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Histoires incroyables, Tome II

Histoires incroyables, Tome II
Category: Fiction
Title: Histoires incroyables, Tome II
Release Date: 2006-05-18
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 25 March 2019
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Project Gutenberg's Histoires incroyables, Tome II, by Jules Lermina

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Title: Histoires incroyables, Tome II

Author: Jules Lermina

Release Date: May 18, 2006 [EBook #18416]

Language: French

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRES INCROYABLES, TOME II ***

Produced by Carlo Craverso, Mireille Harmelin and theOnline Distributed Proofreaders Europe athttp://dp.rastko.net. This file was produced from imagesgenerously made available by the Bibliothèque nationalede France (BnF/Gallica)

HISTOIRES INCROYABLES

PAR
JULES LERMINA

TOME DEUXIÈME

                        PARIS, L. BOULANGER, ÉDITEUR
                       90, boulevard Montparnasse, 90

                                COLLECTION
                            LECTURES POUR TOUS
                           AVENTURES ET VOYAGES
                La liste des volumes composant cette collection
                     se trouve à la fin de l'ouvrage.

LA CHAMBRE D'HÔTEL

I

J'ai toujours eu, je ne sais pourquoi, une tendance à m'intéresser auxprocès de cours d'assises. Je ne suis certes pas seul à nourrir cettecuriosité, et je ne prétends point non plus par là justifierl'étrangeté—d'autres disent l'inconvenance—de ce goût exagéré. Je leconstate, et rien de plus. Pas un procès de quelque importance ne seplaide sans que je sois immédiatement à l'affût des moindres détails,des plus insignifiantes particularités. Dès que l'affaire est entamée,je me forme une opinion, je discute l'accusation, j'établis lesplaidoiries, je devance le verdict, et ce m'est une réelle satisfactiond'amour-propre lorsque je ne me suis pas trompé.

—Voici une affaire, disais-je ce soir-là à mon ami Maurice Parent, quine donnera pas grand'peine à messieurs de la cour…

—De quoi s'agit-il?

—Écoute le récit sommaire. Un étudiant, nommé Beaujon, a assassiné, parjalousie, un de ses camarades d'étude, Defodon. La justice a retrouvétous les fils de l'affaire; c'était mieux que jamais le cas de dire: «Oùest la femme?» Et il n'a pas été difficile de la découvrir.

Je jetai à mon ami le journal que je tenais à la main, en ajoutant:

—Procès banal!

Maurice regarda ces quelques lignes, concernant l'affaire; puis,repliant le journal:

—Ainsi, me dit-il, pour toi, ces renseignements, donnés peut-être à lalégère, te suffisent, et ton opinion est faite?…

—Puisque le doute n'est pas possible! Je ne m'en préoccupe d'ailleurspas. C'est là un de ces accidents de trop peu d'importance pour qu'ilss'imposent à mon attention.

Maurice réfléchit un moment:

—Voilà, reprit-il, une des plus singulières dispositions de l'esprithumain. Dès qu'un événement se produit, un point frappe, commandeaussitôt l'attention, et de ce point, souvent secondaire en réalité, onfait le pivot de toute une argumentation. Il suffit qu'un souverain aitune fois laissé échapper un mot de bienveillance, pour que le surnom dejuste ou de généreux s'attache à son nom: c'est ainsi qu'Henri IV estdevenu le père du peuple de par la poule au pot. Et de même en touteschoses. Cette observation s'applique tout particulièrement aux procèscriminels. Sur une circonstance qui ne présente le plus souvent aucunintérêt sérieux, vous bâtissez tout un système de déductions, et votredécision répond, non pas à l'ensemble des faits véritables, mais à lasuite d'idées qu'un simple détail a éveillées en vous…

—Il est cependant des cas où l'évidence est telle que ce serait unefolie que de se refuser à la constater.

—L'évidence prétendue est la source même de toutes les erreurs.

Ces affirmations me piquaient au vif. J'en sentais la justesse, mais nevoulais point m'y rendre. Si bien que je proposai à Maurice d'assisterau procès de Beaujon, certain que j'étais de réduire ses théories ànéant par la simplicité même de l'affaire et l'impossibilité où il setrouverait nécessairement de discuter cette évidence qu'il niait.

Pendant que nous nous rendions au Palais, j'escomptais déjà le plaisirque j'aurais plus tard à confondre ses théories. Il m'écouta longtemps;seulement un sourire soulevait sa lèvre. Je m'impatientais de cetteironie latente; il reprit tout à coup sa physionomie sérieuse.

—Mon cher ami, me dit-il, je vous affirme que dans la plupart des casles accusés sont condamnés ou acquittés, non en raison des circonstancesréelles de l'événement auquel ils se sont trouvés mêlés, mais biend'après un système que bâtit à son propre usage soit l'accusation, soitla défense. L'esprit humain est ainsi fait que l'accusé, alors même queson sort dépend d'une franchise absolue, cache volontairement une sériede détails qui, pour paraître insignifiants, ne constituent pas moins leplus souvent le canevas réel de l'affaire. L'amour-propre est le plusfort, mais un amour-propre mesquin et étroit. L'homme avouera avoirfrappé sa victime, mais niera par exemple qu'elle lui ait reproché salaideur ou un défaut caché de constitution; jamais il ne fera connaîtrede lui-même une circonstance qui le rendrait ridicule. Il préfères'avouer criminel. Ceci est un des côtés de la question; il peut arriverencore, et le fait se produit fréquemment, que ces circonstances soientinconnues à l'accusé lui-même aussi bien qu'au ministère public. Danstout fait, quel qu'il soit, il se trouve des points accessoires, dontl'influence latente n'en a pas moins de puissance. Les acteurs du dramela subissent sans l'analyser, sans en avoir même conscience…

—D'où vous concluez?…

—D'où je conclus que, si le coupable est condamné pour le faitmatériel, brutal, la connaissance de la vérité complète pourrait le plussouvent modifier le verdict du jury, soit dans le sens de l'aggravation,soit, au contraire, dans le sens de l'acquittement. Encore un mot: enFrance, le système des circonstances atténuantes n'est point basé sur unautre raisonnement. On a laissé à la conscience des jurés l'appréciationde circonstances dont la matérialité ne s'impose pas…

Nous étions arrivés à la cour d'assises.

Maurice redevint grave et silencieux. Je me laissai guider.

Nous étions entrés des premiers: aussi pûmes-nous choisir nos places.Ainsi qu'on le sait, le tribunal étant rangé sur une estrade, au fond del'hémicycle, l'accusé se place à droite, ayant devant lui son avocat; àgauche, le procureur général ou son substitut; plus en avant, les jurés;devant la cour, l'enceinte réservée aux témoins. Au milieu de cet espacelaissé libre, la table chargée des pièces dites à conviction.

Maurice se fit expliquer ces détails avant l'ouverture des débats.

—Plaçons-nous de telle sorte que nous puissions voir et l'accusé et lestémoins, seuls acteurs dont l'observation nous soit utile. Il estmalheureux que les témoins ne doivent nous apparaître que de dos. Maiscet empêchement ne constitue pas une difficulté aussi importante qu'ellele paraît au premier coup d'oeil. Dans une affaire d'où la passionsemble devoir être exclue, le seul point à noter—quant aux témoins—estleur degré d'éducation et d'intelligence. Nous devons pouvoir jeter unregard sur leur physionomie au moment où ils se rendent à la barre; puisl'examen de leur costume fera le reste.

Nous nous installâmes donc, à gauche du tribunal, auprès de la tribunedes jurés. De là, nous pouvions voir en plein le visage de l'accusé.

Après les préliminaires d'usage, l'assassin fut introduit. Le mouvementordinaire, partie de curiosité, partie d'intérêt, se manifesta dansl'assistance, compacte et composée en majorité de dames, dontquelques-unes appartenaient à ce qu'on est convenu d'appeler la plushaute société.

Rien de plus insignifiant d'ailleurs que l'accusé: il se pouvait définird'un mot: un beau garçon. Des cheveux châtains bouclant naturellement,pommadés et séparés par une raie irréprochable. De grands yeux, tropbien fendus, à cils longs: regard sans expression particulière. Unebarbe d'un beau châtain, taillée en éventail, peignée et frisée. Le nezdroit, un peu fort. La bouche encadrée par une moustache assez fournie.La lèvre inférieure un peu épaisse. Le teint très clair. En résumé unede ces têtes comme on en rencontre à chaque pas. Rien à signaler aupoint de vue de l'expression, ni en bien ni en mal. Pour costume,redingote noire, gilet montant, linge très blanc, col rabattu, dégageantle cou. Bonne tenue, point de fanfaronnade, mais aussi peu de fermeté.Sur tous ses traits, dans tous ses gestes, une sorte d'inquiétudeétonnée. Grande politesse pour les gendarmes. L'avocat s'étant retournépour lui parler, l'accusé rougit comme s'il eût été surpris de cettecondescendance.

Le silence établi, le jury constitué, le greffier donna lecture del'acte d'accusation.

ACTE D'ACCUSATION

«Le 23 avril dernier, à neuf heures du soir, des cris se faisaiententendre dans une chambre garnie de l'hôtel de Bretagne et du Périgordsitué rue des Grès, n° 27. Cette chambre, au deuxième étage, étaitoccupée par un jeune homme de vingt-six ans, Jules Defodon. En mêmetemps que retentissaient les cris, le bruit d'une lutte violenteattirait l'attention des voisins. Un instant après, la porte de lachambre s'ouvrait vivement, et Pierre Beaujon s'élançait dansl'escalier, poussant des cris inarticulés, et se précipitait vers larue. Le concierge de la maison, M. Tremplier, surpris de ces allures,préoccupé des cris entendus, s'opposait à sa sortie, et, malgré sesefforts, le maintenait avec énergie. En même temps, les voisinspénétraient dans la chambre d'où les bruits étaient partis. Là unterrible spectacle frappait leurs regards. Jules Defodon gisait sur leplancher, sur le dos, la face contractée, la physionomie convulsée commes'il eût, jusque dans la mort, jeté à son meurtrier une dernière etsuprême imprécation. Un homme de l'art, demeurant dans la maison, futaussitôt appelé.

«Le corps n'était vêtu que d'une chemise de nuit. Il portait au cou desempreintes de doigts fortement serrés. Le nommé Pierre Beaujon, ramenédans la chambre, ne put regarder en face le cadavre encore chaud de savictime. Il s'évanouit. Le commissaire de police du quartier vint faireles premières constatations; puis l'autorité judiciaire se livra à unelongue et minutieuse enquête qui a révélé les faits suivants; lesdétails recueillis jettent sur cette mystérieuse affaire une lumière quine laisse aucune circonstance dans l'ombre.

«Jules Defodon est né à Rennes, le 1er mai 184… Il appartient à l'unedes meilleures familles du pays, et son père a occupé un siège élevédans la magistrature; il fut envoyé à Paris, il y a six ans, pourachever ses études de droit. Sa conduite fut pendant longtempsexemplaire. Mais peu à peu il se lia avec des jeunes gens de son âge, etses habitudes devinrent moins régulières. Nerveux et maladif, il selaissa entraîner à des excès qui, sans cependant compromettresérieusement son avenir, influèrent sur la marche de ses études. Aunombre de ces connaissances nouvelles, l'accusation signale PierreBeaujon.

«L'homme qui est assis en ce moment sur le banc des accusés est né àParis; il est âgé de trois ans de moins que Defodon. Étudiant en droit,il s'est signalé par son inexactitude aux cours, et ses échecs ont éténombreux dans les examens qu'il a subis. Orphelin dès son enfance, iln'a pas reçu les enseignements précieux de la famille. Rien cependantn'eût prouvé en lui les tendances perverses qui devaient l'entraînerjusqu'au crime, si une de ces liaisons, malheureusement trop fréquentesdans le monde des jeunes gens, ne fût venue éveiller en lui des passionsviolentes.

«Une de ces femmes qui se font un jeu de l'honneur des familles, AnnetteGangrelot, connue dans la société interlope sous le nom de la Bestia,attira les hommages de Beaujon qui en devint éperdument amoureux.

«Une rencontre fortuite la mit en relations avec Defodon, et elle netarda

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