Date: 2006-05-18
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Project Gutenberg's Histoires incroyables, Tome I, by Jules Lermina

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Title: Histoires incroyables, Tome I

Author: Jules Lermina

Release Date: May 18, 2006 [EBook #18415]

Language: French

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRES INCROYABLES, TOME I ***

Produced by Carlo Craverso, Mireille Harmelin and theOnline Distributed Proofreaders Europe athttp://dp.rastko.net. This file was produced from imagesgenerously made available by the Bibliothèque nationalede France (BnF/Gallica)

HISTOIRES INCROYABLES

PAR
JULES LERMINA

                        PARIS, L. BOULANGER, ÉDITEUR
                       90, boulevard Montparnasse, 90

COLLECTION LECTURES POUR TOUS AVENTURES ET VOYAGES

                La liste des volumes composant cette collection
                     se trouve à la fin de l'ouvrage.

HISTOIRES INCROYABLES

PAR
JULES LERMINA

TOME PREMIER

PRÉFACE

J'ai toujours beaucoup aimé les histoires fantastiques. L'incroyable estune des formes de la poésie. Le réel, lorsqu'il se déforme parl'hallucination ou le rêve, devient tout aussitôt énorme et plusattirant peut-être que la vérité même. Tels ces visages que certainsmiroirs concaves ou convexes allongent ou dépriment de façons bizarres.Ils nous fascinent. On les regarde avec une fixité un peu hagarde,tandis qu'on laisserait peut-être passer une jolie femme sans l'admirer.

Le fantastique hypnotise. Quand j'étais enfant, j'ai souvent entenduraconter l'histoire de mon grand-oncle Gillet, mort grenadier de lagarde. À Nantes, quand il rentrait chez sa mère, il avait l'habitude deprendre chaque soir un peu de sable et de le jeter, du dehors, contre lavitre pour avertir qu'il arrivait. On courait à la porte du jardin et onouvrait. Cadet (c'était le cadet de la famille) entrait, joyeux. Unsoir, on entend le bruit du gravier contre la vitre. Monarrière-grand'mère se lève joyeuse et dit:

—C'est Cadet!

Cadet était pourtant soldat à l'armée et loin de France. Bah! c'estqu'il revenait! Et la mère court ouvrir la porte. Personne!

—Mon Dieu! dit l'aïeule, il est arrivé malheur à Cadet.

Et elle regarda sa montre.

En effet, à cette heure même, à l'heure crépusculaire, entre chien etloup, le pauvre garçon recevait d'un chasseur tyrolien, caché derrièreune botte de foin, une balle qui le tuait net. C'était le soir deWagram. Il n'y avait pas deux heures que Napoléon l'avait, de sa main,décoré sur le champ de bataille d'une petite croix détachée de sapoitrine. Je l'ai là, cette petite croix. Je la regarde tandis quej'écris. Elle me rappelle cette inoubliable histoire qui a fait tantd'impression sur mon enfance.

Voilà bien pourquoi, sans doute, quand j'ai débuté, mes premiers récitsont été des contes fantastiques. On les retrouverait dans la collectiondu Diogène où nous fantastiquions à qui mieux mieux, le poète Ernestd'Hervilly, le romancier Jules Lermina et moi. Edgar Poë était notredieu et Hoffmann son prophète. Nous étions fous d'histoires folles.C'était le bon temps.

Il n'est point passé, je le vois, ce bon temps-là, puisque JulesLermina, fidèle à nos frissons d'antan, publie ce curieux et poignantrecueil d'Histoires incroyables. Mânes de Nathaniel Hawthorne, et del'auteur de l'Assassinat de la rue Morgue, voilà un Français, trèsfrançais, qui vous a pourtant dérobé le secret du fantastique, cenaturel sublimé! Voilà un Gaulois qui a le sens du cauchemar saxon etdont les inventions font se dresser sur la peau du lecteur ces petitesgranulations spéciales qu'on appelle la chair de poule.

Je les connaissais en partie, ces Histoires entraînantes, et ellesm'avaient hanté plus d'une fois comme la Smarra de Nodier. J'avaismême cru sincèrement qu'elles étaient écrites par un Yankee, lorsqueLermina les signait de son pseudonyme de William Cobb. Mais Lerminaconnaît l'Amérique; il y a vécu, je crois, et il s'est imprégné del'esprit même, subtil et puissant, de Poë. Ses magistrales étudesd'après le maître américain ne sont pourtant ni des copies ni despastiches. Jamais je ne trouvai, au contraire, plus d'invention que dansce livre. Lisez les Fous, la Chambre d'hôtel, la Peur, leTestament. Ou plutôt lisez toutes ces Histoires incroyables. Dans untemps où l'imagination semble proscrite du roman, Lermina a ce donmerveilleux de l'invention. Il plaît, il amuse, il entraîne; ici—commel'hypernaturel même—il fascine.

J'interromps, pour écrire cette préface, un court roman où j'étudie, àun point de vue spécial, les phénomènes de la suggestion. L'hystérie etla névrose m'attirent, et pourtant ce ne sont là que des mots. Ce quiest vrai, c'est la surexcitation ou la dépression cérébrale. Que sepasse-t-il? Que se pense-t-il dans cet appareil déséquilibré? Est-ilimpossible que nous en ayons une notion quelconque? Non. Depuis queMaury a prouvé que le rêve pouvait être mâté, dirigé par la volonté,depuis que Quincey, le mangeur d'opium, que Poë ont analysé lessensations du narcotisé et de l'alcoolique, il a été prouvé que pourl'observateur, assez maître de soi pour se regarder penser, il y a unemine profonde et toujours féconde à explorer. Dans la pensée, comme dansla musique, on découvre des tons, des demi-tons, des quarts de ton, descommas pour employer le terme technique. Ce sont ces infiniment petitsde la conception cérébrale qu'il est intéressant de noter. C'est là levrai fantastique, parce que c'est l'inexploré; parce que, sur ceterrain, les surprises, les antithèses, les absurdités sont multiples etrenaissantes.

C'est cette étude de la pensée malade que Jules Lermina a essayée, dansune singulière abstraction de son propre moi, qui est une force. Letemps de la synthèse, mère du romantisme, est passé. Le temps del'analyse est venu. Corpuscules, microbes, monères d'Haeckel,inconscient d'Hartmann, tout aujourd'hui est regardé de près. C'estl'âge du microscope. On étudie les matériaux du grand monument humainpour en reconstruire l'architecture première. Dans le fou, dansl'alcoolique, il y a disjonction des pensées: d'où une certaine facilitépour les soumettre à l'action du microscope.

Quelle différence entre ces expériences sur le vivant, sur le pensant,et les imaginations purement physiques d'Hoffmann, ne comprenant d'autreantithèse que celle de la vie et de la mort, de la matière et de sonreflet, du crime et du remords; d'Achim d'Arnim, se perdant à traversles grisailles du rêve effacé, presque invisible,—illisible,pourrait-on dire; voire même d'un Hawthorne, s'attachant aux contrastesde neige et de soleil, de poison et d'antidote, de métal et de papier.Edgar Poë, le premier, a étudié, non plus les dehors, mais le dedansde l'homme. Son «Démon de la perversité» est une trouvaille cérébrale,adéquate à un rapport de médecin légiste. C'est le psychopathe avant lapsychopathie.

Jules Lermina est de cette école. Il trépane le crâne et regarde agir lecerveau; et il y voit des spectacles mille fois plus étranges que lesfantômes ridicules, blancs dans le noir, mille fois plus effrayants queles goules pâles ou les vampires verdâtres du bon Nodier.

Les livres sans mérite ont seuls besoin de préface. Je croirais manquerde respect au public, qui connaît ceux qu'il aime, et de justice enversun vieux camarade en présentant un littérateur qui s'est, depuis tantd'années, si brillamment présenté lui-même. Mais peut-être Jules Lerminaveut-il que je dise qu'en ce volume particulier il a mis plus delui-même encore, des recherches plus profondes, une acuité plus affinée.Je conçois cela. On a toujours un livre qu'on préfère, un favori dansune oeuvre multiple. Les Histoires incroyables sont peut-être ce«préféré» pour leur remarquable auteur.

Le conteur a trouvé, pour l'illustrer, un artiste aux visionsoriginales, puissamment saisissantes, pleines, elles aussi, de cefantastique réel qui fait le prix des récits de ce très original ettroublant volume. On prendrait plus d'une composition de M. Denisse pourune des étranges vignettes, pleines d'humour tragique, intercalées parCruikshank dans la traduction de Hugo, Han of Island.

Quoi qu'il en soit, on placera certainement ces pages au meilleur rangde la bibliothèque des conteurs, entre les visions romantiquesd'Hoffmann et les conceptions poétiquement scientifiques d'Edgar AllanPoë; et l'auteur, qu'on va fort applaudir, a découvert un joli coind'Amérique, plein de fleurs rares et étranges, inquiétantes comme cesfleurs empoisonnées du conte d'Hawthorne, le jour où il a soufflé, toutbas, à William Cobb les histoires troublantes et remarquables que ceWilliam Cobb contait si bien et que recueille aujourd'hui, pour nous,Jules Lermina.

JULES CLARETIE.

15 mars 1885.

HISTOIRES INCROYABLES

LES FOUS

I

Pourquoi six heures? Non pas six heures moins cinq minutes ni six heurescinq, mais bien six heures juste. Cela me préoccupait plus que je nevoulais me l'avouer, et cependant je ne m'étais pas trompé. Tenez, hierencore, j'étais allé chez lui, pour mon procès.

Car il est temps que je vous dise de quoi je veux parler ou plutôt dequi.

Lui, c'est Me Golding, mon sollicitor, un homme de sens et de talent,plus rusé que tous les attorneys des États-Unis, et qui sait vousretourner un juge comme un gant de feutre, ou lui ouvrir l'esprit àpoint, comme le plus graissé des bowie-knives.

Je suis un homme comme vous, ami lecteur, mais peut-être ai-je en moitelle disposition qui chez vous n'existe qu'à l'état latent.

J'ai remarqué que chez tout individu appartenant à la race humaine,réside en un point spécial et sans qu'il s'en rende compte lui-même, unefaculté, comme une sorte de sens, doué d'un superacuité remarquable.Chez les uns, j'ai vu que c'était le désir de l'or, ou plutôt le flairdes affaires; chez les autres, c'était la divination intuitive de lafragilité d'une femme. Les uns se disaient, en entendant un bavard: là,il y a une bonne affaire

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