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Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 1 (of 2)

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 1 (of 2)
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Title: Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 1 (of 2)
Release Date: 2018-09-13
Type book: Text
Copyright Status: Public domain in the USA.
Date added: 27 March 2019
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Note sur la transcription:

Les erreurs clairement introduites par letypographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a tconserve et n'a pas t harmonise. Cet ouvrage se composede 2 tomes: jusqu'au numro 31 les renvois aux contes serapportent au tome I, les numros suivants au tome II.

EMMANUEL COSQUIN

CONTES POPULAIRES
DE
LORRAINE
COMPARS
AVEC LES CONTES DES AUTRES PROVINCES DE FRANCE
ET DES PAYS TRANGERS

ET PRCDS
D'UN ESSAI
SUR L'ORIGINE ET LA PROPAGATION
DES CONTES POPULAIRES EUROPENS

TOME PREMIER

PARIS
VIEWEG, LIBRAIRE-DITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, 67

AVANT-PROPOS

Cette collection de contes populaires prsente ce caractreparticulier que, pour la former, nous avons puis dans la traditionorale d'un seul village: les cent contes et variantes dont elle secompose viennent tous de cette mme source; ils ont t recueillispar mes sœurs et moi Montiers-sur-Saulx, village de Lorraine,—ou,si l'on veut plus de prcision, du Barrois,—situ quelques centaines de pas de l'ancienne frontire deChampagne[1].Nous devons la plus grande partie de notre collection au zleintelligent et la mmoire prodigieuse d'une jeune fille du pays,morte aujourd'hui, qui s'est charge de rechercher par tout le villageles contes des veilles, et nous les a ensuite transmis avec unerigoureuse fidlit.

De bons juges ont parfois exprim le regret de trouver danscertaines collections de contes populaires un style apprt, desdveloppements et des enjolivements qui trahissent le littrateur.Nous esprons qu'on ne nous adressera pas cette critique; nous avons,du moins, tout fait pour ne pas nous y exposer, et, si notrecollection a un mrite, c'est, ce nous semble, de reproduire avecsimplicit les rcits que nous avons entendus.

A la suite de chacun des contes sont indiques les ressemblancesqu'il peut prsenter avec tels ou tels rcits faisant partie[p. vi]de quelqu'un des recueils de contes populaires dits en France ou l'tranger, et surtout avec les contes orientaux. Ces rapprochementsfourniront toute une srie de pices justificatives, si l'on peutparler ainsi, l'histoire des migrations des fictions indiennes travers le monde, histoire que cherche exposer l'introduction decet ouvrage.

Dans un Supplment aux remarques, plac la fin du secondvolume, nous mettons profit divers documents, dont plusieurs n'ontt livrs la publicit que pendant l'impression de notre travail.Un Index bibliographique donne le titre complet des livresqui ont t indiqus en abrg dans l'intrt de la brivet.

Publies d'abord, de 1876 1881, dans la revue la Romania,cette collection et ses remarques ont reu, de la part de savants detoute nationalit, comme M. Gaston Paris, M. Reinhold Kœhler,M. Ralston, un accueil qui tait pour l'auteur un encouragement faire paratre les Contes lorrains en volumes, avec desremarques considrablement augmentes et souvent tout faittransformes.

Me permettra-t-on d'exprimer ici mon affectueuse reconnaissanceenvers les dvoues collaboratrices sans lesquelles ce travailn'aurait jamais t ni entrepris ni achev? C'est en commun avec ellesqu'a t faite la rdaction des contes; pour celle des remarques,j'ai reu l'aide de leurs conseils, et l'une d'elles ne s'est jamaislasse de me signaler, dans les innombrables collections de conteseuropens, les plus intressants rapprochements.

Aot 1886.

INTRODUCTION
ESSAI SUR L'ORIGINE ET LA PROPAGATION DES CONTES POPULAIRESEUROPENS[2]

Quand Perrault voulut publier les contes dont son enfance avait tberce, il n'osa les faire paratre sous son nom: il craignait qu'onne le souponnt d'attacher la moindre importance des rcits depaysans et de bonnes femmes. Aujourd'hui Perrault n'aurait plus cettefausse honte,—on recueille, en notre temps, dans tous les pays,les contes des veilles; il existe mme, en littrature, ce que l'onpourrait appeler la question des contes populaires;—maisPerrault serait expos un autre danger: il pourrait, aprs tantd'autres auteurs, cder la tentation de grossir dmesurment unproblme dj pourtant trs intressant, trs srieux mme; de traiternos contes bleus comme de graves documents; de voir dans le ChatBott, le Petit Poucet et leurs compagnons l'incarnationde mythes dignes de la plus religieuse attention, et de lesinvoquer comme des tmoins des ides primitives de l'humanit ou toutau moins de la race laquelle appartiennent les nationsindo-europennes, la race ryenne. Tel est, en effet, l'enseignementde toute une cole, et voil dans quels nuages, dans quelsbrouillards se [p. viii]plaisent des hommes qui ne sont pas sans valeur. Pour nous, lebrouillard est toujours malsain, ft-ce le brouillard mythique.Contribuer le dissiper, c'est faire œuvre bonne et utile:nous l'essaierons ici.

I

Si l'on compare entre eux les contes populaires, merveilleux ouplaisants, des diverses nations europennes, de l'Islande la Grce,de l'Espagne la Russie, on trouvera dans ces rcits, recueillischez des peuples si diffrents de mœurs et de langage, lesressemblances les plus surprenantes. Il n'y a pas l seulement unfonds commun d'ides, des lments identiques; mais cette identits'tend la manire dont ces ides sont mises en œuvre etdont ces lments sont combins. C'est l un fait bien connuaujourd'hui, dont il sera facile de se convaincre en jetant un coupd'œil sur n'importe quel conte de notre collection et sur lescontes trangers que nous en rapprochons dans nos remarques.

Comment expliquer ces ressemblances si frappantes?

Les frres Grimm, ceux-l mmes qui les premiers ont pos leproblme, en ont donn une solution qui sduit au premier abord.Leur systme, adopt par M. Max Mller et par bien d'autres, a tprcis et dvelopp, notamment par un philologue autrichien,M. de Hahn, dans son introduction aux contes grecs et albanaisrecueillis par lui[3].On peut le formuler ainsi:

Les peuples europens appartiennent presque tous une mmefamille, la famille ryenne[4].De l'Asie centrale, jadis leur commune patrie, les diversestribus de cette famille ont apport,[p. ix]dans les pays o elles ont migr, avec le fond de leurs idiomesles germes de leur mythologie. Ces mythes antiques, leur patrimoinecommun, se sont, dans la suite des temps, dvelopps, transforms,et le dernier produit de cette transformation n'est autre que lescontes populaires. Rien d'tonnant que ces contes prsentent, cheztous les peuples ryens, de si nombreux traits de ressemblance,puisqu'ils proviennent, en dernire analyse, de mythes autrefoiscommuns tous ces peuples.

Ces lments mythiques, qu'on retrouve dans tous les contes,ressemblent, dit Guillaume Grimm, des fragments d'une pierreprcieuse brise, que l'on aurait disperss sur le sol, au milieudu gazon et des fleurs: les yeux les plus perants peuvent seulsles dcouvrir. Leur signification est perdue depuis longtemps,mais on la sent encore, et c'est ce qui donne au conte savaleur[5].—Lescontes populaires, dit Jacques Grimm, sont lesderniers chos de mythes antiques... C'est une illusion de croirequ'ils sont ns dans tel ou tel endroit favoris, d'o par lasuite ils auraient t ports au loin par telles ou tellesvoies[6].En d'autres termes, les ressemblances qui existent entre lescontes populaires ne doivent pas tre expliques par des empruntsqu'un peuple aurait faits un autre.—Les lments, lesgermes des contes de fes, dit son tour M. Max Mller,appartiennent la priode qui prcda la dispersion de la raceryenne; le mme peuple qui, dans ses migrations vers le nord etvers le sud, emportait avec lui les noms du soleil et de l'aurore,et sa croyance aux brillants dieux du ciel, possdait, dans sonlangage mme, dans sa phrasologie mythologique et proverbiale,les germes plus ou moins dvelopps qui devaient un jour, coupsr, donner des plantes identiques ou trs ressemblantes danstous les sols et sous tous lesclimats[7].

[p. x]

Nous ne nous engagerons pas dans l'exposition dtaille dusystme, telle que nous la trouvons dans M. de Hahn: il nousfaudrait cheminer trop longtemps travers les thoriesphilosophiques les plus contestables, pour arriver enfin cetteassertion prodigieuse, que les contes nous ont conserv les idesprimitives de l'humanit. Ce commentaire du savant autrichien,—pourne parler que de celui-l,—sur les ides deJacques et Guillaume Grimm, est loin pourtant de nous avoir tinutile. Les frres Grimm se tiennent d'ordinaire dans un certainvague vaporeux et potique. M. de Hahn prcise, preuve redoutablepour les thories les plus ingnieuses: il crve la bulle de savonen voulant lui donner de la consistance.

Un effort un peu srieux d'attention soulve, en effet, contrece systme une objection des plus graves. Les ressemblances sinombreuses et si frappantes qu'offrent entre eux les contes despeuples europens ne portent pas seulement sur le fond, sur lesides qui servent de base ces rcits, mais aussi,—nousavons indiqu ce point,—sur la forme et sur la combinaisonde ces ides. On nous dit que les contes sont le produit de ladcomposition de mythes primitifs communs aux diverses nationsryennes et que celles-ci auraient emports en Europe du berceaude leur race. C'est de cette dcomposition, assure-t-on, que sontsortis les diffrents lments, les diffrents thmes qui, segroupant de mille et mille faons, composent la mosaque des contespopulaires. Pour beaucoup de nos contes de fes, dit M. Max Mller,nous savons d'une manire certaine (sic) qu'ils sont ledtritus d'une ancienne mythologie, demi oublie, mal comprise,reconstruite[8].—Maisalors comment expliquer que ces mythes, sedcomposant dans les milieux les plus divers, chez vingt peuplesdiffrents de mœurs et d'habitudes d'esprit, se soient, endfinitive, transforms partout d'une manire si semblable, parfoismme d'une manire identique? De plus, comment se fait-il que,sans entente pralable, plusieurs [p. xi]peuples se soient accords pour grouper les prtendus lmentsmythiques dans le cadre de tel ou tel rcit bien caractris?N'est-ce pas l une impossibilit absolue?

Prenons un exemple. Il a t recueilli, chez plusieurs peuplesde race ryenne, notamment chez les Hindous du Pandjab, chez lesBretons, les Albanais, les Grecs modernes, les Russes (et aussichez les habitants de Mardin en Msopotamie, population de languearabe, et les Kariaines de la Birmanie, qui, ni les uns ni lesautres, ne sont de race ryenne, mais supposons qu'ils le soient),un conte dont voici brivement lesujet[9]:Un jeune homme devient possesseur d'un anneau magique; cet anneau,aprs diverses aventures, lui est vol par certain personnagemalfaisant, et il le recouvre ensuite, grce aux bons offices detrois animaux, auxquels il a rendu service. Dans tous ces contesasiatiques et europens, nous constatons l'identit non seulementdu plan gnral du rcit, mais de dtails parfois bizarres: ainsi,dans tous, la souris reconnaissante introduit, pendant la nuit,sa queue dans le nez de l'ennemi de son bienfaiteur pour le faireternuer et rejeter l'anneau qu'il tient cach dans sa bouche.Comment expliquer ces ressemblances ou plutt, nous le rptons,cette identit? Le bon sens rpond qu'videmment ce rcit, avecses dtails caractristiques, a d tre invent dans tel ou telpays, d'o il a pass dans les autres. Ce dtail de la queue desouris, par exemple, est-ce qu'on peut en expliquer raisonnablementla prsence dans tous ces contes asiatiques et europens, si l'onn'admet pas qu'il existait dj, l'origine, dans un prototype donttous ces contes sont drivs? Et ce prototype,—le dtail enquestion et bien d'autres le montrent,—tait un conte et nonun mythe.

[p. xii]

Si l'on veut toute force faire driver nos contes populairesde mythes primitifs des Aryas, et si, en mme temps, on soutient,avec l'cole des frres Grimm, que les contes ainsi drivsn'auraient point pass d'un peuple ryen l'autre par voied'emprunt, il n'y a qu'un moyen de se mettre en rgle avec le bonsens. Il faut dire que les mythes d'o seraient sortis nos contestaient dj dcomposs et parvenus la forme actuelle avec sesdtails caractristiques, au moment o les premires tribus ryennesquittrent le plateau de l'Asie centrale, bien des sicles avantnotre re. Nos anctres, les pres des nations europennes,auraient, de cette faon, emport dans leurs fourgons la collectioncomplte des contes bleus actuels.

C'est l une hypothse qu'on n'ira gure soutenir; elle est,d'ailleurs, en contradiction directe avec les ides mmes despartisans du systme mythique. Les contes ryens sont, d'aprseux, le dernier terme du dveloppement des mythes ryens;or, de leur propre aveu, l'poque de la sparation des tribusryennes, le dveloppement de ces mythes n'en tait encore qu'son premier degr.

Le systme des frres Grimm et de leurs disciples tant de toutpoint insoutenable, il ne reste qu'une solution possible de laquestion: c'est d'admettre qu'aprs avoir t invents dans tel outel endroit, qu'il s'agit de dterminer, les contes populairescommuns aux diverses nations europennes (pour ne mentionner quecelles-l) se sont rpandus dans le monde, de peuple peuple etpar voie d'emprunt.

Dans l'examen que nous venons de faire des opinions desfrres Grimm, nous nous sommes volontairement priv d'un avantage, enacceptant

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